Immunité : ce qui marche vraiment, et ce qui ne marche pas (le classement par niveau de preuve)

Par L'équipe Nutrition•pro
Immunité : ce qui marche vraiment, et ce qui ne marche pas (le classement par niveau de preuve)
L'équipe Nutrition•proMis à jour août 20269 sources vérifiéesMéthodologie

Chaque automne, les mêmes promesses reviennent : booster ses défenses, renforcer son immunité, passer l'hiver sans tomber malade. Et chaque automne, les mêmes actifs sont mis en avant dans le même ordre, celui du chiffre d'affaires plutôt que celui des preuves. Nous avons donc fait l'inverse : reprendre les méta-analyses disponibles, les classer par niveau de preuve, et publier la hiérarchie qui en ressort, même quand elle dérange nos propres rayons.

Le résultat tient en une phrase : le sommeil et l'activité physique arrivent devant tous les compléments, la vitamine D est le seul nutriment avec des preuves de haute qualité sur les infections respiratoires, les probiotiques suivent avec un dossier honorable, la vitamine C ne prévient pas les rhumes en population générale, le zinc n'a aucun effet préventif démontré, et l'échinacée n'a pas fait ses preuves. Voici le détail, chiffres à l'appui, et ce que cela implique concrètement avant l'hiver.

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La vitamine C ne vous empêchera pas d'attraper un rhume, et nous le disons dans cet article. Ce qu'elle fait, en prise régulière, c'est raccourcir les épisodes, et réduire de moitié le risque chez les personnes soumises à un effort physique intense. Acérola bio, sans additif.

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En bref

Classés par niveau de preuve, les leviers immunitaires ne sont pas ceux que le marketing met en avant. Le sommeil vient en premier : sa privation altère l'immunité innée et adaptative et augmente le risque infectieux. L'activité physique modérée et régulière suit, avec des effets documentés sur l'immunosurveillance et la réponse vaccinale, tandis que les efforts intenses et prolongés la dépriment transitoirement. Côté nutriments, la vitamine D est le seul avec des preuves de haute qualité : sur 25 essais et 11 321 participants, elle réduit le risque d'infection respiratoire aiguë, à condition d'être prise quotidiennement ou chaque semaine, et l'effet est quatre fois plus fort chez les personnes très carencées. Les probiotiques réduisent le nombre d'épisodes, leur durée et les prescriptions d'antibiotiques, avec un niveau de preuve faible à modéré. La vitamine C ne prévient pas les rhumes en population générale mais raccourcit les épisodes et divise par deux le risque chez les sportifs d'endurance. Le zinc n'a pas d'effet préventif démontré et son usage en traitement repose sur des preuves faibles. L'échinacée n'a pas fait ses preuves. Enfin, aucun complément ne remplace le lavage des mains, l'aération et la vaccination pour les personnes concernées.

11 321
Participants dans la méta-analyse vitamine D, preuves de haute qualité
0,30vs 0,75
Rapport de cotes chez les très carencés contre les autres : le statut change tout
0,58
Risque relatif de prescription d'antibiotiques sous probiotiques (Cochrane)
0
Effet préventif démontré du zinc sur le risque d'attraper un rhume
i
Information santé. Cet article présente l'état des preuves scientifiques sur les facteurs qui influencent la réponse immunitaire. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin. Les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments, ne préviennent ni ne traitent aucune maladie, et ne se substituent ni à une alimentation variée et équilibrée, ni à un mode de vie sain, ni à la vaccination. Des infections fréquentes, sévères ou traînantes justifient une consultation plutôt qu'une cure.

1. Le classement par niveau de preuve

À retenir
Sommeil et activité physique en tête, vitamine D en premier nutriment, probiotiques ensuite, vitamine C dans des situations précises, zinc en traitement seulement, échinacée non démontrée. C'est l'inverse de l'ordre commercial habituel.
Levier Ce que montrent les données Niveau de preuve
Sommeil suffisant Sa privation altère l'immunité innée et adaptative, installe une inflammation chronique et augmente le risque infectieux Convergence forte, expérimentale et épidémiologique
Activité physique modérée Meilleure immunosurveillance, moins d'inflammation, réponse vaccinale améliorée y compris chez les personnes âgées Corpus large et cohérent
Vitamine D Réduction du risque d'infection respiratoire aiguë, surtout chez les carencés et avec des prises régulières Haute qualité (25 essais, données individuelles)
Probiotiques Moins d'épisodes, épisodes plus courts, moins d'antibiotiques prescrits Faible à modérée selon les critères
Vitamine C Pas de prévention en population générale ; durée réduite en prise régulière ; risque divisé par deux chez les sportifs d'endurance Solide, mais effet limité et conditionnel
Zinc Pas d'effet préventif démontré ; durée du rhume possiblement réduite en traitement, avec plus d'effets indésirables Faible, hétérogénéité très élevée
Échinacée Pas de bénéfice démontré en traitement, tendance non significative en prévention Insuffisante

Un mot sur la méthode, parce qu'elle explique ce classement. Nous n'avons pas retenu les études de laboratoire montrant qu'un extrait « active les cellules NK » dans une éprouvette : ce type de résultat est facile à obtenir et ne prédit presque rien de ce qui se passe chez l'humain. Nous avons retenu les essais randomisés et leurs synthèses, avec un critère qui compte pour le lecteur : tomber malade moins souvent, moins longtemps, ou moins gravement.

2. Pourquoi « booster son immunité » ne veut rien dire

À retenir
Une immunité suractivée n'est pas une bonne nouvelle : c'est le mécanisme des allergies et des maladies auto-immunes. L'objectif réaliste n'est pas de stimuler, c'est de corriger ce qui manque et de ne pas dégrader ce qui fonctionne.

Le verbe « booster » suppose un accélérateur sur lequel on appuierait pour aller plus vite. Ce n'est pas ainsi que fonctionne le système immunitaire, et l'image est trompeuse sur deux plans.

D'abord, le système immunitaire est un équilibre, pas une puissance. Il doit réagir vite aux agents pathogènes, et s'arrêter tout aussi vite pour ne pas détruire les tissus sains. Une réponse excessive porte des noms précis : allergie quand elle vise un allergène inoffensif, maladie auto-immune quand elle vise l'organisme lui-même, orage cytokinique quand elle s'emballe au cours d'une infection. Personne ne souhaite un système immunitaire « plus fort » dans ce sens-là.

Ensuite, aucune allégation de santé européenne n'est formulée en ces termes. Les seules mentions autorisées disent qu'un nutriment « contribue au fonctionnement normal du système immunitaire », ce qui est très différent. Le mot normal n'est pas un adoucissement rhétorique : il désigne exactement ce que la science établit, à savoir qu'un déficit dégrade la réponse immunitaire et que le corriger la ramène à la normale.

La bonne façon de poser la question

Plutôt que « comment booster mon immunité ? », deux questions produisent des réponses actionnables. Qu'est-ce qui, dans mon mode de vie, dégrade actuellement ma réponse immunitaire ? Manque de sommeil, sédentarité, tabac, alcool, stress chronique, alimentation appauvrie. Et ai-je un déficit à corriger ? La vitamine D en hiver est le cas de loin le plus fréquent en France. Ces deux questions couvrent l'essentiel de ce qui est réellement modifiable.

3. Le sommeil, premier levier immunitaire

À retenir
Le sommeil soutient activement la défense contre les infections. Sa privation altère l'immunité innée et adaptative, installe un état inflammatoire chronique et augmente le risque de pathologies infectieuses. Aucun complément n'égale cet effet.
Revue, Communications Biology 2021

Les sociétés modernes connaissent une tendance croissante à la réduction de la durée du sommeil, avec des temps de sommeil nocturne inférieurs aux fourchettes recommandées pour la santé. Les études épidémiologiques et de laboratoire ont démontré les effets délétères de la privation de sommeil sur la santé. Le sommeil exerce une fonction de soutien immunitaire, favorisant la défense de l'hôte contre l'infection et les agressions inflammatoires. La privation de sommeil a été associée à des altérations des paramètres de l'immunité innée et adaptative, conduisant à un état inflammatoire chronique et à un risque accru de pathologies infectieuses et inflammatoires, dont les maladies cardiométaboliques, néoplasiques, auto-immunes et neurodégénératives.

Garbarino S, Lanteri P, Bragazzi NL, Magnavita N, Scoditti E. Commun Biol 2021;4(1):1304. DOI : 10.1038/s42003-021-02825-4

Ce résultat mérite d'être mis en perspective avec le reste de l'article. Nous parlons ici d'un facteur qui modifie simultanément l'immunité innée, l'immunité adaptative et l'état inflammatoire de fond, avec des conséquences documentées jusque sur des maladies chroniques. Aucun nutriment testé en essai randomisé n'approche cette amplitude. Et pourtant, le sommeil est presque toujours relégué en fin de liste, après les gélules.

En pratique, trois repères suffisent : viser sept à neuf heures pour un adulte, garder des horaires réguliers y compris le week-end, ce qui compte autant que la durée, et traiter les troubles du sommeil plutôt que de les subir. Une apnée du sommeil non diagnostiquée, une insomnie chronique ou un travail de nuit ne se corrigent pas avec un complément, mais ils s'accompagnent médicalement.

4. L'activité physique : la dose fait le poison

À retenir
L'activité modérée et régulière améliore l'immunité, y compris la réponse vaccinale chez les personnes âgées. Les efforts intenses et prolongés la dépriment transitoirement, et les athlètes rapportent davantage d'infections respiratoires en période de charge. La marche rapide fait mieux qu'un marathon.
Revue d'immunologie de l'exercice

L'exercice a un effet profond sur le fonctionnement normal du système immunitaire. Il est généralement admis que des périodes prolongées d'entraînement intensif peuvent déprimer l'immunité, tandis qu'un exercice régulier d'intensité modérée est bénéfique. Des séances uniques et prolongées peuvent altérer la fonction des lymphocytes T, des cellules NK et des neutrophiles, et émousser les réponses immunitaires. Les athlètes de haut niveau rapportent fréquemment des symptômes associés aux infections des voies respiratoires supérieures durant les périodes d'entraînement intense et de compétition. À l'inverse, des séances uniques d'intensité modérée sont immunostimulantes et ont été utilisées efficacement pour augmenter la réponse vaccinale chez des patients à risque.

Simpson RJ, Kunz H, Agha N, Graff R. Prog Mol Biol Transl Sci 2015;135:355-380. DOI : 10.1016/bs.pmbts.2015.08.001

Une revue plus récente consacrée au lien entre activité physique et système de défense confirme ce tableau et souligne l'intérêt de l'exercice sur l'immunosénescence, c'est-à-dire le vieillissement du système immunitaire (Nieman et Wentz, J Sport Health Sci, 2019). C'est un point qui compte particulièrement après 60 ans, âge où la réponse vaccinale s'affaiblit.

La traduction pratique est rassurante : il ne s'agit pas de performance. Trente minutes de marche rapide par jour produisent l'effet décrit dans ces travaux. Et si vous vous entraînez intensément, notre article sur la différence entre fatigue et surentraînement détaille les signaux à surveiller pendant les périodes de charge, où la vulnérabilité aux infections augmente.

5. La vitamine D : le seul nutriment avec des preuves de haute qualité

À retenir
25 essais, 11 321 participants, données individuelles : la vitamine D réduit le risque d'infection respiratoire aiguë. Mais uniquement en prises quotidiennes ou hebdomadaires, et l'effet est quatre fois plus fort chez les personnes très carencées. Les ampoules à forte dose espacées n'ont rien montré.

C'est la pièce maîtresse de tout ce dossier, et elle mérite d'être lue dans le détail plutôt que résumée en « la vitamine D renforce l'immunité ».

Méta-analyse sur données individuelles, BMJ 2017

Vingt-cinq essais randomisés éligibles ont été identifiés, totalisant 11 321 participants âgés de 0 à 95 ans ; les données individuelles ont été obtenues pour 96,6 % d'entre eux. La supplémentation en vitamine D a réduit le risque d'infection respiratoire aiguë chez l'ensemble des participants (rapport de cotes ajusté 0,88). En analyse de sous-groupes, des effets protecteurs ont été observés chez ceux recevant de la vitamine D quotidiennement ou hebdomadairement sans doses de charge additionnelles (0,81), mais pas chez ceux recevant une ou plusieurs doses de charge (0,97). Parmi ceux recevant de la vitamine D quotidiennement ou hebdomadairement, les effets protecteurs étaient plus marqués chez les personnes dont la 25-hydroxyvitamine D initiale était inférieure à 25 nanomoles par litre (0,30) que chez celles dont le taux initial atteignait ou dépassait 25 nanomoles par litre (0,75). La vitamine D n'a pas influencé la proportion de participants ayant présenté au moins un effet indésirable grave. Le corpus de preuves contribuant à ces analyses a été jugé de haute qualité.

Martineau AR, Jolliffe DA, Hooper RL, et al. BMJ 2017;356:i6583. DOI : 10.1136/bmj.i6583

Trois enseignements, et ils sont tous actionnables.

Le statut de départ décide de tout
Un rapport de cotes de 0,30 chez les très carencés contre 0,75 chez les autres signifie que le bénéfice est bien plus important quand il y a un déficit à corriger. C'est exactement la logique que nous avons décrite pour le sélénium : supplémenter quelqu'un qui ne manque de rien n'apporte que très peu.
Un dosage sanguin vaut mieux qu'un pari
La régularité bat la grosse dose
Les prises quotidiennes ou hebdomadaires protègent ; les doses de charge ponctuelles, type ampoule trimestrielle, n'ont montré aucun effet protecteur. C'est un point pratique majeur en France, où l'ampoule espacée reste une habitude de prescription courante.
Petit et régulier plutôt que gros et rare
Le déficit est fréquent ici
Sous nos latitudes, la synthèse cutanée est pratiquement nulle d'octobre à mars. S'y ajoutent les facteurs de risque connus : peu d'exposition solaire, peau foncée, âge élevé, surpoids, couverture vestimentaire. C'est la raison pour laquelle ce nutriment concerne réellement une large part de la population française en hiver.
Le seul déficit vraiment répandu de cette liste
i
Information santé. La dose de vitamine D se discute avec un médecin, et un dosage sanguin permet de savoir où vous en êtes. Une prudence particulière s'impose en cas de maladie rénale, de sarcoïdose, d'hyperparathyroïdie ou de traitement par digitaliques ou diurétiques thiazidiques. La vitamine D est liposoluble et s'accumule : les surdosages, bien que rares, existent et provoquent une hypercalcémie.
Le seul nutriment avec des preuves de haute qualité
Une vitamine D à prendre tous les jours

Les essais montrent que la régularité fait la différence, pas la dose massive. Notre Vitamine D3 végétale en gouttes, issue du lichen, permet un ajustement précis au quotidien plutôt qu'une prise espacée. À discuter avec votre médecin, idéalement après un dosage.

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6. Les probiotiques : le deuxième meilleur dossier

À retenir
23 essais, 6 950 participants : moins de personnes enrhumées, épisodes raccourcis d'environ 1,2 jour, et surtout 42 % de prescriptions d'antibiotiques en moins. Niveau de preuve faible à modéré, souches très hétérogènes.
Revue Cochrane 2022, 23 essais randomisés

Vingt-trois essais randomisés ont pu être méta-analysés, totalisant 6 950 participants incluant des enfants, des adultes et des personnes âgées. Les probiotiques pourraient réduire le nombre de participants ayant présenté au moins un épisode d'infection respiratoire haute (risque relatif 0,76 ; preuves de faible certitude) et réduisent probablement le nombre de participants en ayant présenté au moins trois (0,59 ; preuves de certitude modérée). Ils pourraient réduire le taux d'incidence des infections (0,82), pourraient réduire la durée moyenne d'un épisode (différence moyenne de moins 1,22 jour) et réduisent probablement le nombre de participants ayant eu recours à des antibiotiques prescrits (0,58 ; certitude modérée). Ils n'augmentent probablement pas le nombre de participants ayant présenté au moins un effet indésirable. Les effets indésirables rapportés étaient mineurs, le plus souvent digestifs.

Zhao Y, Dong BR, Hao Q. Cochrane Database Syst Rev 2022;8(8):CD006895. DOI : 10.1002/14651858.CD006895.pub4

Le résultat le plus intéressant n'est pas celui qu'on attend. Réduire de 42 % le recours aux antibiotiques prescrits est un critère dur, qui ne dépend pas de la perception subjective des symptômes par le participant, et qui a une portée de santé publique dans un pays où la consommation d'antibiotiques reste élevée.

Deux limites importantes. La certitude des preuves est faible à modérée selon les critères, ce que les auteurs signalent explicitement. Et les souches varient énormément d'une étude à l'autre : la plupart des essais ont utilisé une ou deux souches de lactobacilles à des doses de l'ordre du milliard d'unités formant colonies par jour, pendant plus de trois mois. Autrement dit, un effet observé avec une souche précise ne se transpose pas automatiquement à n'importe quel produit du rayon. Notre article sur les probiotiques et le choix des souches détaille ce point.

7. La vitamine C : ce qu'elle fait et ne fait pas

À retenir
Elle ne prévient pas les rhumes en population générale, c'est établi sur 11 306 participants. En prise régulière, elle raccourcit les épisodes de 8 % chez l'adulte et 14 % chez l'enfant. Et elle divise par deux le risque chez les sportifs d'endurance. Commencer une fois enrhumé n'a rien montré de constant.
Revue Cochrane, 29 comparaisons, 11 306 participants

Dans les essais menés en population générale, incluant 10 708 participants, le risque relatif de développer un rhume sous supplémentation régulière était de 0,97. Cinq essais totalisant 598 marathoniens, skieurs et soldats en exercice subarctique ont donné un risque relatif groupé de 0,48. Trente et une comparaisons ont examiné l'effet de la vitamine C régulière sur la durée des rhumes : chez l'adulte, la durée était réduite de 8 %, et chez l'enfant de 14 %. Chez l'enfant, 1 à 2 grammes par jour raccourcissaient les rhumes de 18 %. La sévérité était également réduite. Sept comparaisons ont examiné l'effet de la vitamine C prise à titre thérapeutique : aucun effet constant n'a été observé sur la durée ou la sévérité. L'échec de la supplémentation à réduire l'incidence des rhumes en population générale indique qu'une supplémentation de routine n'est pas justifiée.

Hemilä H, Chalker E. Cochrane Database Syst Rev 2013;(1):CD000980. DOI : 10.1002/14651858.CD000980.pub4

Nous vendons de l'acérola, et cette conclusion figure quand même dans notre article, parce qu'elle est ce qu'elle est. Ce qui reste vrai après lecture complète mérite toutefois d'être souligné : la réduction de moitié du risque chez les personnes soumises à un effort physique intense est un résultat net, sur cinq essais convergents. Si vous êtes coureur de fond, cycliste, ou exposé au froid de façon prolongée, vous êtes dans la population où la vitamine C a montré un effet préventif réel.

Et pour tout le monde, la réduction de la durée des épisodes en prise régulière reste un bénéfice modeste mais mesuré. Les auteurs eux-mêmes concluent que, compte tenu de la constance de cet effet, du faible coût et de la sécurité, il peut être utile d'essayer individuellement. C'est une recommandation honnête, à mille lieues du « bouclier anti-rhume » habituel. Notre article sur le choix d'une vitamine C naturelle aborde les formes disponibles.

8. Le zinc : la nuance que personne ne fait

À retenir
La revue Cochrane 2024, sur 34 essais et 8 526 participants, ne retrouve pas d'effet préventif. En traitement, une réduction possible de la durée d'environ deux jours, mais avec des preuves de faible certitude, une hétérogénéité de 97 % et une augmentation probable des effets indésirables.

Le zinc est probablement le complément le plus associé au rhume dans l'esprit du public, et c'est celui dont le dossier s'est le plus dégradé avec la dernière synthèse disponible.

Revue Cochrane 2024, 34 essais, 8 526 participants

Trente-quatre études ont été incluses, quinze de prévention et dix-neuf de traitement. La supplémentation en zinc pourrait n'avoir que peu ou pas d'effet sur le risque de développer un rhume (risque relatif 0,93 ; preuves de faible certitude) et peu ou pas d'effet sur le nombre moyen de rhumes survenant sur cinq à dix-huit mois de suivi. Lorsque les rhumes surviennent, il n'y a probablement que peu ou pas de différence sur leur durée (moins 0,63 jour ; certitude modérée). Utilisé en traitement, le zinc pourrait réduire la durée moyenne du rhume (moins 2,37 jours ; hétérogénéité de 97 % ; preuves de faible certitude), mais il est incertain qu'il réduise le risque d'avoir encore un rhume en fin de suivi. Il existe probablement une augmentation du risque d'effets indésirables non graves lorsque le zinc est utilisé en traitement (risque relatif 1,34 ; certitude modérée).

Nault D, Machingo TA, Shipper AG, et al. Cochrane Database Syst Rev 2024;5(5):CD014914. DOI : 10.1002/14651858.CD014914.pub2

Une hétérogénéité de 97 % sur le critère principal du traitement signifie que les études ne disent pas la même chose, au point que la moyenne calculée a une valeur limitée. Certains essais montrent un effet marqué, d'autres aucun, et les protocoles diffèrent considérablement : pastilles de gluconate ou d'acétate, doses de 45 à 276 milligrammes par jour, durées de 4,5 à 21 jours, voies orales ou intranasales.

Faut-il pour autant jeter le zinc ? Non, et il faut distinguer deux questions. Le zinc en tant que nutriment reste indispensable au fonctionnement immunitaire, et sa carence, qui existe notamment chez les végétariens, les personnes âgées et en cas de maladie digestive, altère réellement la réponse immunitaire. Le zinc en tant que remède contre le rhume, c'est autre chose, et c'est cette prétention-là que la revue Cochrane ne soutient pas en prévention. Notre article zinc, immunité et rhume mérite d'ailleurs d'être relu à la lumière de cette synthèse de 2024, plus récente que sa rédaction.

9. L'échinacée et les plantes de l'hiver

À retenir
24 essais en double aveugle, 4 631 participants : aucun bénéfice démontré en traitement du rhume, et des tendances positives mais non significatives en prévention. Le problème central est la variabilité des produits vendus sous ce nom.
Revue Cochrane, 24 essais en double aveugle

Vingt-quatre essais en double aveugle avec 4 631 participants, incluant au total 33 comparaisons entre préparations d'échinacée et placebo, répondaient aux critères d'inclusion. Aucune des douze comparaisons de prévention rapportant le nombre de patients ayant présenté au moins un épisode de rhume n'a retrouvé de différence statistiquement significative. Sur les sept essais de traitement rapportant des données sur la durée des rhumes, un seul a montré un effet significatif de l'échinacée par rapport au placebo. Les produits à base d'échinacée n'ont pas démontré de bénéfice pour traiter les rhumes, bien qu'un faible bénéfice de certains produits reste possible. La plupart des consommateurs et des médecins ignorent que les produits disponibles sous le terme d'échinacée diffèrent considérablement dans leur composition.

Karsch-Völk M, Barrett B, Kiefer D, et al. Cochrane Database Syst Rev 2014;(2):CD000530. DOI : 10.1002/14651858.CD000530.pub3

La dernière phrase de cette revue explique probablement les résultats décevants autant qu'elle les commente. Sous un même nom commercial coexistent des espèces différentes, des parties de plante différentes, racine ou parties aériennes, et des procédés d'extraction différents. Agréger des essais menés sur des produits aussi dissemblables revient à comparer des choses qui n'ont en commun qu'une étiquette.

Que faire des autres plantes de l'hiver ? Nous en proposons plusieurs, et l'honnêteté commande de dire que leur niveau de preuve sur les infections respiratoires est inférieur à celui de la vitamine D. La propolis, le shiitake, le reishi et le moringa disposent chacun de données, détaillées dans leurs articles respectifs, mais aucun ne bénéficie d'une méta-analyse comparable à celles citées ici. Cela ne les disqualifie pas ; cela les situe.

10. Les micronutriments dont le déficit compte

À retenir
Vitamines A, C et D, zinc, sélénium, fer, cuivre : leur déficit altère réellement la réponse immunitaire. Mais le bénéfice de la supplémentation dépend du statut de départ, et en ajouter à quelqu'un qui n'en manque pas n'a pas d'effet démontré.

Une revue consacrée aux relations entre nutrition et système immunitaire identifie plusieurs micronutriments dont l'insuffisance dégrade la réponse immunitaire et dont la correction l'améliore, en soulignant leur rôle de cofacteurs de la réponse vaccinale (Munteanu et Schwartz, Front Nutr, 2022).

Nutriment Rôle immunitaire Qui risque d'en manquer
Vitamine D Modulation de l'immunité innée et adaptative, production de peptides antimicrobiens Très large part de la population française en hiver, personnes âgées, peaux foncées, surpoids
Zinc Développement et fonction des lymphocytes, intégrité des barrières Végétariens et végétaliens, personnes âgées, maladies digestives, alcoolisme
Vitamine C Fonction des phagocytes, protection contre le stress oxydatif de la réponse immunitaire Faible consommation de fruits et légumes, fumeurs, personnes isolées
Vitamine A Intégrité des muqueuses respiratoires et digestives, première ligne de défense Rare en France ; malabsorptions, régimes très restrictifs
Fer Prolifération des cellules immunitaires ; l'excès comme le manque posent problème Femmes réglées, végétariens, donneurs de sang réguliers
Sélénium Défense antioxydante des cellules immunitaires, réponse antivirale Régimes excluant poissons et produits animaux, sols européens pauvres
Cuivre Fonction des neutrophiles et des macrophages Rare ; supplémentation prolongée en zinc à forte dose, malabsorptions

Le principe qui traverse tout ce tableau est le même que celui de la vitamine D : c'est la correction d'un déficit qui produit l'effet, pas l'accumulation. C'est aussi ce que nous avons documenté pour le sélénium, dont la courbe en U montre qu'un excès peut nuire. Un multivitamines à dose nutritionnelle a du sens comme filet de sécurité chez quelqu'un dont l'alimentation est restreinte ; il n'a pas d'intérêt démontré chez quelqu'un qui mange varié.

11. Ce qui marche le mieux et ne coûte presque rien

À retenir
Lavage des mains, aération des pièces, vaccination pour les personnes concernées, arrêt du tabac. Ces mesures ont un rapport efficacité-coût qu'aucun complément n'approche, et il serait malhonnête de ne pas les citer dans un article vendu par un fabricant de compléments.
  • Le lavage des mains. La transmission des virus respiratoires passe largement par les mains et les surfaces. C'est la mesure la plus documentée en prévention communautaire, et elle est gratuite.
  • L'aération. Dix minutes deux fois par jour, même en hiver, réduisent la concentration de particules virales dans l'air intérieur, principal lieu de transmission pendant la saison froide.
  • La vaccination antigrippale pour les personnes concernées, et les autres vaccinations recommandées selon l'âge et les facteurs de risque. C'est une décision médicale, mais elle relève du même sujet et il serait étrange de l'omettre.
  • L'arrêt du tabac. Le tabagisme altère les défenses des voies respiratoires, augmente la fréquence et la gravité des infections respiratoires, et son arrêt reste l'intervention la plus rentable qui existe en santé.
  • La gestion du stress chronique, qui interagit avec le sommeil et l'inflammation de fond décrite en section 3.

Nous vendons des compléments alimentaires, et nous plaçons quand même cette section avant la conclusion, parce que l'ordre des priorités compte davantage que le catalogue. Un client qui achète de l'acérola en dormant cinq heures par nuit et en ne se lavant jamais les mains a mal investi son argent, et notre travail consiste à le lui dire.

12. Quand une immunité affaiblie doit faire consulter

À retenir
Aucun examen ne mesure la force de l'immunité. En revanche, des infections anormalement fréquentes, sévères ou traînantes justifient un bilan médical, pas une cure. Certains signaux imposent même de ne pas attendre.
Consultez plutôt que de compléter si

Vos infections sont anormalement fréquentes ou sévères : plusieurs pneumonies, sinusites ou otites en une année, infections nécessitant des antibiotiques à répétition, ou infections qui reviennent toujours au même endroit.

Une infection traîne plus longtemps que prévu, ou ne guérit pas malgré un traitement adapté.

Vous avez une fièvre prolongée sans cause identifiée, des sueurs nocturnes, une perte de poids inexpliquée ou des ganglions qui persistent.

Vous prenez un traitement immunosuppresseur, une corticothérapie prolongée, une chimiothérapie, ou vous êtes greffé : dans ce cas, tout complément doit être validé par l'équipe qui vous suit, certains étant contre-indiqués.

Vous êtes atteint d'une maladie chronique mal équilibrée, en particulier un diabète, qui altère la réponse aux infections.

Dans toutes ces situations, la démarche est un bilan médical à la recherche d'une cause précise, carence, diabète, déficit immunitaire, effet d'un traitement. Une cure de compléments prise à la place retarde le diagnostic sans rien corriger.

13. Construire sa stratégie hivernale

À retenir
Dans l'ordre : sommeil, activité physique, vitamine D après avis médical, mesures d'hygiène, puis éventuellement probiotiques sur la saison. La vitamine C trouve sa place chez les sportifs d'endurance, et le zinc en traitement plutôt qu'en prévention.
Votre profil, la priorité
Vous dormez moins de sept heures et vous cherchez un complément
Commencez par le sommeil : c'est le levier avec le plus fort effet documenté sur l'immunité, et aucun complément ne compense sa privation. Le reste viendra ensuite.
Vous vivez en France, on est en octobre, vous sortez peu
La vitamine D est la question à poser à votre médecin, éventuellement avec un dosage. Prise quotidienne ou hebdomadaire plutôt qu'ampoule espacée.
Vous enchaînez les rhumes chaque hiver sans autre problème de santé
Vitamine D d'abord, puis probiotiques sur la saison, qui ont montré moins d'épisodes et moins d'antibiotiques. Et lavage des mains, sérieusement.
Vous êtes coureur de fond, cycliste ou exposé au froid de façon prolongée
Vous êtes dans la seule population où la vitamine C a divisé par deux le risque d'infection. Une prise régulière a du sens dans votre cas, contrairement à la population générale.
Vous êtes végétarien ou végétalien
Le zinc, le fer et la vitamine B12 méritent une attention particulière, moins pour l'immunité en soi que parce que leur déficit est plus fréquent et qu'il dégrade la réponse immunitaire.
Un rhume vient de commencer
Le zinc en pastilles pourrait raccourcir l'épisode d'environ deux jours, avec un niveau de preuve faible et des effets indésirables plus fréquents. À essayer en connaissance de cause, pas comme une évidence.
Vos infections sont fréquentes, sévères ou traînantes
Consultez : ce n'est pas un sujet de complément mais de diagnostic.
Vitamine C naturelle, bio
Utile pour la durée, et pour les sportifs

Notre Acérola bio en poudre apporte une vitamine C d'origine naturelle, sans additif. Ce que les études soutiennent : une réduction de la durée des épisodes en prise régulière, et un risque divisé par deux chez les personnes soumises à un effort physique intense. Pas une prévention universelle.

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Choisissez la situation qui vous ressemble le plus : la réponse s'affiche juste en dessous.

Profil A : vitamine D, puis probiotiques

Trois ou quatre rhumes par saison chez un adulte est banal, et n'indique pas une immunité défaillante. Dans l'ordre des preuves : le sommeil d'abord, sept à neuf heures régulières, puis la vitamine D, seul nutriment avec des preuves de haute qualité sur les infections respiratoires, en prise quotidienne ou hebdomadaire et après avis médical. Les probiotiques viennent ensuite, avec moins d'épisodes, des épisodes plus courts et surtout 42 % de prescriptions d'antibiotiques en moins dans la revue Cochrane. Et n'oubliez pas le lavage des mains et l'aération, qui font mieux que la plupart des compléments pour un coût nul.

Profil B : vous êtes le cas particulier de la vitamine C

La vitamine C ne prévient pas les rhumes en population générale, c'est établi sur plus de 10 000 participants. Mais chez les marathoniens, skieurs et soldats en exercice arctique, cinq essais convergents montrent un risque divisé par deux. Vous êtes dans cette population, et une prise régulière a donc du sens pour vous, ce qui n'est pas le cas de votre voisin sédentaire. Attention par ailleurs à la charge d'entraînement : les efforts intenses et prolongés dépriment transitoirement l'immunité, et les périodes de forte charge s'accompagnent d'infections respiratoires plus fréquentes. Notre article sur fatigue et surentraînement détaille les signaux à surveiller.

Profil C : peu d'options, et il faut le dire

Une fois le rhume déclaré, l'arsenal validé est mince. La vitamine C commencée à ce moment n'a pas montré d'effet constant dans les essais thérapeutiques. Le zinc en pastilles pourrait réduire la durée d'environ deux jours, mais avec des preuves de faible certitude, une hétérogénéité de 97 % entre les études, et une augmentation probable des effets indésirables non graves, surtout digestifs et gustatifs. Autrement dit, c'est jouable en connaissance de cause, pas une évidence. Le reste relève du confort : hydratation, repos, lavages de nez au sérum physiologique. Et si les symptômes s'aggravent, si la fièvre dure plus de trois jours ou si l'essoufflement apparaît, consultez.

Profil D : ce n'est pas un sujet de complément

Des infections fréquentes, sévères, traînantes ou nécessitant des antibiotiques à répétition ne se corrigent pas avec une cure. Elles justifient un bilan médical à la recherche d'une cause précise : carence, diabète mal équilibré, effet d'un traitement, pathologie ORL sous-jacente, ou plus rarement déficit immunitaire. Prendre des compléments à la place retarde ce diagnostic sans rien résoudre. Prenez rendez-vous, en apportant si possible la liste de vos épisodes infectieux des douze derniers mois et des traitements reçus : c'est exactement l'information dont votre médecin a besoin pour s'orienter.

Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

Questions fréquentes sur l'immunité

Quel est le levier le plus efficace pour renforcer son immunité ?

Le sommeil, devant tout complément alimentaire. Une revue publiée en 2021 rappelle que le manque de sommeil altère à la fois l'immunité innée et l'immunité adaptative, installe un état inflammatoire chronique et augmente le risque d'infections. L'activité physique modérée et régulière arrive juste derrière, avec des effets documentés sur la réponse vaccinale et l'immunosurveillance. Aucun nutriment testé en essai randomisé n'atteint ce niveau d'effet. La hiérarchie honnête place donc les compléments après ces deux leviers, jamais à leur place.

La vitamine D renforce-t-elle vraiment l'immunité ?

C'est le nutriment avec les meilleures preuves dans ce domaine. Une méta-analyse sur données individuelles portant sur 25 essais et 11 321 participants a montré que la supplémentation réduit le risque d'infection respiratoire aiguë, avec un rapport de cotes de 0,88. Deux conditions ressortent : l'effet n'apparaît qu'avec des prises quotidiennes ou hebdomadaires, et non avec des doses de charge ponctuelles, et il est beaucoup plus marqué chez les personnes réellement carencées, avec un rapport de cotes de 0,30 en dessous de 25 nanomoles par litre contre 0,75 au-dessus. La qualité des preuves a été jugée élevée.

Le zinc protège-t-il du rhume ?

Pas en prévention, selon la revue Cochrane la plus récente. Portant sur 34 essais et 8 526 participants, elle conclut que le zinc n'a probablement que peu ou pas d'effet sur le risque d'attraper un rhume. En revanche, pris au moment des symptômes, il pourrait réduire la durée de l'épisode d'environ deux jours, avec un niveau de preuve faible et une hétérogénéité considérable entre les études. Les auteurs signalent aussi une augmentation probable des effets indésirables non graves lors du traitement, principalement digestifs et gustatifs.

La vitamine C empêche-t-elle d'attraper froid ?

Non en population générale. La revue Cochrane portant sur 29 comparaisons et 11 306 participants ne retrouve aucune réduction du risque d'attraper un rhume avec une supplémentation régulière. Deux résultats sont plus intéressants : chez les personnes soumises à un effort physique intense, marathoniens, skieurs et soldats en exercice arctique, le risque est réduit de moitié ; et en prise régulière, la durée des rhumes diminue de 8 % chez l'adulte et de 14 % chez l'enfant. En revanche, commencer la vitamine C une fois le rhume déclaré n'a pas montré d'effet constant.

Les probiotiques aident-ils vraiment contre les infections hivernales ?

C'est le deuxième meilleur dossier après la vitamine D. La revue Cochrane de 2022, portant sur 23 essais et 6 950 participants, retrouve moins de personnes ayant présenté au moins un épisode d'infection respiratoire haute, une durée d'épisode réduite d'environ 1,2 jour, et surtout moins de prescriptions d'antibiotiques. Le niveau de preuve reste faible à modéré selon les critères, les souches et les doses varient beaucoup d'une étude à l'autre, et les effets indésirables sont mineurs et digestifs. C'est encourageant sans être définitif.

L'échinacée est-elle efficace contre le rhume ?

Les preuves ne le soutiennent pas. La revue Cochrane consacrée à cette plante, portant sur 24 essais en double aveugle et 4 631 participants, conclut que les produits à base d'échinacée n'ont pas démontré de bénéfice pour traiter les rhumes. Un faible effet préventif reste possible, les essais de prévention montrant des tendances positives constantes mais non significatives, d'une pertinence clinique discutable. Les auteurs soulignent aussi une difficulté majeure : les produits vendus sous le nom d'échinacée diffèrent considérablement selon l'espèce, la partie de plante et le procédé d'extraction.

Faut-il faire une cure de vitamine D en hiver ?

Sous nos latitudes, la synthèse cutanée est nulle d'octobre à mars, et le déficit est fréquent en France à la sortie de l'hiver. Les données sur les infections respiratoires plaident pour une supplémentation quotidienne ou hebdomadaire plutôt que pour des ampoules à forte dose espacées, qui n'ont pas montré d'effet protecteur dans la méta-analyse de référence. La dose se discute avec un médecin, en particulier en cas de maladie rénale, de sarcoïdose ou de traitement en cours, et un dosage sanguin permet de savoir où vous en êtes plutôt que de supplémenter à l'aveugle.

Comment savoir si mon système immunitaire est affaibli ?

Il n'existe pas d'examen simple mesurant la force de l'immunité, et c'est une déception fréquente en consultation. Certains signaux justifient toutefois un avis médical : des infections inhabituellement fréquentes, sévères ou traînantes, des infections à répétition touchant le même organe, une fièvre prolongée sans cause, une perte de poids inexpliquée, ou une fatigue profonde et durable. Ces situations font rechercher une cause précise, diabète, carence, traitement immunosuppresseur ou déficit immunitaire, plutôt que de justifier une cure de compléments à l'aveugle.

Le sport renforce-t-il ou affaiblit-il l'immunité ?

Les deux, selon la dose. Les travaux de référence en immunologie de l'exercice décrivent un effet bénéfique de l'activité physique modérée et régulière, avec moins d'inflammation, un meilleur maintien de la masse thymique et une réponse vaccinale améliorée, y compris chez les personnes âgées. À l'inverse, les efforts prolongés et intenses peuvent déprimer transitoirement la fonction des lymphocytes T, des cellules NK et des neutrophiles, et les athlètes rapportent fréquemment des infections des voies aériennes supérieures pendant les périodes de charge élevée. La marche rapide quotidienne fait donc mieux qu'un marathon pour l'immunité.

Quel rôle joue le sommeil dans l'immunité ?

Un rôle central et sous-estimé. Le sommeil soutient la défense de l'organisme contre les infections et les agressions inflammatoires ; sa privation s'accompagne d'altérations des paramètres de l'immunité innée et adaptative, d'un état inflammatoire chronique et d'un risque accru de pathologies infectieuses et inflammatoires. Autrement dit, dormir suffisamment n'est pas un conseil de confort ajouté en fin d'article : c'est probablement le levier immunitaire le plus puissant dont vous disposez, et il est gratuit.

Que penser des produits qui promettent de booster l'immunité ?

Le verbe booster ne correspond à rien de mesurable, et il n'existe aucune allégation de santé autorisée en Europe formulée en ces termes. Un système immunitaire ne se stimule pas comme on pousse un accélérateur : une immunité suractivée n'est pas une bonne nouvelle, c'est le mécanisme des maladies auto-immunes et des allergies. Ce que la science soutient est plus modeste et plus utile : corriger les déficits qui altèrent la réponse immunitaire, en particulier en vitamine D, et soutenir les conditions générales du bon fonctionnement, sommeil, activité physique, alimentation variée.

Quels nutriments comptent vraiment pour l'immunité ?

Une revue consacrée aux liens entre nutrition et immunité identifie plusieurs micronutriments dont le déficit altère la réponse immunitaire, notamment les vitamines A, C et D, le zinc, le sélénium, le fer et le cuivre. Le point important est que le bénéfice de la supplémentation dépend du statut de départ : corriger un déficit améliore la réponse, en ajouter à quelqu'un dont les apports sont adéquats n'a pas d'effet démontré. C'est exactement ce qu'a montré la méta-analyse sur la vitamine D, où l'effet est quatre fois plus fort chez les personnes très carencées.

Par quoi commencer concrètement avant l'hiver ?

Par le sommeil, en visant sept à neuf heures régulières, et par une activité physique modérée quotidienne, la marche rapide suffisant à produire l'effet décrit dans les études. Ensuite, faire le point sur la vitamine D avec son médecin, puisque c'est le seul nutriment avec des preuves de haute qualité sur les infections respiratoires, et privilégier une prise quotidienne ou hebdomadaire. Puis, éventuellement, des probiotiques pendant la saison. Le lavage des mains, l'aération des pièces et la vaccination antigrippale pour les personnes concernées font partie des mesures les plus efficaces, et ne coûtent presque rien.

Glossaire
Immunité innée
Première ligne de défense, immédiate et non spécifique : barrières cutanées et muqueuses, cellules phagocytaires, cellules NK, inflammation.
Immunité adaptative
Réponse spécifique et mémorisée, portée par les lymphocytes T et B et les anticorps. Plus lente à se mettre en place, mais durable : c'est elle que sollicite la vaccination.
Infection respiratoire haute
Atteinte du nez, de la gorge, des sinus ou des oreilles : rhume, rhinopharyngite, sinusite, angine, otite. Critère principal de la plupart des essais cités ici.
Méta-analyse sur données individuelles
Synthèse qui réunit les données de chaque participant plutôt que les seuls résultats publiés. C'est le format le plus fiable, utilisé dans l'étude de référence sur la vitamine D.
Rapport de cotes
Mesure de l'effet d'une intervention. Une valeur inférieure à 1 indique une réduction du risque : 0,88 correspond à environ 12 % de risque en moins.
Hétérogénéité
Degré de divergence des résultats entre les études réunies dans une méta-analyse. Une hétérogénéité de 97 %, comme pour le zinc en traitement, signifie que la moyenne calculée a une valeur limitée.
Immunosénescence
Vieillissement du système immunitaire, marqué par une moindre réponse vaccinale et une inflammation de fond plus élevée. L'activité physique régulière en atténue certains aspects.
25-hydroxyvitamine D
Forme circulante de la vitamine D, dosée dans le sang pour évaluer le statut. En dessous de 25 nanomoles par litre, le déficit est considéré comme sévère.
Sources scientifiques
  1. Martineau AR, Jolliffe DA, Hooper RL, et al. Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections: systematic review and meta-analysis of individual participant data. BMJ. 2017;356:i6583. doi:10.1136/bmj.i6583
  2. Zhao Y, Dong BR, Hao Q. Probiotics for preventing acute upper respiratory tract infections. Cochrane Database Syst Rev. 2022;8(8):CD006895. doi:10.1002/14651858.CD006895.pub4
  3. Nault D, Machingo TA, Shipper AG, et al. Zinc for prevention and treatment of the common cold. Cochrane Database Syst Rev. 2024;5(5):CD014914. doi:10.1002/14651858.CD014914.pub2
  4. Hemilä H, Chalker E. Vitamin C for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(1):CD000980. doi:10.1002/14651858.CD000980.pub4
  5. Karsch-Völk M, Barrett B, Kiefer D, Bauer R, Ardjomand-Woelkart K, Linde K. Echinacea for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev. 2014;(2):CD000530. doi:10.1002/14651858.CD000530.pub3
  6. Garbarino S, Lanteri P, Bragazzi NL, Magnavita N, Scoditti E. Role of sleep deprivation in immune-related disease risk and outcomes. Commun Biol. 2021;4(1):1304. doi:10.1038/s42003-021-02825-4
  7. Nieman DC, Wentz LM. The compelling link between physical activity and the body's defense system. J Sport Health Sci. 2019;8(3):201-217. doi:10.1016/j.jshs.2018.09.009
  8. Simpson RJ, Kunz H, Agha N, Graff R. Exercise and the regulation of immune functions. Prog Mol Biol Transl Sci. 2015;135:355-380. doi:10.1016/bs.pmbts.2015.08.001
  9. Munteanu C, Schwartz B. The relationship between nutrition and the immune system. Front Nutr. 2022;9:1082500. doi:10.3389/fnut.2022.1082500

Pour aller plus loin

À propos de cet article. Rédigé par l'équipe Nutrition•pro à partir de méta-analyses sur données individuelles, de revues Cochrane et de revues de référence en immunologie, selon notre méthodologie éditoriale. Nous commercialisons des compléments alimentaires, et nous publions ici un classement qui place le sommeil, l'activité physique et les mesures d'hygiène devant nos propres produits, parce que c'est ce que montrent les données. Les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments, ne préviennent ni ne traitent aucune maladie, et ne se substituent ni à une alimentation variée et équilibrée, ni à un mode de vie sain, ni à la vaccination. Des infections fréquentes, sévères ou traînantes, une fièvre prolongée ou un traitement immunosuppresseur imposent un avis médical.

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