Vous venez de lire 14/9 sur un tensiomètre, ou le médecin vous a dit « 15/9, on surveille ». Et vous cherchez ce que ça veut dire, si c'est grave, et quoi faire. La réponse existe, elle est précise, et elle a été mise à jour en 2024 par la Société européenne de cardiologie, qui a redécoupé les catégories.
Ce guide fait trois choses. Il traduit les chiffres, palier par palier, avec ce que chacun implique. Il explique pourquoi une mesure isolée ne veut presque rien dire et comment en obtenir une qui compte. Puis il rapporte ce qui fait réellement baisser les chiffres selon les méta-analyses : l'alimentation d'abord, le sel, le potassium, le mouvement, la respiration, et enfin les compléments, avec les doses réelles des essais et leurs limites.
Les paliers, selon l'ESC 2024. Moins de 12/7 : tension non élevée. De 12/7 à 13,9/8,9 : tension élevée, une catégorie nouvelle qui n'est pas une maladie mais appelle des changements d'habitudes. À partir de 14/9 au cabinet, ou 13,5/8,5 à domicile : hypertension, à confirmer par des mesures répétées, puis à prendre en charge avec un médecin. À partir de 18/11 avec symptômes : urgence, le 15.
Ce qui fait baisser les chiffres. Une méta-analyse en réseau de 120 essais classe l'alimentation DASH en tête, avec près de 7 mmHg de systolique en moins, devant l'exercice, la réduction du sel, le potassium alimentaire, la respiration contrôlée. Le sel agit de façon linéaire, sans seuil. Les compléments. Le magnésium à 368 mg par jour donne 2 mmHg, l'ail à plusieurs centaines de milligrammes d'extrait jusqu'à 8,7 chez les hypertendus, la coenzyme Q10 n'a pas d'effet significatif selon Cochrane. Modeste, cumulable, jamais un substitut.
Lire ses deux chiffres
Le premier chiffre est la pression systolique, celle qui règne dans les artères quand le cœur se contracte et pousse le sang. Le second est la diastolique, la pression qui persiste entre deux battements, pendant que le cœur se remplit. Les deux comptent. Après 50 ans, c'est la systolique qui pèse le plus sur le risque cardiovasculaire, parce que les artères se rigidifient et que le premier chiffre monte alors que le second peut baisser.
Une particularité française : nous parlons en centimètres de mercure, 14/9, alors que la médecine internationale et toutes les études utilisent les millimètres. 14/9 signifie donc 140/90 mmHg, 13/8 signifie 130/80. Les recommandations et les tensiomètres affichent les millimètres, et c'est dans cette unité que sont fixés les seuils qui suivent. Il suffit de déplacer la virgule.
La grille 2024, palier par palier
En 2024, la Société européenne de cardiologie a publié de nouvelles recommandations sur la pression artérielle élevée et l'hypertension, et le titre lui-même dit le changement : il n'y a plus deux états, normal et hypertendu, mais trois. La catégorie intermédiaire, la tension élevée, est celle où se trouvent beaucoup de gens qui lisent cet article, et elle change la manière de répondre à la question « est-ce grave ».
| Vos chiffres | Catégorie ESC 2024 | Ce que cela implique |
|---|---|---|
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Moins de 12/7 < 120/70 mmHg |
Tension non élevée | Rien à faire de particulier. Remesurer de temps en temps, garder ses habitudes. |
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12/7 à 13,9/8,9 120-139 / 70-89 mmHg |
Tension élevée | Pas une maladie, mais plus la normale. Changements d'habitudes dont les effets sont mesurés, contrôle régulier. Traitement envisagé seulement chez les personnes à haut risque, après trois mois de mesures d'hygiène de vie. |
|
14/9 et plus ≥ 140/90 mmHg au cabinet ≥ 135/85 à domicile |
Hypertension | À confirmer par des mesures répétées hors du cabinet. Une fois confirmée : prise en charge médicale, hygiène de vie et souvent traitement. Pas une urgence, mais pas à laisser courir. |
|
16/10, 17/10 160-179 / 100-109 mmHg |
Hypertension nette | Consulter dans les jours qui viennent, bilan et traitement. Remesurer au calme en attendant pour vérifier que le chiffre tient. |
|
18/11 et plus ≥ 180/110 mmHg |
Sévère, urgence si symptômes | Avec symptômes : appeler le 15. Sans symptôme : consulter le jour même ou appeler le 15 pour avis. |
Avant 2024, quelqu'un à 13/8 s'entendait dire « c'est normal » ou « c'est un peu haut » selon le médecin, et repartait sans consigne. La nouvelle catégorie dit deux choses à la fois : ce n'est pas une maladie, il n'y a pas lieu de s'alarmer ni de se médicamenter ; mais ce n'est plus la normale, et c'est le moment d'agir sur ce qui fait baisser les chiffres, parce que c'est à ce stade que les mesures d'hygiène de vie ont le meilleur rendement. Toute la section 5 s'adresse d'abord à ce palier.
Pourquoi une mesure ne fait pas un diagnostic
La tension varie d'une minute à l'autre. Elle monte quand on parle, quand on a froid, quand on a mal, quand on est contrarié, quand on vient de monter un escalier, quand on a bu un café. Et elle monte, chez une part importante des gens, par le seul fait d'être dans un cabinet médical : c'est l'effet blouse blanche, qui peut ajouter plusieurs points. C'est la raison pour laquelle les recommandations européennes 2024 demandent de confirmer toute suspicion d'hypertension par des mesures hors du cabinet, automesure à domicile ou enregistrement ambulatoire sur 24 heures, avant de poser un diagnostic et a fortiori avant de traiter.
L'inverse existe et il est plus insidieux : l'hypertension masquée, normale devant le médecin et élevée dans la vie réelle, au travail, la nuit, sous stress. Seule l'automesure la révèle. Dans les deux sens, une mesure isolée ne dit presque rien ; une série de mesures dans les bonnes conditions dit presque tout.
Quand c'est une urgence
Votre tension est à 18/11 ou plus, soit 180/110 mmHg, et vous présentez l'un de ces signes : un mal de tête violent et inhabituel, des troubles de la vue, une douleur dans la poitrine, un essoufflement, une confusion, une faiblesse ou un engourdissement d'un côté du corps, une difficulté à parler. Ces symptômes peuvent signaler une atteinte du cerveau, du cœur ou des reins en cours, et chaque minute compte.
Un chiffre à 18/11 ou plus sans aucun symptôme n'est pas la même situation, mais il justifie de consulter le jour même ou d'appeler le 15 pour avis. Il ne justifie pas de reprendre la mesure toutes les cinq minutes, ce qui fait monter la tension par l'inquiétude.
En dehors de ces situations, une hypertension est un facteur de risque qui se traite sur des semaines et des années, pas une urgence des heures qui viennent. Ce qui suit s'adresse à ce temps long, et d'abord aux personnes dont la tension est élevée sans être une hypertension, parce que c'est là que les mesures d'hygiène de vie rapportent le plus.
Ce qui fait vraiment baisser les chiffres
Sur 60 166 articles potentiellement pertinents, 120 articles totalisant 14 923 participants, avec un suivi médian de 12 semaines, évaluant 22 interventions non médicamenteuses, ont été inclus. Chez les adultes allant de la préhypertension à l'hypertension établie, des preuves de haute qualité indiquent que l'alimentation DASH est supérieure aux soins habituels et à toutes les autres interventions pour abaisser la pression systolique, avec une différence moyenne pondérée de 6,97 mmHg, et diastolique, de 3,54 mmHg. Par rapport aux soins habituels, des preuves de qualité modérée à élevée indiquent que l'exercice aérobie, l'entraînement isométrique, le sel pauvre en sodium et riche en potassium, la modification globale du mode de vie, le contrôle de la respiration et la méditation abaissent la pression systolique et diastolique. Chez les patients hypertendus, la restriction en sel est également efficace. Chez les participants en surpoids ou obèses, un régime hypocalorique, seul ou avec exercice, abaisse davantage la pression que l'exercice seul.
Fu J, Liu Y, Zhang L, et al. J Am Heart Assoc 2020;9(19):e016804. DOI : 10.1161/JAHA.120.016804
Ce résultat est le plus utile de tout l'article pour quelqu'un dont la tension est élevée. Sept millimètres de systolique, c'est l'ordre de grandeur d'un médicament antihypertenseur de première ligne à dose standard. Et les interventions se cumulent : alimentation, mouvement, sel et respiration ne s'excluent pas.
L'alimentation DASH
DASH, pour Dietary Approaches to Stop Hypertension, n'est pas un régime au sens restrictif : c'est une manière de manger riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, produits laitiers maigres, avec peu de viande rouge, de sucres et de graisses saturées. Une méta-analyse de 30 essais randomisés et 5 545 participants publiée dans Advances in Nutrition mesure une baisse de 3,2 mmHg de systolique et 2,5 de diastolique par rapport à une alimentation témoin, avec un effet plus marqué chez les personnes qui consommaient beaucoup de sel au départ et chez les moins de 50 ans. Une autre méta-analyse, de cohortes cette fois, trouve un risque d'hypertension réduit de 19 % chez les personnes qui suivent le plus fidèlement ce modèle par rapport à celles qui le suivent le moins.
Le sel
Quatre-vingt-cinq essais ont été identifiés, avec des apports en sodium allant de 0,4 à 7,6 g par jour et des suivis de 4 semaines à 36 mois, menés chez des participants hypertendus, non hypertendus ou mixtes. Les données regroupées étaient compatibles avec une relation approximativement linéaire entre l'apport en sodium atteint et la pression systolique comme diastolique, sans indication d'un aplatissement de la courbe aux niveaux les plus bas ni les plus élevés. Les résultats étaient similaires chez les participants avec ou sans hypertension, mais les premiers montraient une baisse plus marquée de la pression après réduction du sodium.
Filippini T, Malavolti M, Whelton PK, Naska A, Orsini N, Vinceti M. Circulation 2021;143(16):1542-1567. DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.120.050371
Le mot qui compte est linéaire : il n'existe pas de seuil en dessous duquel réduire le sel ne servirait plus à rien, chaque gramme en moins compte, et davantage encore chez les hypertendus. L'essentiel du sel ne vient pas de la salière mais des aliments transformés : pain, charcuterie, fromages, plats préparés, sauces, biscuits apéritifs. Lire les étiquettes rapporte plus que cacher la salière.
Le potassium, avec une nuance importante
Une méta-analyse dose-réponse de 32 essais publiée dans le Journal of the American Heart Association confirme que l'augmentation de l'apport en potassium abaisse la tension, davantage chez les hypertendus et chez les gros consommateurs de sel. Mais elle décrit une relation en U : l'effet s'affaiblit au-delà d'un certain apport et s'inverse à très haute dose, en particulier chez les personnes déjà traitées par médicament. La conclusion des auteurs est double : un apport suffisant en potassium alimentaire, fruits, légumes, légumineuses, pommes de terre, est souhaitable ; les suppléments de potassium à forte dose sont à éviter, surtout sous traitement, parce que plusieurs classes d'antihypertenseurs le retiennent déjà. C'est une question pour le médecin, pas pour le rayon compléments.
Une contrariété élève la tension pendant quelques minutes, et c'est normal. Le lien entre stress chronique et hypertension durable est plus indirect : il passe par le sommeil, l'alcool, l'alimentation et le poids. La méta-analyse en réseau retient tout de même la respiration contrôlée et la méditation parmi les interventions efficaces, avec des effets modestes mais réels. Notre guide du cortisol détaille ce que le stress dérègle vraiment, et ce qu'il ne dérègle pas.
Les compléments : ce qui a des données, à quelle dose
Après l'alimentation, le sel et le mouvement, certains ingrédients ont été testés dans des essais randomisés. Voici ce qu'ils montrent, avec les doses utilisées, parce que c'est ce qui permet de lire une étiquette.
Trente-quatre essais randomisés en double aveugle contre placebo totalisant 2 028 participants ont été inclus. La supplémentation en magnésium, à une dose médiane de 368 mg par jour pendant une durée médiane de trois mois, a significativement réduit la pression systolique de 2,00 mmHg et la diastolique de 1,78 mmHg, avec une élévation du magnésium sérique par rapport au placebo. Une dose de 300 mg par jour ou une durée d'un mois suffisent à élever le magnésium sérique et à réduire la pression. Les auteurs concluent à un effet causal de la supplémentation en magnésium sur la baisse de la pression artérielle chez l'adulte.
Zhang X, Li Y, Del Gobbo LC, et al. Hypertension 2016;68(2):324-333. DOI : 10.1161/HYPERTENSIONAHA.116.07664
L'ail est l'ingrédient le mieux documenté. Une méta-analyse de 20 essais et 970 participants publiée dans le Journal of Nutrition mesure une baisse de 5,1 mmHg de systolique et 2,5 de diastolique, et, chez les participants hypertendus au départ, de 8,7 sur 6,1. Une mise à jour de 2019 sur 12 essais et 553 hypertendus confirme 8,3 sur 5,5. Les extraits utilisés étaient le plus souvent des extraits d'ail vieilli à plusieurs centaines de milligrammes par jour. Notre article sur l'ail noir et la tension détaille les essais.
La coenzyme Q10 figure dans beaucoup de formules pour la tension, dont la nôtre. Une revue Cochrane de 2016 a repris les essais randomisés en double aveugle contre placebo disponibles dans l'hypertension primaire et conclut, avec des preuves de qualité modérée, que la coenzyme Q10 n'a pas d'effet cliniquement significatif sur la pression artérielle. Nous préférons le dire : la CoQ10 a d'autres données, mais pas celle-là.
L'aubépine a une littérature centrée sur l'insuffisance cardiaque plutôt que sur la tension, et la feuille d'olivier a des essais à 500 à 1 000 mg d'extrait par jour. La rhodiola et la gelée royale n'ont pas de données sur la tension. Nos articles sur l'aubépine et la feuille d'olivier font le point.
Les doses des méta-analyses sont des doses thérapeutiques : 368 mg de magnésium élément, plusieurs centaines de milligrammes d'extrait d'ail. Une formule combinée comme Tensioptine apporte 750 mg de bisglycinate de magnésium, soit environ 150 mg de magnésium élément, et 100 mg d'extrait d'ail noir, avec l'olivier, l'aubépine et les autres actifs : ce sont des doses nutritionnelles, inférieures à celles des essais, dans une logique de soutien du terrain et non de reproduction d'un protocole. C'est la manière honnête de la lire. Les effets mesurés dans les essais sont modestes, ils s'ajoutent à l'alimentation et au mouvement, et ils ne remplacent jamais un traitement prescrit.
Si vous prenez déjà un médicament pour la tension, aucun complément ne se commence sans en parler au médecin ou au pharmacien. Deux raisons. Des ingrédients qui abaissent la tension peuvent s'additionner au médicament et provoquer des chutes de tension avec vertiges, en particulier au lever. Et le potassium en supplément est à éviter avec plusieurs classes d'antihypertenseurs. Un complément n'est jamais une raison de modifier ou d'arrêter un traitement.
Le protocole selon votre palier
Sept actifs traditionnels de la tension en une formule : magnésium bisglycinate, feuille d'olivier, aubépine, extrait d'ail noir, rhodiola, coenzyme Q10 et gelée royale. Deux gélules par jour, 30 jours. À sa place dans le protocole : en accompagnement des mesures d'hygiène de vie qui font baisser les chiffres, chez les personnes dont la tension est élevée sans être une hypertension traitée.
Voir TensioptineComplément alimentaire, ne traite pas l'hypertension. Sous traitement antihypertenseur, demander l'avis du médecin ou du pharmacien avant toute prise. Déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement.
Choisissez ce qui vous ressemble le plus : la réponse s'affiche juste en dessous.
Vous êtes dans la catégorie « élevée » de l'ESC 2024 : pas une maladie, mais plus la normale, et c'est à ce stade que l'alimentation DASH, le sel et le mouvement rapportent le plus. Trois mois d'habitudes, puis une automesure de contrôle. Un complément peut accompagner, en second rideau et à sa juste place.
Une mesure au cabinet ne fait pas un diagnostic, à cause de l'effet blouse blanche. Faites une automesure sur trois à sept jours selon la méthode décrite. Si la moyenne dépasse 135/85, prenez rendez-vous sans urgence mais sans attendre, avec vos chiffres. Si elle est en dessous, vous êtes probablement dans le profil A.
Aucun complément ne se commence sous traitement antihypertenseur sans avis, parce que les effets peuvent s'additionner et provoquer des chutes de tension, et parce que le potassium en supplément est à éviter avec plusieurs classes de médicaments. Montrez la boîte au pharmacien. Et rien ne justifie de modifier ou d'arrêter le traitement.
Une tension à 18/11 ou plus avec un mal de tête violent, des troubles de la vue, une douleur thoracique, un essoufflement, une confusion, une faiblesse d'un côté ou un trouble de la parole est une urgence. Ne remesurez pas, ne cherchez pas de complément, appelez.
Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Lire ses chiffres
Que veulent dire les deux chiffres de la tension ?
Le premier est la pression systolique, celle du sang au moment où le cœur se contracte. Le second est la diastolique, la pression qui reste dans les artères entre deux battements. En France on les donne en centimètres de mercure, 14/9, alors que la médecine internationale utilise les millimètres : 14/9 signifie 140/90 mmHg. Les deux chiffres comptent, et le premier est celui qui pèse le plus sur le risque cardiovasculaire après 50 ans.
Tension 12/8, est-ce normal ?
Oui. Les recommandations européennes 2024 définissent une tension non élevée en dessous de 120/70 mmHg, soit 12/7. À 12/8, la diastolique entre dans la zone dite élevée, mais il s'agit d'une valeur très fréquente et sans conséquence en l'absence d'autres facteurs de risque. Rien à faire de particulier, sinon garder de bonnes habitudes et remesurer de temps en temps.
Tension 13/8 ou 13/9, faut-il s'inquiéter ?
Non, mais il faut s'en occuper. Entre 120 et 139 de systolique ou entre 70 et 89 de diastolique, les recommandations européennes 2024 parlent de tension élevée, une catégorie nouvelle qui n'est pas l'hypertension mais qui n'est plus la normale. Elle appelle des changements d'habitudes, alimentation, sel, activité physique, dont les effets sont mesurés par des méta-analyses, et un contrôle régulier. Un traitement médicamenteux n'est envisagé à ce palier que chez des personnes à haut risque cardiovasculaire, et seulement après trois mois de mesures d'hygiène de vie.
Tension 14/9, est-ce grave ?
C'est le seuil de l'hypertension au cabinet médical : 140/90 mmHg. Une seule mesure à 14/9 ne suffit pas à poser le diagnostic, parce que la tension monte chez le médecin chez beaucoup de gens, l'effet blouse blanche. Il faut confirmer par des mesures répétées, idéalement à domicile, où le seuil équivalent est 135/85. Si la confirmation est faite, ce n'est pas grave au sens d'urgent, mais c'est une hypertension, un facteur de risque majeur qui se prend en charge avec un médecin. Les mesures d'hygiène de vie sont le premier traitement, et un médicament est souvent nécessaire.
Tension 15/9 ou 15/10, faut-il un traitement ?
À 150/90 ou 150/100 confirmés, on est dans l'hypertension, et la question du traitement se pose avec un médecin, qui la tranchera selon l'âge, les autres facteurs de risque et le retentissement sur les organes. Les recommandations européennes 2024 associent systématiquement les mesures d'hygiène de vie au traitement médicamenteux, elles ne les opposent pas. Ce que vous pouvez faire dès maintenant : confirmer les chiffres par une automesure sur plusieurs jours et prendre rendez-vous sans urgence mais sans attendre.
Tension 16/10 ou 17/10, que faire ?
À ce niveau, consulter rapidement, dans les jours qui viennent. Ce n'est pas encore une urgence si vous n'avez aucun symptôme, mais c'est une hypertension nette qui demande un bilan et un traitement. En attendant le rendez-vous, remesurez au calme, assis, après cinq minutes de repos, pour vérifier que le chiffre se maintient. S'il dépasse 18/11, ou si vous avez des symptômes, la conduite change : voir la question suivante.
À partir de quel chiffre est-ce une urgence ?
À partir de 180/110 mmHg, soit 18/11, surtout si des symptômes accompagnent : mal de tête violent, troubles de la vue, douleur dans la poitrine, essoufflement, confusion, faiblesse d'un côté du corps, trouble de la parole. Dans ce cas il faut appeler le 15 sans attendre. Un chiffre très élevé sans aucun symptôme justifie de consulter le jour même ou d'appeler le 15 pour avis, pas de reprendre la mesure toutes les cinq minutes en s'inquiétant, ce qui fait monter la tension.
Mesurer
Pourquoi ma tension est-elle plus haute chez le médecin ?
C'est l'effet blouse blanche, une réaction de stress à l'environnement médical qui élève la tension de plusieurs points chez une part importante des gens. C'est précisément pour cela que les recommandations européennes 2024 demandent de confirmer une hypertension par des mesures hors du cabinet, automesure à domicile ou mesure ambulatoire sur 24 heures, avant de poser le diagnostic. L'inverse existe aussi : l'hypertension masquée, normale au cabinet et élevée dans la vie réelle, que seule l'automesure révèle.
Comment prendre sa tension soi-même correctement ?
Avec un tensiomètre de bras validé, assis, dos appuyé, pieds au sol, bras posé à hauteur du cœur, après cinq minutes de repos, sans avoir fumé, bu de café ni fait d'effort dans la demi-heure précédente, et sans parler pendant la mesure. La méthode de référence : deux mesures à une minute d'intervalle le matin avant les médicaments et le petit-déjeuner, deux le soir avant le coucher, pendant trois à sept jours, en écartant le premier jour. La moyenne de toutes ces mesures est votre tension. Une hypertension à domicile se définit à partir de 135/85.
Faire baisser
Qu'est-ce qui fait vraiment baisser la tension sans médicament ?
Une méta-analyse en réseau de 120 essais et 14 923 participants a comparé 22 interventions non médicamenteuses. L'alimentation DASH arrive en tête avec une baisse de la systolique de près de 7 mmHg, suivie de l'exercice aérobie, des exercices isométriques, du sel enrichi en potassium, de la restriction du sel, de la respiration contrôlée et de la méditation, tous efficaces avec un niveau de preuve modéré à élevé. Chez les personnes en surpoids, la perte de poids s'ajoute. Ce sont des effets qui se cumulent, et qui approchent ceux d'un médicament de première ligne quand on les additionne.
Le sel fait-il vraiment monter la tension ?
Oui, et de façon linéaire. Une méta-analyse dose-réponse de 85 essais publiée dans Circulation montre que la tension baisse proportionnellement à la réduction de l'apport en sodium, sur toute la gamme étudiée, sans plateau, et que l'effet est plus marqué chez les personnes hypertendues. Il n'y a donc pas de seuil en dessous duquel réduire le sel ne servirait plus à rien. L'essentiel du sel vient des aliments transformés, pain, charcuterie, fromages, plats préparés, pas de la salière.
Le potassium fait-il baisser la tension ?
Oui, avec une nuance. Une méta-analyse de 32 essais montre que l'augmentation de l'apport en potassium baisse la tension, davantage chez les hypertendus et chez ceux qui mangent beaucoup de sel, mais que la relation est en U : l'effet s'affaiblit au-delà d'un certain apport et s'inverse à très haute dose, en particulier chez les personnes traitées par médicament. Conclusion des auteurs : un apport suffisant en potassium alimentaire, fruits, légumes, légumineuses, est souhaitable, mais les suppléments à forte dose sont à éviter, surtout sous traitement. C'est une question à poser au médecin, pas à régler seul.
La tension monte-t-elle avec le stress ?
Ponctuellement, oui : une émotion, une douleur, une contrariété élèvent la tension pendant quelques minutes, ce qui est normal. Le lien entre stress chronique et hypertension durable est plus indirect et passe par le sommeil, l'alcool, l'alimentation et le poids. La méta-analyse en réseau retient la respiration contrôlée et la méditation parmi les interventions efficaces, avec des effets modestes mais réels. Notre guide du cortisol détaille ce que le stress dérègle vraiment.
Les compléments
Les compléments alimentaires peuvent-ils faire baisser la tension ?
Certains ingrédients ont des méta-analyses, à des doses précises. Le magnésium : 34 essais, 2 028 participants, une dose médiane de 368 mg par jour pendant trois mois fait baisser la systolique de 2 mmHg et la diastolique de 1,8. L'ail : 20 essais, une baisse de 5,1 sur 2,5, et de 8,7 sur 6,1 chez les hypertendus, avec des extraits vieillis à plusieurs centaines de milligrammes. La coenzyme Q10 en revanche : une revue Cochrane conclut avec des preuves de qualité modérée qu'elle n'a pas d'effet cliniquement significatif. Ces effets sont modestes, s'ajoutent aux mesures d'hygiène de vie, et ne remplacent jamais un traitement prescrit.
Peut-on prendre des compléments avec un traitement pour la tension ?
Pas sans en parler au médecin ou au pharmacien, pour deux raisons. Certains ingrédients qui font baisser la tension peuvent s'additionner au médicament et provoquer des chutes de tension avec vertiges. Et le potassium en supplément est à éviter avec plusieurs classes d'antihypertenseurs qui le retiennent déjà. Un complément n'est jamais une raison de modifier ou d'arrêter un traitement. La règle simple : montrer la boîte au pharmacien avant de commencer.
Que retenir sur les chiffres de tension ?
Que 14/9 est le seuil de l'hypertension, que 13/8 est une tension élevée à surveiller et non une maladie, et que 18/11 avec symptômes est une urgence. Qu'une mesure isolée ne fait pas un diagnostic et que l'automesure sur plusieurs jours est la référence. Que l'alimentation, le sel, le potassium et le mouvement font baisser les chiffres de façon mesurée et cumulable. Que certains compléments ont des données modestes à des doses précises. Et qu'une hypertension confirmée se prend en charge avec un médecin, jamais seule.
Glossaire
- Systolique
- Premier chiffre : pression maximale dans les artères au moment où le cœur se contracte.
- Diastolique
- Second chiffre : pression minimale, entre deux battements, quand le cœur se remplit.
- mmHg
- Millimètres de mercure, l'unité internationale ; 14/9 en français correspond à 140/90 mmHg.
- Tension élevée
- Catégorie ESC 2024 entre 120/70 et 139/89 mmHg : pas une hypertension, mais plus la normale.
- Effet blouse blanche
- Élévation de la tension liée au stress de l'environnement médical, qui fausse les mesures au cabinet.
- Hypertension masquée
- Tension normale au cabinet mais élevée dans la vie quotidienne ; révélée par l'automesure.
- Automesure
- Mesure de la tension par le patient lui-même, à domicile, selon un protocole standardisé ; seuil d'hypertension à 135/85.
- DASH
- Dietary Approaches to Stop Hypertension : modèle alimentaire riche en végétaux et pauvre en sel, l'intervention la plus efficace des méta-analyses.
- Méta-analyse en réseau
- Méthode qui compare plusieurs interventions entre elles, même si elles n'ont pas été testées face à face dans un même essai.
- Urgence hypertensive
- Tension à 180/110 mmHg ou plus avec signes d'atteinte d'un organe ; appel du 15.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- McEvoy JW, McCarthy CP, Bruno RM, et al. Recommandations 2024 de la Société européenne de cardiologie pour la prise en charge de la pression artérielle élevée et de l'hypertension. European Heart Journal, 2024;45(38):3912-4018. DOI
- Fu J, Liu Y, Zhang L, et al. Interventions non médicamenteuses pour réduire la pression artérielle chez l'adulte, de la préhypertension à l'hypertension établie : méta-analyse en réseau. Journal of the American Heart Association, 2020;9(19):e016804. DOI
- Filippou CD, Tsioufis CP, Thomopoulos CG, et al. Alimentation DASH et réduction de la pression artérielle chez l'adulte avec et sans hypertension : revue systématique et méta-analyse d'essais randomisés. Advances in Nutrition, 2020;11(5):1150-1160. DOI
- Theodoridis X, Chourdakis M, Chrysoula L, et al. Adhésion à l'alimentation DASH et risque d'hypertension : revue systématique et méta-analyse. Nutrients, 2023;15(14):3261. DOI
- Filippini T, Malavolti M, Whelton PK, Naska A, Orsini N, Vinceti M. Effets de la réduction du sodium sur la pression artérielle : méta-analyse dose-réponse d'études expérimentales. Circulation, 2021;143(16):1542-1567. DOI
- Filippini T, Naska A, Kasdagli MI, et al. Apport en potassium et pression artérielle : méta-analyse dose-réponse d'essais randomisés. Journal of the American Heart Association, 2020;9(12):e015719. DOI
- Zhang X, Li Y, Del Gobbo LC, et al. Effets de la supplémentation en magnésium sur la pression artérielle : méta-analyse d'essais randomisés en double aveugle contre placebo. Hypertension, 2016;68(2):324-333. DOI
- Ried K. L'ail abaisse la pression artérielle chez les hypertendus, régule le cholestérol sérique et stimule l'immunité : méta-analyse actualisée et revue. Journal of Nutrition, 2016;146(2):389S-396S. DOI
- Ried K. L'ail abaisse la pression artérielle chez les sujets hypertendus, améliore la rigidité artérielle et le microbiote intestinal : revue et méta-analyse. Experimental and Therapeutic Medicine, 2020;19(2):1472-1478. DOI
- Ho MJ, Li ECK, Wright JM. Efficacité de la coenzyme Q10 sur la baisse de la pression artérielle dans l'hypertension primaire. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016;3:CD007435. DOI


