Le lion's mane pour la mémoire, le reishi pour l'immunité, le cordyceps pour l'endurance, le chaga pour tout : les champignons dits fonctionnels arrivent avec une promesse par espèce, et des millénaires de tradition asiatique derrière. Ce que la tradition dit est connu. Ce que les essais chez l'humain ont mesuré l'est beaucoup moins, et c'est très inégal d'un champignon à l'autre.
Ce guide rapporte, pour les cinq champignons de notre gamme, ce que la recherche clinique a réellement trouvé : trois essais sur le lion's mane, deux revues Cochrane sur le reishi, trois essais qui se contredisent sur le cordyceps, un essai universitaire sur le shiitake, et pour le chaga, l'absence d'essai humain, que nous préférons dire. Avec les doses, les durées, et les limites de chaque étude.
Lion's mane. Trois essais randomisés : scores cognitifs plus élevés aux semaines 8, 12 et 16 chez 30 personnes avec trouble cognitif léger, et qui rebaissent après l'arrêt ; Mini Mental State amélioré à 12 semaines ; test de Stroop plus rapide une heure après 1,8 g chez 41 jeunes adultes sains. Petits essais, résultats cohérents. Reishi. Deux revues Cochrane : lymphocytes et qualité de vie en accompagnement du cancer, aucun effet sur glycémie, cholestérol ou tension. Cordyceps. Rien chez des cyclistes entraînés, seuil métabolique relevé de 10,5 % chez des 50 à 75 ans, VO2 max en hausse chez de jeunes adultes après trois semaines.
Shiitake. Un essai universitaire : prolifération des lymphocytes gamma-delta en hausse de 60 %, cellules NK-T doublées, protéine C-réactive en baisse, après quatre semaines à 5 à 10 g par jour. Chaga. Composition et laboratoire, aucun essai humain. Pour tous : des semaines, pas des jours, et un avis médical sous traitement.
- Ce qu'il y a dans un champignon fonctionnel
- Lion's mane : trois essais sur les fonctions cognitives
- Reishi : ce que disent deux revues Cochrane
- Cordyceps : trois essais qui se contredisent
- Shiitake : un essai universitaire sur l'immunité
- Chaga : tradition et laboratoire, en attente d'essais
- Doses, durées, précautions
- Questions fréquentes
Ce qu'il y a dans un champignon fonctionnel
Une revue publiée dans Molecules en 2023 fait le point sur les composés qui intéressent la recherche : les bêta-glucanes 1,3 et 1,6, classés comme fibres alimentaires, les triterpènes, les composés phénoliques et les stérols. Ces composés montrent en laboratoire des effets immunomodulateurs et antioxydants, et c'est sur eux que repose l'intérêt pour ces champignons. La même revue dit aussi, sans détour, que les mécanismes de leurs effets chez l'humain demandent encore des études cliniques de long terme pour confirmer les effets, la sécurité et les doses.
C'est le cadre de cet article : non pas ce que les composés font en laboratoire, mais ce que les essais chez l'humain ont mesuré, champignon par champignon. Et ce que l'on constate immédiatement, c'est que les cinq ne sont pas au même stade.
Lion's mane : trois essais sur les fonctions cognitives
Un essai en double aveugle, en groupes parallèles et contrôlé contre placebo a été mené chez des hommes et des femmes japonais de 50 à 80 ans diagnostiqués avec un trouble cognitif léger, pour examiner l'efficacité de l'administration orale de Yamabushitake, Hericium erinaceus, à l'aide d'une échelle de fonction cognitive dérivée de l'échelle de démence de Hasegawa révisée. Trente sujets ont été randomisés en deux groupes de quinze. Le groupe Yamabushitake prenait quatre comprimés de 250 mg contenant 96 % de poudre séchée, trois fois par jour, pendant 16 semaines, puis a été observé quatre semaines après l'arrêt. Aux semaines 8, 12 et 16, le groupe Yamabushitake montrait des scores significativement plus élevés que le groupe placebo. Les scores augmentaient avec la durée de la prise, mais à la quatrième semaine après l'arrêt des 16 semaines, ils avaient significativement diminué. Les analyses biologiques n'ont montré aucun effet indésirable.
Mori K, Inatomi S, Ouchi K, Azumi Y, Tuchida T. Phytother Res 2009;23(3):367-372. DOI : 10.1002/ptr.2634
Trente personnes, 3 g de poudre par jour, et un effet qui monte avec le temps puis redescend après l'arrêt, ce qui est l'un des meilleurs indices qu'un effet est réel plutôt que dû au hasard. Deux réserves à poser à côté : l'essai est petit, et son premier auteur travaillait pour un producteur de champignons. Un second essai japonais, randomisé et multicentrique, publié en 2019 dans Biomedical Research, a donné pendant 12 semaines un complément de fruiting body de Hericium à des adultes et retrouve une amélioration au Mini Mental State, sans effet sur deux autres tests.
Ce dispositif randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo et en groupes parallèles a étudié les effets aigus, 60 minutes après la prise, et chroniques, après 28 jours, de 1,8 g de Hericium erinaceus chez 41 adultes sains de 18 à 45 ans. Après une dose unique, les participants ont réalisé le test de Stroop plus rapidement 60 minutes après la prise. Une tendance à la réduction du stress subjectif a été observée après 28 jours de supplémentation. Les résultats suggèrent avec prudence que le lion's mane pourrait améliorer la vitesse d'exécution et réduire le stress subjectif chez de jeunes adultes sains. Des résultats nuls et quelques résultats négatifs limités ont aussi été observés. Compte tenu de la petite taille de l'échantillon, ces résultats doivent être interprétés avec précaution.
Docherty S, Doughty FL, Smith EF. Nutrients 2023;15(22):4842. DOI : 10.3390/nu15224842
Cet essai de l'université de Northumbria est le premier chez des adultes jeunes et sains, et c'est ce qui le rend intéressant : jusque-là, les données venaient de personnes déjà en difficulté cognitive. Ses auteurs sont prudents, et nous le sommes avec eux : un échantillon de 41 personnes, un effet sur un test, une tendance sur le stress. Mais la direction est la même que dans les deux essais japonais, et c'est ce qui place le lion's mane devant les quatre autres champignons de la gamme en matière de données humaines.

Reishi : ce que disent deux revues Cochrane
Cinq essais randomisés ont été inclus. La qualité méthodologique des études était généralement insatisfaisante et les résultats rapportés de façon inadéquate. La méta-analyse montre que les patients ayant reçu du Ganoderma lucidum en plus de leur chimiothérapie ou radiothérapie étaient plus susceptibles de répondre positivement que ceux traités par chimiothérapie ou radiothérapie seule. Le Ganoderma seul ne montrait pas le même taux de régression. Les indicateurs de fonction immunitaire suggèrent qu'il augmente simultanément les pourcentages de CD3, CD4 et CD8 de 3,91, 3,05 et 2,02 pour cent. Quatre études montrent une qualité de vie relativement améliorée. Aucun essai n'a enregistré la survie à long terme. Une étude rapporte des effets indésirables minimes, nausées et insomnie ; aucune toxicité hématologique ou hépatique significative. Les auteurs ne trouvent pas de preuve suffisante pour justifier le Ganoderma comme traitement de première ligne, et considèrent qu'il pourrait être administré en complément alternatif du traitement conventionnel.
Jin X, Ruiz Beguerie J, Sze DM, Chan GC. Cochrane Database Syst Rev 2016;4:CD007731. DOI : 10.1002/14651858.CD007731.pub3
Il faut lire cette revue pour ce qu'elle est : une évaluation chez des patients atteints de cancer, par des auteurs qui jugent les essais de qualité insuffisante, et qui concluent à un signal sur l'immunité et la qualité de vie en accompagnement du traitement, sans donnée sur la survie. Un petit essai chinois de 2012, chez 48 femmes sous hormonothérapie pour un cancer du sein, va dans le même sens : moins de fatigue, moins d'anxiété, meilleure qualité de vie après quatre semaines de poudre de spores. Ce sont des données en contexte de maladie, pas chez des personnes en bonne santé, et elles relèvent de l'équipe médicale.
Cinq essais totalisant 398 participants ont été inclus, comparant le Ganoderma lucidum, 1,4 à 3 g par jour, à un placebo pendant 12 à 16 semaines, tous chez des patients atteints de diabète de type 2. Les résultats de deux études montrent que le Ganoderma n'était associé à aucune réduction statistiquement ou cliniquement significative de l'hémoglobine glyquée, du cholestérol total, du LDL ni de l'indice de masse corporelle. Aucune amélioration de la glycémie à jeun. Aucune différence significative pour la pression artérielle ni les triglycérides. Les preuves issues d'un petit nombre d'essais randomisés ne soutiennent pas l'utilisation du Ganoderma lucidum pour le traitement des facteurs de risque cardiovasculaire chez les personnes atteintes de diabète de type 2.
Klupp NL, Chang D, Hawke F, et al. Cochrane Database Syst Rev 2015;2:CD007259. DOI : 10.1002/14651858.CD007259.pub2
La même équipe australienne a ensuite mené son propre essai, publié dans Scientific Reports en 2016 : 84 patients diabétiques avec syndrome métabolique, 3 g par jour de reishi avec ou sans cordyceps pendant 16 semaines, contre placebo. Aucun effet sur l'hémoglobine glyquée, la glycémie ni aucun critère secondaire. Le tableau du reishi est donc net : des données sur l'immunité et la qualité de vie en contexte de maladie, et aucune sur le métabolisme. Ce qui dit, en creux, à quoi il ne sert pas de l'utiliser.

Cordyceps : trois essais qui se contredisent
| Essai | Participants | Dose et durée | Résultat |
|---|---|---|---|
| Parcell 2004, Brigham Young | 22 cyclistes entraînés | Cs-4, 3 g par jour, 5 semaines | Aucun effet sur le VO2 pic, le seuil ventilatoire ni le contre-la-montre |
| Chen 2010, UCLA | 20 adultes sains de 50 à 75 ans | Cs-4, 1 g par jour, 12 semaines | Seuil métabolique + 10,5 %, seuil ventilatoire + 8,5 %, VO2 max inchangé |
| Hirsch 2016, Caroline du Nord | 28 jeunes adultes | Mélange à base de Cordyceps militaris, 4 g par jour, 1 puis 3 semaines | Rien à 1 semaine ; VO2 max + 4,8 ml/kg/min et temps jusqu'à épuisement allongé à 3 semaines |
Trois essais, trois populations, trois résultats, et une lecture possible. Chez des cyclistes entraînés, dont le VO2 pic frôle 60 ml/kg/min, rien ne bouge : ils sont déjà au plafond de ce que leur physiologie permet. Chez des adultes plus âgés et des jeunes non-entraînés, les seuils et la tolérance à l'effort s'améliorent, et seulement avec le temps : rien à une semaine, un effet à trois, davantage à douze. Le cordyceps semble donc agir là où il y a de la marge, et pas avant plusieurs semaines. C'est aussi ce que rapporte l'essai de Hirsch, qui conclut que des bénéfices plus nets pourraient venir d'une prise régulière et prolongée.
Deux essais utilisent le Cs-4, une souche cultivée de Cordyceps sinensis ; le troisième un mélange à base de Cordyceps militaris, l'espèce la plus répandue dans les compléments parce que cultivable à grande échelle. Les deux espèces partagent leurs composés principaux, mais les essais ne sont pas interchangeables, et aucun n'a comparé les deux.

Shiitake : un essai universitaire sur l'immunité
Cinquante-deux hommes et femmes en bonne santé, âgés de 21 à 41 ans, ont participé à une étude de quatre semaines en groupes parallèles, consommant 5 ou 10 g de champignons shiitake séchés entiers par jour. Manger du Lentinula edodes pendant quatre semaines a entraîné une augmentation de la prolifération ex vivo des cellules T gamma-delta, 60 pour cent de plus, et des cellules NK-T, deux fois plus. Les deux types cellulaires montraient aussi une plus grande capacité à exprimer leurs récepteurs d'activation. L'augmentation des IgA sécrétoires suggère une immunité intestinale améliorée. La réduction de la protéine C-réactive suggère une inflammation plus basse. Les auteurs concluent que la consommation régulière de shiitake a amélioré l'immunité, dans des conditions moins inflammatoires que celles qui existaient avant la consommation.
Dai X, Stanilka JM, Rowe CA, et al. J Am Coll Nutr 2015;34(6):478-487. DOI : 10.1080/07315724.2014.950391
L'essai de l'université de Floride a deux qualités rares dans ce domaine : des participants jeunes et en bonne santé, et des marqueurs immunitaires mesurés directement sur leurs cellules. Il a aussi une limite claire : il utilise le champignon entier séché, à 5 ou 10 g par jour, ce qui est une quantité alimentaire, pas une gélule. Un extrait concentré 10:1 à 1 800 mg correspond en principe à 18 g de champignon séché, mais l'équivalence entre un extrait et le champignon entier n'a pas été testée dans cet essai. C'est le seul essai contrôlé que nous ayons identifié sur le shiitake chez l'humain en bonne santé ; il va dans le sens de la tradition qui en fait un aliment de l'immunité, avec les réserves d'une étude unique.

Chaga : tradition et laboratoire, en attente d'essais
Le chaga est un cas à part dans la gamme, et nous le disons tel qu'il est. Ce qu'on sait de lui vient de trois sources. Sa composition, très riche en polyphénols et en mélanines, mesurée dans de nombreuses études de chimie. Son activité antioxydante et antivirale en laboratoire, étudiée notamment par le centre de recherche en virologie Vector, en Russie, qui décrit ses extraits comme ceux au spectre antiviral le plus large parmi les champignons testés en culture cellulaire. Et sa tradition : il figure dans la pharmacopée de l'ex-URSS et son usage en Sibérie est documenté par les ethnopharmacologues.
Aucun essai clinique randomisé chez l'humain. Pas sur l'immunité, pas sur l'inflammation, pas sur quoi que ce soit. Les propriétés mesurées en laboratoire sont réelles ; leur traduction chez l'humain n'a pas été testée. Le chaga est donc un champignon de tradition et de recherche fondamentale, dont les essais cliniques restent à faire. Nous le proposons pour celles et ceux qui le choisissent en connaissance de cause, et nous préférons écrire cette section plutôt que de la contourner.

Doses, durées, précautions
| Champignon | Doses des essais | Durée avant effet mesuré | Ce qui a été mesuré |
|---|---|---|---|
| Lion's mane | 3 g de poudre par jour ; 1,8 g en dose unique | 8 semaines, et 60 minutes pour l'effet aigu | Échelles cognitives, test de Stroop, stress perçu |
| Reishi | 1,4 à 3 g par jour | 4 à 16 semaines | Lymphocytes, qualité de vie ; aucun effet métabolique |
| Cordyceps | 1 à 3 g de Cs-4 ; 4 g de mélange | 3 à 12 semaines ; rien à 1 ni à 5 chez les entraînés | Seuils métabolique et ventilatoire, VO2 max, temps à épuisement |
| Shiitake | 5 à 10 g de champignon séché entier | 4 semaines | Lymphocytes gamma-delta et NK-T, IgA, CRP |
| Chaga | Aucun essai humain | Inconnue | Composition et laboratoire uniquement |
Trois enseignements. Les essais utilisent des quantités de l'ordre du gramme, en poudre ou en extrait ; un extrait concentré 4:1 ou 10:1 correspond à quatre ou dix fois son poids en champignon séché, ce qui permet de rapporter une gélule à ces essais. Les durées vont de quatre à seize semaines, et le cordyceps montre explicitement qu'une semaine ne suffit pas. Et les effets indésirables rapportés sont rares et légers : nausées, insomnie dans une étude sur le reishi, un peu plus d'effets mineurs que sous placebo à quatre mois.
Les bêta-glucanes et les triterpènes interagissent avec le système immunitaire et, pour certains, avec la coagulation. Sous anticoagulant, sous immunosuppresseur, pendant une chimiothérapie, pendant la grossesse ou l'allaitement, ou en cas d'allergie aux champignons, un avis médical s'impose avant toute prise. La revue Cochrane sur le reishi en cancérologie dit explicitement que son usage doit rester judicieux et se décider avec l'équipe soignante. Aucun champignon ne traite ni ne prévient une maladie.
1 500 mg d'extrait 4:1 de Hericium erinaceus par jour, l'équivalent de 6 g de champignon séché, en deux gélules. Trois essais randomisés en double aveugle, dont un chez des adultes de 18 à 45 ans en bonne santé, avec des effets mesurés à partir de huit semaines et jusqu'à seize. Trente jours par pot ; deux pots pour atteindre la durée des essais.
Voir le Lion's ManeToute la gamme Mycothérapie, cinq champignons en extraits concentrés, est ici.
Choisissez ce qui vous ressemble le plus : la réponse s'affiche juste en dessous.
C'est le champignon qui a les essais pour cette question : trois essais randomisés, des scores cognitifs plus élevés à partir de la huitième semaine chez des personnes avec trouble cognitif léger, et un test de Stroop plus rapide chez des jeunes adultes sains. Petits essais, direction cohérente. Comptez huit à seize semaines, comme les essais. Et si la question est une plainte de mémoire qui s'installe après 60 ans, c'est d'abord un médecin.
Les essais montrent un effet chez les adultes plus âgés et les jeunes non-entraînés, sur les seuils et la tolérance à l'effort, après trois à douze semaines. Ils ne montrent rien chez des cyclistes entraînés. Si vous reprenez ou que vous n'êtes pas au plafond, le signal existe ; si vous êtes déjà très entraîné, l'essai qui vous ressemble est négatif. Et notre guide de la créatine détaille l'actif qui a, lui, des centaines d'essais.
Le shiitake a un essai contrôlé chez des adultes sains : lymphocytes gamma-delta et NK-T en hausse, IgA en hausse, CRP en baisse, après quatre semaines. Le reishi a des données sur les lymphocytes, mais en contexte de cancer et de qualité jugée insuffisante par Cochrane. Les deux sont des données d'immunité ; aucune ne porte sur la prévention des infections elles-mêmes. Notre article sur le zinc et l'immunité couvre un nutriment qui a, lui, des méta-analyses sur le rhume.
C'est le résultat le plus net de cet article. La revue Cochrane sur le reishi et les facteurs cardiovasculaires, puis l'essai australien de 84 patients, ne trouvent aucun effet sur la glycémie, le cholestérol, la tension ni le poids. Aucun autre champignon de la gamme n'a été testé sur ces critères. Pour la tension, notre guide des chiffres ; pour le cholestérol, notre guide du LDL.
Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la mycothérapie ?
L'usage de champignons à des fins de santé, une pratique ancienne en Asie qui s'appuie aujourd'hui sur l'étude de leurs composés : les bêta-glucanes 1,3 et 1,6, classés comme fibres alimentaires, les triterpènes, les composés phénoliques et les stérols. Une revue publiée dans Molecules en 2023 rappelle que ces composés montrent des effets immunomodulateurs et antioxydants en laboratoire, et que les mécanismes chez l'humain demandent encore des études cliniques de long terme pour confirmer effets, sécurité et doses. C'est exactement ce que ce guide vérifie, champignon par champignon.
Le lion's mane agit-il sur la mémoire ?
Trois essais randomisés en double aveugle l'ont mesuré. Le premier, publié dans Phytotherapy Research en 2009, a donné pendant 16 semaines 3 g par jour de poudre de Hericium erinaceus ou un placebo à 30 personnes de 50 à 80 ans avec un trouble cognitif léger : les scores à l'échelle de Hasegawa étaient significativement plus élevés aux semaines 8, 12 et 16, et ils ont baissé quatre semaines après l'arrêt. Un second essai japonais de 12 semaines, en 2019, retrouve une amélioration au Mini Mental State. Un troisième, chez 41 jeunes adultes sains en 2023, mesure une exécution plus rapide du test de Stroop une heure après une dose de 1,8 g et une tendance à moins de stress perçu après 28 jours. Les trois sont petits ; le premier est signé par un producteur de champignons.
Que dit la recherche sur le reishi ?
Deux revues Cochrane. La première, sur le reishi en accompagnement du cancer, a réuni cinq essais randomisés de qualité jugée insatisfaisante : les patients recevant du reishi avec leur chimiothérapie ou radiothérapie répondaient davantage, les lymphocytes CD3, CD4 et CD8 augmentaient de 2 à 4 %, quatre études rapportaient une meilleure qualité de vie, et aucune ne mesurait la survie. La seconde, sur les facteurs de risque cardiovasculaire chez des diabétiques, a réuni cinq essais et 398 participants : aucun effet sur l'hémoglobine glyquée, le cholestérol, la tension ni le poids. Un essai australien de 84 patients a ensuite confirmé cette absence d'effet métabolique. Le reishi a des données sur l'immunité et la qualité de vie en contexte de maladie, pas sur le métabolisme.
Le cordyceps améliore-t-il l'endurance ?
Les trois essais se contredisent, et la différence tient aux participants. Chez 22 cyclistes entraînés, cinq semaines à 3 g par jour n'ont rien changé au VO2 pic ni au contre-la-montre. Chez 20 adultes sains de 50 à 75 ans, douze semaines à 1 g par jour ont relevé le seuil métabolique de 10,5 % et le seuil ventilatoire de 8,5 %, sans changer le VO2 max. Chez 28 jeunes adultes, trois semaines d'un mélange à base de Cordyceps militaris ont augmenté le VO2 max de 4,8 ml par kilo et par minute et le temps jusqu'à épuisement. Le signal est donc chez les non-entraînés et les personnes plus âgées, avec le temps, et absent chez les sportifs déjà au plafond.
Le shiitake renforce-t-il l'immunité ?
Un essai de l'université de Floride publié en 2015 l'a mesuré : 52 adultes sains de 21 à 41 ans ont consommé 5 ou 10 g par jour de shiitake séché entier pendant quatre semaines. La prolifération des lymphocytes T gamma-delta a augmenté de 60 % et celle des cellules NK-T a doublé, les deux types exprimant davantage leurs récepteurs d'activation ; les immunoglobulines A salivaires ont augmenté et la protéine C-réactive a baissé. Les auteurs concluent à une immunité améliorée dans des conditions moins inflammatoires qu'avant. C'est un essai, chez des adultes jeunes et sains, avec le champignon entier.
Le chaga a-t-il des études chez l'humain ?
Non, et nous préférons le dire. Les recherches sur le chaga portent sur sa composition, très riche en polyphénols et en mélanines, sur son activité antioxydante en laboratoire, sur ses effets antiviraux en culture cellulaire étudiés par un centre de virologie russe, et sur son usage traditionnel en Sibérie, où il figure dans la pharmacopée. Aucun essai clinique randomisé chez l'humain n'a été identifié. Le chaga est un champignon de tradition et de laboratoire, en attente d'essais.
Quelle dose dans les études ?
Les essais utilisent généralement le champignon sous forme de poudre ou d'extrait : 3 g par jour de poudre de lion's mane pendant 16 semaines, 1,8 g en dose unique chez les jeunes adultes ; 1,4 à 3 g par jour de reishi sur 12 à 16 semaines ; 1 à 3 g par jour de cordyceps, ou 4 g d'un mélange ; 5 à 10 g de shiitake séché entier. Un extrait concentré 4:1 ou 10:1 correspond à quatre ou dix fois son poids en champignon séché, ce qui permet de comparer une gélule à ces essais. Les durées vont de quatre à seize semaines : rien ne se juge en quelques jours.
Les champignons fonctionnels sont-ils sûrs ?
Dans les essais cités, les effets indésirables étaient rares et légers : nausées, insomnie dans une étude sur le reishi, troubles digestifs. La revue Cochrane sur le reishi en cancérologie n'a relevé aucune toxicité hématologique ni hépatique ; celle sur les facteurs cardiovasculaires note un peu plus d'effets indésirables mineurs que sous placebo à quatre mois. Les limites sont la grossesse et l'allaitement, les traitements anticoagulants et immunosuppresseurs pour lesquels un avis médical s'impose, et l'allergie aux champignons. Et un champignon ne remplace jamais un traitement.
Que retenir sur la mycothérapie ?
Que les cinq champignons n'ont pas le même niveau de preuve. Le lion's mane a trois essais sur les fonctions cognitives, petits et cohérents. Le reishi a deux revues Cochrane : des données sur l'immunité et la qualité de vie, aucune sur le métabolisme. Le cordyceps a un signal sur l'endurance chez les non-entraînés et les plus âgés, pas chez les sportifs. Le shiitake a un essai universitaire sur l'immunité. Le chaga n'a pas encore d'essai humain. Et tous demandent des semaines, pas des jours.
Glossaire
- Bêta-glucanes 1,3 et 1,6
- Polysaccharides de la paroi des champignons, classés comme fibres alimentaires, étudiés pour leur interaction avec les récepteurs immunitaires.
- Triterpènes
- Composés caractéristiques du reishi, responsables de son amertume, étudiés en laboratoire pour leurs effets sur l'inflammation.
- Extrait 4:1, 10:1
- Concentré obtenu à partir de quatre ou dix fois son poids en champignon séché ; permet de rapporter une gélule aux doses des essais.
- Fruiting body
- Le champignon visible, par opposition au mycélium ; la forme utilisée dans les essais japonais sur le lion's mane.
- Cs-4
- Souche cultivée de Cordyceps sinensis utilisée dans deux des trois essais sur l'endurance.
- Seuil métabolique et seuil ventilatoire
- Intensités d'effort au-delà desquelles le lactate s'accumule et la ventilation s'emballe ; les critères améliorés par le cordyceps chez les 50 à 75 ans.
- Lymphocytes gamma-delta et NK-T
- Cellules immunitaires de première ligne dont la prolifération a augmenté dans l'essai sur le shiitake.
- Revue Cochrane
- Revue systématique produite par la collaboration Cochrane, référence internationale pour l'évaluation des interventions de santé.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Łysakowska P, Sobota A, Wirkijowska A. Champignons médicinaux : composés bioactifs, valeur nutritionnelle et application dans les aliments fonctionnels, revue. Molecules, 2023;28(14):5393. DOI
- Mori K, Inatomi S, Ouchi K, Azumi Y, Tuchida T. Effets du champignon Yamabushitake (Hericium erinaceus) sur le trouble cognitif léger : essai clinique en double aveugle contre placebo. Phytotherapy Research, 2009;23(3):367-372. DOI
- Saitsu Y, Nishide A, Kikushima K, Shimizu K, Ohnuki K. Amélioration des fonctions cognitives par la prise orale de Hericium erinaceus. Biomedical Research, 2019;40(4):125-131. DOI
- Docherty S, Doughty FL, Smith EF. Effets aigus et chroniques de la supplémentation en lion's mane sur la fonction cognitive, le stress et l'humeur chez de jeunes adultes : étude pilote en double aveugle. Nutrients, 2023;15(22):4842. DOI
- Jin X, Ruiz Beguerie J, Sze DM, Chan GC. Ganoderma lucidum (reishi) dans le traitement du cancer. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016;4:CD007731. DOI
- Klupp NL, Chang D, Hawke F, et al. Ganoderma lucidum dans le traitement des facteurs de risque cardiovasculaire. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015;2:CD007259. DOI
- Klupp NL, Kiat H, Bensoussan A, Steiner GZ, Chang DH. Essai randomisé en double aveugle contre placebo de Ganoderma lucidum sur les facteurs de risque cardiovasculaire du syndrome métabolique. Scientific Reports, 2016;6:29540. DOI
- Zhao H, Zhang Q, Zhao L, Huang X, Wang J, Kang X. La poudre de spores de Ganoderma lucidum améliore la fatigue liée au cancer chez des patientes sous hormonothérapie : essai pilote. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2012;2012:809614. DOI
- Narayanan S, de Mores AR, Cohen L, et al. Compléments de champignons médicinaux en cancérologie : revue systématique des études cliniques. Current Oncology Reports, 2023;25(6):569-587. DOI
- Parcell AC, Smith JM, Schulthies SS, Myrer JW, Fellingham G. La supplémentation en Cordyceps sinensis (CordyMax Cs-4) n'améliore pas la performance d'endurance. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2004;14(2):236-242. DOI
- Chen S, Li Z, Krochmal R, Abrazado M, Kim W, Cooper CB. Effet du Cs-4 (Cordyceps sinensis) sur la performance à l'effort chez des sujets âgés en bonne santé : essai en double aveugle contre placebo. Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2010;16(5):585-590. DOI
- Hirsch KR, Smith-Ryan AE, Roelofs EJ, Trexler ET, Mock MG. Cordyceps militaris améliore la tolérance à l'exercice de haute intensité après supplémentation aiguë et chronique. Journal of Dietary Supplements, 2017;14(1):42-53. DOI
- Dai X, Stanilka JM, Rowe CA, et al. La consommation quotidienne de Lentinula edodes (shiitake) améliore l'immunité humaine : intervention alimentaire randomisée chez de jeunes adultes en bonne santé. Journal of the American College of Nutrition, 2015;34(6):478-487. DOI

