Le Morosil est partout : dans les gélules minceur des pharmacies, sur les réseaux, dans les témoignages avant-après. Un extrait d'orange sanguine de Sicile qui ferait fondre la graisse abdominale, avec des études cliniques à l'appui. Nous ne le vendons pas, et c'est une bonne position pour en parler : nous n'avons rien à défendre, et rien à démolir.
Ce guide rapporte exactement ce que la recherche a publié : les deux essais randomisés sur l'extrait, ce qu'ils mesurent et ce qu'ils valent ; les deux essais sur le jus d'orange sanguine, qui ne trouvent rien ; le cas d'hépatite grave publié en 2023 ; et ce qu'il est raisonnable d'attendre d'un extrait végétal sur la balance.
Deux essais randomisés, tous deux positifs. Douze semaines à 400 mg par jour en 2015 : IMC, poids, tours de taille et de hanches significativement meilleurs que sous placebo, sans chiffres dans le résumé. Six mois en 2022 : 4,2 % de poids perdu contre 2,2 %, 3,9 cm de tour de taille contre 1,7, masse grasse et graisse viscérale en baisse, foie normal. Deux points de pourcentage, soit environ 1,7 kg pour 85 kg, en plus d'un régime et d'une activité : un effet réel et modeste.
Les limites. Les deux essais sont liés à l'université de Catane, où l'extrait est produit ; aucune équipe indépendante n'a reproduit les résultats. Le jus d'orange sanguine, lui, ne fait rien sur le poids ni les lipides dans deux essais. Un cas d'hépatite fulminante avec greffe a été publié en 2023, sans preuve de causalité, mais qui impose la vigilance. Et le placebo a perdu 2,2 % : le cadre fait l'essentiel.
Ce qu'est le Morosil
L'orange Moro est une variété d'orange sanguine cultivée en Sicile orientale, sur les pentes de l'Etna, dont la chair rouge sombre doit sa couleur aux anthocyanes, dont la cyanidine-3-glucoside, qu'elle contient en quantité inhabituelle pour un agrume. Le Morosil est l'extrait sec de son jus, standardisé en anthocyanes, produit par un fabricant sicilien et vendu comme marque déposée aux laboratoires qui formulent des compléments. La dose étudiée est de 400 mg par jour.
L'hypothèse est que ces anthocyanes agissent sur l'accumulation des graisses par des voies antioxydantes, anti-inflammatoires et métaboliques, ce que des travaux sur cellules et sur rongeurs ont décrit. Chez l'humain, deux essais randomisés ont été publiés.
Le premier essai : 12 semaines, Catane
Dans cet essai clinique, l'effet d'une supplémentation en extrait de jus de Moro, Morosil, 400 mg par jour, a été évalué chez des volontaires en surpoids et en bonne santé pendant 12 semaines. Les résultats montrent que la prise de l'extrait a induit une réduction significative de l'indice de masse corporelle après 4 semaines de traitement. De plus, chez les sujets traités par l'extrait, le poids corporel, l'IMC, le tour de taille et le tour de hanches étaient significativement différents de ceux du groupe placebo. Les auteurs suggèrent que les composés actifs du jus de Moro ont un effet synergique sur l'accumulation des graisses et que l'extrait peut être utilisé dans la gestion du poids et la prévention de l'obésité.
Cardile V, Graziano ACE, Venditti A. Nat Prod Res 2015;29(23):2256-2260. DOI : 10.1080/14786419.2014.1000897
Un essai positif sur tous ses critères, et un résumé qui ne donne ni le nombre de participants ni l'ampleur des différences, ce qui est rare pour un essai clinique et oblige à aller chercher le texte complet pour juger. Les trois auteurs sont à l'université de Catane, la ville où le fabricant de l'extrait est installé. Ce n'est pas une fraude, c'est une proximité, et elle compte dans la lecture.
Le second essai : 6 mois, Nutrients
Dans cette étude randomisée, en double aveugle, contrôlée contre placebo, tous les participants, des adultes en surpoids de 20 à 65 ans, ont reçu au hasard soit l'extrait standardisé d'orange sanguine Moro, soit un placebo, chaque jour pendant six mois. Le critère principal était la variation de masse et de composition corporelles à la fin de l'étude. Après six mois, la masse corporelle, 4,2 contre 2,2 pour cent, l'indice de masse corporelle, les tours de hanches, 3,4 cm contre 2,0 cm, et de taille, 3,9 cm contre 1,7 cm, la masse grasse et la répartition des graisses, viscérale et sous-cutanée, étaient tous significativement meilleurs dans le groupe extrait que sous placebo. Tous les marqueurs de toxicité hépatique sont restés dans les normes pendant toute l'étude dans les deux groupes. Les auteurs concluent que l'extrait peut être une option sûre et efficace pour aider à la perte de poids lorsqu'il est utilisé en association avec un régime et de l'exercice.
Briskey D, Malfa GA, Rao A. Nutrients 2022;14(3):427. DOI : 10.3390/nu14030427
C'est l'essai qui fait vendre le Morosil, et il est mieux construit que le premier : six mois, double aveugle, des chiffres, et une surveillance hépatique. Il est signé par une société de recherche clinique australienne et par un chercheur de l'université de Catane. Il dit bien ce qu'il dit : avec un régime et de l'exercice, l'extrait fait un peu mieux que le placebo. Reste à regarder combien.
Ce que ces chiffres veulent dire
| Critère à 6 mois | Extrait | Placebo | Différence |
|---|---|---|---|
| Poids | - 4,2 % | - 2,2 % | 2 points, soit environ 1,7 kg pour 85 kg |
| Tour de taille | - 3,9 cm | - 1,7 cm | 2,2 cm |
| Tour de hanches | - 3,4 cm | - 2,0 cm | 1,4 cm |
| Masse grasse, graisse viscérale | En baisse | Moins | Significative, chiffres non donnés dans le résumé |
| Marqueurs hépatiques | Normaux | Normaux | Aucune |
L'effet est réel : il est statistiquement significatif sur tous les critères, dans un essai de six mois en double aveugle. Il est aussi modeste : deux points de pourcentage de poids, c'est 1,5 à 2 kg de plus que le placebo en six mois pour la plupart des adultes, et 2 cm de tour de taille. Et il est conditionnel : les deux groupes suivaient un régime et faisaient de l'exercice, et le groupe placebo a perdu 2,2 % de son poids tout seul. Le cadre a fait l'essentiel ; l'extrait a ajouté un supplément. C'est exactement ce qu'on attend d'un extrait végétal qui marche, et c'est très loin d'un brûleur de graisse.
Le jus d'orange sanguine ne fait rien
Deux équipes ont testé le jus plutôt que l'extrait. Le Conseil italien de la recherche agricole a donné 500 ml par jour de jus d'orange sanguine du commerce à 11 femmes obèses pendant 12 semaines : aucun effet sur le poids, une baisse du cholestérol total et LDL, et une conclusion sans détour, les données ne soutiennent pas l'idée que ce jus prévienne l'obésité ou ses troubles métaboliques. L'institut Quadram, en Angleterre, a comparé chez 41 adultes à tour de taille élevé 500 ml de jus d'orange sanguine, 50 mg d'anthocyanes par jour, et 500 ml de jus d'orange blonde, pendant 28 jours : aucune différence sur le LDL, la glycémie, la tension ni la rigidité artérielle.
Le jus n'est pas l'extrait : 500 ml de jus apportent 50 mg d'anthocyanes et beaucoup de sucre, là où l'extrait concentre les anthocyanes sans le sucre. Ces essais ne contredisent donc pas directement ceux sur le Morosil. Ils disent deux choses utiles : boire du jus d'orange sanguine ne fait pas maigrir, et l'effet, s'il existe, tient à la concentration. Ils rappellent aussi que des équipes indépendantes qui testent l'orange sanguine ne trouvent rien, quand les équipes liées à l'extrait trouvent quelque chose.
Le cas de 2023 et la sécurité
Nous rapportons le cas d'une patiente de 37 ans admise pour une encéphalopathie hépatique de grade 4. La prise de Morosil avait commencé 30 jours auparavant et, après deux semaines, un ictère et des troubles du transit étaient apparus, le produit ayant alors été arrêté. Le Morosil est un extrait sec de jus d'oranges rouges Moro cultivées en Sicile orientale, source importante d'anthocyanidines. Le diagnostic d'insuffisance hépatique aiguë a été confirmé selon les critères de Clichy et du King's College. La patiente a été inscrite en priorité pour une transplantation hépatique, avec un score MELD de 41, et la greffe a été réalisée sans complication. Il existe peu de rapports d'atteinte hépatique aiguë avec d'autres agrumes, et nous n'avons trouvé aucun cas rapporté d'insuffisance hépatique aiguë lié au Morosil.
Fernandes DP, De Ataide EC, Perales SR, et al. Transplant Proc 2023;55(6):1454-1456. DOI : 10.1016/j.transproceed.2023.04.014
Un cas unique ne prouve pas que le Morosil a causé l'hépatite : une atteinte hépatique idiosyncrasique peut avoir d'autres origines, et l'essai de six mois n'a montré aucune anomalie hépatique chez ses participants. Il ne dit rien non plus de la fréquence, qui est probablement très faible au regard du nombre de personnes qui en prennent. Mais il est publié par une unité de transplantation, la chronologie est compatible, et c'est la première fois qu'un tel cas est décrit. Il justifie une règle qui vaut pour tout complément : fatigue inhabituelle, urines foncées, jaunisse, on arrête et on consulte. Et en cas de maladie du foie connue, on ne commence pas sans avis médical.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Morosil ?
Un extrait sec de jus d'orange sanguine de la variété Moro, cultivée en Sicile orientale autour de l'Etna, standardisé en anthocyanes, les pigments rouges du fruit, dont la cyanidine-3-glucoside. C'est une marque déposée, produite par un fabricant sicilien, et la dose étudiée est de 400 mg par jour. Il s'est imposé depuis quelques années comme l'ingrédient le plus vendu des compléments minceur, porté par deux essais randomisés positifs.
Que montre le premier essai ?
L'essai publié en 2015 dans Natural Product Research par l'université de Catane a donné 400 mg par jour de Morosil ou un placebo pendant 12 semaines à des volontaires en surpoids et en bonne santé. L'indice de masse corporelle était significativement réduit dès la quatrième semaine, et le poids, l'IMC, le tour de taille et le tour de hanches différaient significativement du groupe placebo à la fin. Le résumé ne donne ni les effectifs ni l'ampleur des différences, et les auteurs sont à Catane, la ville où l'extrait est produit.
Que montre le second essai ?
L'essai publié en 2022 dans Nutrients, randomisé en double aveugle contre placebo, a suivi pendant six mois des adultes en surpoids de 20 à 65 ans, en bonne santé, prenant l'extrait standardisé ou un placebo. À six mois, le groupe extrait avait perdu 4,2 % de son poids contre 2,2 % sous placebo, 3,9 cm de tour de taille contre 1,7, 3,4 cm de tour de hanches contre 2,0, avec une masse grasse et une graisse viscérale significativement plus réduites. Les marqueurs hépatiques sont restés normaux dans les deux groupes. Les auteurs concluent que l'extrait peut aider à perdre du poids en complément d'un régime et d'une activité physique.
Ces résultats sont-ils importants ?
Ils sont réels et modestes. Deux points de pourcentage de poids sur six mois, c'est environ 1,7 kg de plus que le placebo pour une personne de 85 kg, et 2,2 cm de tour de taille de plus. Le groupe placebo a lui aussi perdu 2,2 %, ce qui dit que le cadre de l'essai, régime et activité, faisait l'essentiel. C'est un effet d'appoint, cohérent avec ce qu'on attend d'un extrait végétal, et très loin des promesses qu'on lit sur certains emballages.
Pourquoi les études sur le jus d'orange sanguine sont-elles négatives ?
Deux essais ont testé le jus lui-même. Chez 11 femmes obèses, 500 ml de jus d'orange sanguine par jour pendant 12 semaines n'ont pas modifié le poids, seulement le cholestérol. Chez 41 adultes à tour de taille élevé, 500 ml par jour apportant 50 mg d'anthocyanes pendant 28 jours n'ont changé ni le LDL, ni la glycémie, ni la tension, par rapport à un jus d'orange blonde. Le jus n'est pas l'extrait : il apporte peu d'anthocyanes et beaucoup de sucre. Ces essais ne contredisent pas directement ceux sur l'extrait, mais ils rappellent que l'effet, s'il existe, tient à la concentration, et que boire du jus d'orange sanguine ne fait pas maigrir.
Le Morosil est-il dangereux pour le foie ?
Un cas a été publié en 2023 dans Transplantation Proceedings : une femme de 37 ans, hospitalisée au Brésil pour une encéphalopathie hépatique de grade 4, avait commencé du Morosil trente jours plus tôt et développé un ictère après deux semaines. Le diagnostic d'insuffisance hépatique aiguë a été confirmé et elle a été greffée du foie. Les auteurs n'ont trouvé aucun autre cas rapporté avec le Morosil, et quelques cas avec d'autres agrumes. Un cas unique ne prouve pas la causalité et ne dit rien de la fréquence ; les deux essais n'ont montré aucune anomalie hépatique. Mais il justifie une règle simple : en cas de fatigue inhabituelle, d'urines foncées ou de jaunisse sous complément, arrêter et consulter.
Qui a financé ces essais ?
Le premier essai est signé par l'université de Catane, en Sicile, où l'extrait est produit. Le second associe une société de recherche clinique australienne et un chercheur de la même université de Catane. Ce n'est pas disqualifiant, la plupart des essais sur des ingrédients brevetés sont financés ou co-signés par leur fabricant, mais cela veut dire qu'aucune équipe indépendante n'a reproduit ces résultats à ce jour. C'est la limite principale du dossier.
Que retenir sur le Morosil ?
Que deux essais randomisés montrent un effet réel et modeste, environ deux points de pourcentage de poids sur six mois en plus d'un régime et d'une activité, soit 1,5 à 2 kg. Que les deux sont liés à la ville où l'extrait est produit et qu'aucune réplication indépendante n'existe. Que le jus d'orange sanguine, lui, ne fait rien sur le poids. Qu'un cas d'hépatite grave a été publié, sans preuve de causalité mais qui impose la vigilance. Et que le cadre, régime et activité, fait l'essentiel : le placebo a perdu 2,2 %.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Cardile V, Graziano ACE, Venditti A. Évaluation clinique d'une supplémentation en extrait de jus d'orange Moro pour la gestion du poids. Natural Product Research, 2015;29(23):2256-2260. DOI
- Briskey D, Malfa GA, Rao A. Efficacité d'un extrait standardisé d'orange sanguine Moro sur la perte de poids chez des hommes et des femmes en surpoids mais en bonne santé : essai randomisé en double aveugle contre placebo. Nutrients, 2022;14(3):427. DOI
- Azzini E, Venneria E, Ciarapica D, et al. Effet de la consommation de jus d'orange rouge sur la composition corporelle et l'état nutritionnel de femmes en surpoids ou obèses : étude pilote. Oxidative Medicine and Cellular Longevity, 2017;2017:1672567. DOI
- Hollands WJ, Armah CN, Doleman JF, Perez-Moral N, Winterbone MS, Kroon PA. Quatre semaines de consommation de jus d'orange sanguine riche en anthocyanes ne modifient ni le LDL-cholestérol ni les autres marqueurs de risque cardiovasculaire et de glycémie par rapport à un jus d'orange standard : essai randomisé contrôlé. British Journal of Nutrition, 2018;119(4):415-421. DOI
- Fernandes DP, De Ataide EC, Perales SR, et al. Insuffisance hépatique aiguë secondaire à l'usage d'anthocyanidines : cas clinique. Transplantation Proceedings, 2023;55(6):1454-1456. DOI


