Sur la berbérine, deux discours s'opposent, et l'erreur consiste à choisir son camp. D'un côté, les essais cliniques publiés, recensés dans PubMed, qui décrivent une molécule globalement bien tolérée, avec des effets indésirables essentiellement digestifs. De l'autre, l'Anses, qui a publié en novembre 2019 un avis recommandant à plusieurs populations de ne pas en consommer.
Les deux ont raison, parce qu'ils ne parlent pas de la même chose. Un essai clinique mesure ce qui arrive à des participants sélectionnés et surveillés. Une agence sanitaire évalue ce qui arrive quand la même molécule est vendue librement à des gens qui prennent des traitements. Cet article expose les deux, avec leurs chiffres, et le fait qui tranche : la berbérine fait aujourd'hui l'objet d'un développement pharmaceutique en essais de phase 2 et 3.
Ce que montrent les essais cliniques. Une revue parapluie de 11 méta-analyses conclut que les effets indésirables courants sont digestifs, constipation et diarrhée. Dans un essai randomisé contre placebo portant sur 1108 participants publié dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology, l'effet le plus fréquent était la constipation, chez 1 % des participants sous berbérine contre moins de 0,5 % sous placebo, et aucun effet indésirable grave n'a été rapporté. Dans un essai chez des diabétiques à 1,5 g par jour, 34,5 % ont présenté des troubles digestifs transitoires, sans atteinte hépatique ni rénale observée.
Ce que dit l'Anses. Effets pharmacologiques avérés à partir de 400 mg par jour, seuil vraisemblablement dépassé par de nombreux produits. Recommandation de ne pas consommer pour les enfants et adolescents, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes diabétiques et les personnes ayant des troubles hépatiques ou cardiaques. Vigilance sur les interactions médicamenteuses. Le fait qui tranche : la berbérine est en développement comme médicament, avec des essais de phase 2 publiés dans JAMA Network Open et Nature Communications.
Ce que mesurent les essais cliniques
Commençons par ce qui est mesuré chez l'humain, dans des essais publiés et référencés sur PubMed. C'est le niveau de preuve le plus élevé disponible sur cette molécule.
| Étude | Population et dose | Effets indésirables rapportés |
|---|---|---|
| Chen et coll., 2020 Lancet Gastroenterol Hepatol |
1108 participants randomisés, berbérine 0,3 g deux fois par jour contre placebo, suivi jusqu'à 2 ans | Constipation la plus fréquente : 6 participants sur 446 sous berbérine (1 %) contre 1 sur 478 sous placebo. Aucun effet indésirable grave rapporté |
| Yin et coll., 2008 Metabolism |
Adultes diabétiques de type 2, 0,5 g trois fois par jour, soit 1,5 g par jour, 3 mois | 20 patients sur 58 (34,5 %) ont présenté des troubles digestifs transitoires. Aucune atteinte fonctionnelle hépatique ni rénale observée |
| Nie et coll., 2024 J Transl Med |
Méta-analyse de 10 essais randomisés, 811 patients, stéatose hépatique non alcoolique | Uniquement des effets digestifs légers rapportés |
| Li et coll., 2023 Phytother Res |
Revue parapluie de 11 méta-analyses d'essais randomisés | Effets courants : symptômes gastro-intestinaux, constipation et diarrhée. Qualité méthodologique des méta-analyses à améliorer |
Le message est cohérent d'une étude à l'autre : les troubles digestifs sont l'effet indésirable constant, leur fréquence augmente avec la dose, et les effets graves sont absents des essais publiés. C'est une information utile, et il serait malhonnête de la passer sous silence pour dramatiser.
Trois limites, qui expliquent la suite de cet article. Les participants sont sélectionnés : on exclut généralement les femmes enceintes, les enfants, et souvent les personnes sous traitements multiples. Ils sont surveillés : bilans réguliers, arrêt en cas d'anomalie. Les durées sont limitées, de quelques semaines à deux ans. Un essai clinique mesure donc ce qui arrive dans des conditions encadrées, pas ce qui arrive quand la même molécule est vendue librement à quelqu'un qui prend déjà trois médicaments. La revue parapluie de 2023 souligne d'ailleurs elle-même la nécessité d'essais de meilleure qualité méthodologique.
Ce que dit l'Anses, et pourquoi ce n'est pas contradictoire
Saisie par la DGCCRF le 12 avril 2018, l'Anses a publié son avis le 25 novembre 2019. Ses conclusions ne portent pas sur la fréquence des effets indésirables en essai, mais sur les conditions de sécurité d'emploi en vente libre.
| Conclusion de l'Anses | Ce que cela signifie |
|---|---|
| Effets pharmacologiques avérés | À partir de 400 mg par jour : pression artérielle et rythme cardiaque, système nerveux, système immunitaire, métabolisme. Il n'est pas exclu que ces effets existent à doses inférieures |
| Sécurité d'emploi non garantie | Ce seuil est vraisemblablement dépassé par un grand nombre de produits du marché français |
| Risques identifiés | Troubles gastro-intestinaux, hypoglycémie, hypotension |
| Interactions | Appel aux professionnels de santé à la plus grande vigilance : la prise en parallèle d'un traitement peut inhiber les effets de celui-ci ou conduire à des effets indésirables |
Un essai clinique répond à la question : que se passe-t-il chez des participants sélectionnés et suivis ? Réponse : surtout des troubles digestifs. Une agence sanitaire répond à une autre question : que se passe-t-il quand cette molécule est vendue en libre-service ? Réponse : elle est achetée par des personnes diabétiques, par des personnes sous traitement, à des doses non plafonnées, sans surveillance biologique. Les deux constats sont exacts, et ils ne se contredisent pas. Une molécule bien tolérée dans un cadre peut poser problème hors de ce cadre.
Notez d'ailleurs la cohérence des chiffres. L'essai de 2008 utilisait 1,5 g par jour, celui du Lancet 0,6 g par jour : ces doses sont toutes deux très supérieures au seuil de 400 mg par jour où l'Anses situe les effets pharmacologiques. La littérature clinique confirme donc, indirectement, que l'agence a placé son seuil au bon endroit.
Le fait qui tranche : un médicament en développement
Voici l'élément qui devrait clore tout débat sur la question « complément anodin ou substance active ».
La berbérine, sous forme d'ursodésoxycholate de berbérine, fait l'objet d'un programme de développement pharmaceutique. Un essai de phase 2 randomisé contre placebo chez 113 patients diabétiques de type 2 a été publié dans JAMA Network Open en 2025, avec des réductions significatives et dose-dépendantes de l'hémoglobine glyquée, et des essais de phase 3 en cours. Un autre essai de phase 2, publié dans Nature Communications en 2021 chez 100 patients atteints de stéatohépatite et de diabète, rapportait une réduction significative de la graisse hépatique, avec diarrhée et inconfort abdominal comme effets les plus fréquents.
On ne conduit pas des essais de phase 2 et 3 sur une substance sans effet. La berbérine est développée comme médicament, avec le protocole d'évaluation qui va avec : critères principaux prédéfinis, comparaison contre placebo, surveillance des effets indésirables, autorités réglementaires. Pendant ce temps, la même molécule est vendue en gélules sans plafond de dose en France. Ce n'est pas une contradiction du marché, c'est exactement ce que l'Anses a voulu signaler en parlant d'effets pharmacologiques avérés. La littérature clinique valide donc la lecture de l'agence, et non l'inverse.
Pour vous, la conséquence pratique tient en une phrase : traitez ce produit avec le sérieux que vous accorderiez à un médicament, parce que c'en est un en train de le devenir.
Les interactions médicamenteuses
C'est le point sur lequel l'Anses appelle à la plus grande vigilance. Regardons ce que la littérature établit réellement, car le tableau est plus nuancé qu'on ne le lit souvent.
Ce que montrent les études chez l'humain
Une revue systématique publiée dans Planta Medica a analysé 66 études cliniques d'interaction pharmacocinétique portant sur six plantes populaires, dont l'hydraste et la berbérine, avec 8 études pour ce groupe. Sa conclusion est mesurée : aux doses couramment recommandées, aucune de ces plantes n'agit comme un inhibiteur ou inducteur puissant ou modéré des cytochromes P450 ou de la glycoprotéine P. Des effets faibles sont retenus pour l'hydraste et la berbérine, sous forme d'une inhibition du CYP3A4 et du CYP2D6.
Autrement dit, sur les données cliniques disponibles, l'effet est réel mais faible, et l'ensemble du dossier reste limité en nombre d'études.
Ce que montrent les études chez l'animal, et pourquoi elles comptent
Une étude publiée dans le Journal of Food and Drug Analysis a utilisé la ciclosporine comme substrat sonde chez le rat, la ciclosporine étant précisément un immunosuppresseur à marge thérapeutique étroite. Les résultats sont marquants : une dose unique de rhizome de coptis a réduit la concentration maximale de ciclosporine de 56,9 % et l'exposition totale de 56,4 % ; après administration répétée, ces réductions atteignaient 70,4 % et 68,7 %.
Notez la direction : la concentration du médicament diminue. Pour un immunosuppresseur, une baisse d'exposition de plus de moitié ne provoque pas un effet indésirable spectaculaire : elle expose à un échec du traitement, ce qui peut être bien plus grave et bien moins visible. C'est exactement ce que l'Anses décrit lorsqu'elle écrit que la prise de berbérine en parallèle d'un traitement peut inhiber les effets de celui-ci. Une interaction ne se manifeste pas toujours par un malaise : parfois, elle se manifeste par un médicament qui ne fait plus son travail.
Réserve honnête : il s'agit d'une étude animale, portant sur un extrait de plante et non sur de la berbérine isolée. Elle ne permet pas de quantifier l'effet chez l'humain. Elle indique une direction et une ampleur potentielle, sur un médicament où l'enjeu est majeur.
Les médicaments cités par l'Anses
| Médicament | Domaine | Enjeu |
|---|---|---|
| Metformine | Antidiabétique | Cumul d'effets hypoglycémiants |
| Ciclosporine | Immunosuppresseur | Marge thérapeutique étroite, risque d'échec de traitement |
| Digoxine | Cardiologie | Marge thérapeutique étroite |
| Carbamazépine | Neurologie et psychiatrie | Équilibre thérapeutique sensible |
| Losartan | Antihypertenseur | Effets tensionnels possiblement additifs |
Un médicament à marge thérapeutique étroite est un médicament dont l'écart entre dose efficace et dose problématique est faible. Une variation même modeste de sa concentration sanguine peut faire basculer d'un effet insuffisant à un effet excessif. C'est pourquoi la ciclosporine et la digoxine dominent ce dossier.
La conduite à tenir est sans ambiguïté : si vous prenez un traitement, quel qu'il soit, ne prenez pas de berbérine sans l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Ce n'est pas une formule de précaution, c'est la recommandation explicite d'une agence sanitaire, appuyée par des données pharmacocinétiques.
Qui ne doit pas en prendre
Les enfants et les adolescents. Sans exception dans un cadre d'automédication.
Les femmes enceintes ou allaitantes. La réglementation française impose déjà que l'étiquetage comporte un avertissement déconseillant l'emploi aux femmes enceintes, ce qui est rare et significatif.
Les personnes diabétiques. C'est le paradoxe central : la berbérine est le plus souvent consommée pour réguler la glycémie, et c'est précisément à ce public que l'agence la déconseille, en raison du risque d'hypoglycémie et des interactions avec les antidiabétiques, la metformine étant citée. Les essais cliniques confirment d'ailleurs l'effet hypoglycémiant : dans l'étude de 2008, il était comparable à celui de la metformine. Un effet réel n'est pas un effet sans risque.
Les personnes souffrant de troubles hépatiques ou cardiaques, compte tenu des effets identifiés sur la pression artérielle et le rythme cardiaque.
Et plus largement les personnes sous traitement médicamenteux.
Les signes qui doivent conduire à arrêter et consulter
- Un jaunissement de la peau ou des yeux, une fatigue inhabituelle ou des urines foncées : consultez sans attendre.
- Des signes d'hypoglycémie : tremblements, sueurs, sensation de faiblesse, malaise.
- Des vertiges ou une sensation de tête qui tourne en se levant, pouvant traduire une hypotension.
- Des troubles digestifs marqués ou persistants, effet le plus constamment rapporté dans les essais.
Arrêtez la prise et consultez en signalant le produit, sa dose et sa durée. Signalez également au dispositif national de nutrivigilance : sur cette molécule, les signalements ont une valeur concrète, l'avis de l'Anses s'appuyant précisément sur le recensement des cas rapportés en France, en Europe et aux États-Unis.
Doses, et l'écart européen
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Seuil pharmacologique retenu par l'Anses | 400 mg par jour, sans exclure des effets à doses inférieures |
| Dose de l'essai Lancet 2020 | 0,3 g deux fois par jour, soit 600 mg par jour |
| Dose de l'essai Metabolism 2008 | 0,5 g trois fois par jour, soit 1500 mg par jour |
| Plafond réglementaire en Belgique | 10 mg par jour d'alcaloïdes isoquinoléiques exprimés en berbérine |
| Plafond réglementaire en France | Aucun. Étiquetage devant comporter un avertissement grossesse |
Mettez les chiffres côte à côte. La Belgique plafonne à 10 mg par jour, précisément pour éviter que ces produits n'entrent dans le champ du médicament. Les essais cliniques utilisent 600 à 1500 mg par jour. La France ne fixe aucun plafond. Un même produit peut donc être hors la loi de l'autre côté de la frontière et parfaitement commercialisable ici. Cela ne veut pas dire que la France a tort ou que la Belgique a raison : cela veut dire que le dossier n'est pas stabilisé, et que le consommateur ne peut pas se reposer sur l'idée qu'un produit en vente est nécessairement adapté à sa situation. Regardez la teneur réelle par prise et par jour.
Ce que la loi autorise à dire
L'Anses le rappelle explicitement : aucune allégation de santé n'est autorisée à ce jour dans la réglementation européenne, ni pour les plantes à berbérine, ni pour les substances du groupe des alcaloïdes isoquinoléiques.
La situation est remarquable : ces compléments sont massivement vendus pour réguler la glycémie et la cholestérolémie, alors qu'aucun effet de ce type ne peut légalement être revendiqué. Et cela reste vrai même si des essais cliniques montrent de tels effets : une étude publiée n'est pas une allégation autorisée. Les deux univers sont distincts, et confondre l'un avec l'autre est exactement ce que la réglementation cherche à empêcher.
Vous croiserez la berbérine présentée comme un « Ozempic naturel ». Cette comparaison est trompeuse à double titre. D'abord parce qu'elle assimile un complément alimentaire à un médicament prescrit et surveillé, dont le mécanisme d'action est différent. Ensuite parce qu'elle constitue une allégation non autorisée. Ironie du dossier : la berbérine est effectivement en train de devenir un médicament, mais par la voie réglementaire, celle des essais de phase 2 et 3, pas par celle du slogan. Nous en parlons dans notre article dédié, berbérine et Ozempic naturel.
Les essais cliniques montrent une molécule bien tolérée chez des participants sélectionnés et surveillés. L'Anses évalue ce qui se passe hors de ce cadre, et déconseille le produit à plusieurs populations, dont celle que le marché cible le plus. Ces deux vérités se complètent, et la seconde compte davantage pour vous, parce que vous achetez en libre-service. Vérifiez votre ordonnance avant votre panier, et méfiez-vous de toute marque qui vend la berbérine comme une gélule de plante anodine.
Questions fréquentes
L'avis de l'Anses
La berbérine est-elle dangereuse ?
Il faut distinguer deux niveaux. Dans les essais cliniques publiés, elle est globalement bien tolérée : les effets sont essentiellement digestifs, et un essai randomisé contre placebo sur 1108 participants n'a rapporté aucun effet indésirable grave. Mais l'Anses, qui évalue les conditions de vente libre et non un essai encadré, conclut à des effets pharmacologiques avérés et recommande à plusieurs populations de ne pas en consommer. Les deux constats sont exacts : ils ne portent pas sur la même situation.
Que dit exactement l'avis de l'Anses ?
Saisie par la DGCCRF en avril 2018, l'Anses a publié son avis le 25 novembre 2019. Elle y confirme des effets pharmacologiques avérés à partir de 400 mg par jour, sur la pression artérielle et le rythme cardiaque, sur le système nerveux, sur le système immunitaire et sur le métabolisme, sans exclure que ces effets existent à doses inférieures. Elle souligne que cette dose est vraisemblablement dépassée par de nombreux produits du marché français.
La berbérine est-elle un médicament ou un complément ?
La littérature clinique répond de fait : la berbérine, sous forme d'ursodésoxycholate, fait l'objet d'un développement pharmaceutique, avec des essais de phase 2 publiés dans JAMA Network Open et Nature Communications, et des essais de phase 3 en cours. On ne conduit pas de tels essais sur une substance sans effet. En France, elle reste commercialisée en complément alimentaire sans plafond de dose, ce qui explique la position de l'Anses et le plafond très bas fixé en Belgique.
Que retenir sur la sécurité de la berbérine ?
Que c'est une substance à effets pharmacologiques avérés, encadrée par un avis d'agence sanitaire, et non un complément banal. Que l'Anses recommande à plusieurs populations de ne pas en consommer, dont les personnes diabétiques, les femmes enceintes et allaitantes, les enfants et adolescents, et les personnes souffrant de troubles hépatiques ou cardiaques. Que les interactions médicamenteuses sont nombreuses et nommées. Et qu'aucune allégation de santé n'est autorisée.
Populations concernées
Qui ne doit pas prendre de berbérine ?
L'Anses recommande de ne pas consommer de compléments à base de berbérine aux enfants et adolescents, aux femmes enceintes ou allaitantes, aux personnes diabétiques et aux personnes souffrant de troubles hépatiques ou cardiaques. Elle déconseille également ces compléments aux personnes prenant des médicaments. La liste est large, et elle recouvre précisément une partie du public que ces produits visent habituellement.
Pourquoi la berbérine est-elle déconseillée aux diabétiques ?
C'est le paradoxe central de ce dossier. La berbérine est le plus souvent consommée pour réguler la glycémie, et l'Anses recommande justement aux personnes diabétiques de ne pas en prendre. La raison tient au risque d'hypoglycémie et aux interactions avec les traitements antidiabétiques, la metformine étant explicitement citée. Autrement dit, le public le plus ciblé commercialement est celui que l'agence écarte.
Peut-on prendre de la berbérine pendant la grossesse ?
Non. L'Anses recommande aux femmes enceintes ou allaitantes de ne pas consommer de compléments à base de berbérine, et la réglementation française impose déjà que l'étiquetage de ces produits comporte un avertissement déconseillant leur emploi aux femmes enceintes. C'est l'une des rares situations où une mention d'avertissement est explicitement exigée sur l'étiquette.
Peut-on en donner à un adolescent ?
Non. L'Anses recommande explicitement aux enfants et adolescents de ne pas consommer de compléments à base de berbérine. Cette recommandation ne souffre pas d'exception dans un cadre d'automédication, et toute question métabolique chez un jeune relève d'un avis médical et non d'un complément acheté en ligne.
Interactions et effets
Avec quels médicaments la berbérine interagit-elle ?
L'Anses cite nommément la carbamazépine, la ciclosporine, la digoxine, le losartan et la metformine. Côté données, une revue systématique de 66 études cliniques d'interaction conclut qu'aux doses courantes la berbérine n'est pas un inhibiteur puissant ou modéré des cytochromes, mais retient un effet faible sur le CYP3A4 et le CYP2D6. Une étude animale utilisant la ciclosporine comme sonde a en revanche mesuré une baisse d'exposition de plus de la moitié, ce qui pose surtout un risque d'échec de traitement.
Que signifie marge thérapeutique étroite ?
Cela désigne un médicament dont l'écart entre la dose efficace et la dose problématique est faible. Pour ces traitements, une variation même modeste de la concentration sanguine peut faire basculer d'un effet insuffisant à un effet excessif. C'est exactement ce qu'une interaction peut provoquer, et c'est pourquoi les cas rapportés à l'international concernent majoritairement ce type de médicaments. La digoxine et la ciclosporine en font partie.
Quels sont les effets secondaires de la berbérine ?
Les essais convergent : ce sont les troubles digestifs, constipation et diarrhée en tête, et leur fréquence dépend de la dose. Dans l'essai du Lancet à 600 mg par jour, la constipation touchait 1 % des participants sous berbérine contre moins de 0,5 % sous placebo. Dans un essai à 1500 mg par jour chez des diabétiques, 34,5 % ont présenté des troubles digestifs transitoires, sans atteinte hépatique ni rénale observée. L'Anses ajoute des risques d'hypoglycémie et d'hypotension.
Quels signes doivent conduire à arrêter ?
Des troubles digestifs marqués ou persistants, des signes évoquant une hypoglycémie comme des tremblements, des sueurs ou un malaise, des vertiges pouvant traduire une hypotension, et surtout un jaunissement de la peau ou des yeux, une fatigue inhabituelle ou des urines foncées, qui doivent faire consulter sans attendre. Arrêtez la prise et signalez le produit, sa dose et sa durée.
Faut-il arrêter la berbérine avant une opération ?
Compte tenu des effets identifiés sur la pression artérielle et le rythme cardiaque, ainsi que du risque d'hypoglycémie, signalez impérativement la prise lors de la consultation préopératoire et suivez les consignes de l'équipe médicale. La règle générale vaut ici plus que jamais : mentionnez vos compléments quand on vous demande vos médicaments.
Les études cliniques disent-elles la même chose que l'Anses ?
Elles ne répondent pas à la même question. Un essai mesure ce qui arrive à des participants sélectionnés, souvent sans traitement lourd associé, et surveillés biologiquement. Une agence évalue ce qui arrive quand la molécule est vendue librement à des personnes diabétiques ou sous traitement, à des doses non plafonnées. Une molécule bien tolérée dans un cadre peut poser problème hors de ce cadre : c'est toute la logique de l'avis.
La berbérine abîme-t-elle le foie ou les reins ?
Dans l'essai de 2008 chez des diabétiques traités trois mois à 1500 mg par jour, aucune atteinte fonctionnelle hépatique ni rénale n'a été observée. La méta-analyse portant sur la stéatose hépatique ne rapporte que des effets digestifs légers. Cela dit, un cas français isolé associant ictère et perturbation du bilan hépatique a été recensé par l'Anses, chez une personne qui consommait plusieurs produits. Un jaunissement de la peau ou des yeux impose d'arrêter et de consulter.
Dose et cadre légal
Quelle dose de berbérine est concernée ?
L'Anses retient des effets pharmacologiques avérés à partir de 400 mg par jour, tout en précisant qu'il n'est pas exclu que ces effets existent déjà à des doses inférieures, ce qui reste à établir. Elle souligne surtout que cette dose est vraisemblablement dépassée par un grand nombre de compléments présents sur le marché français. Regardez donc la teneur réelle par prise et par jour.
Existe-t-il une dose maximale en France ?
Non, aucune dose journalière maximale n'est définie en France à ce jour. La situation varie fortement en Europe : la Belgique a fixé une dose journalière maximale de 10 mg d'alcaloïdes isoquinoléiques exprimés en berbérine, précisément pour éviter que ces produits n'entrent dans le champ du médicament, tandis que d'autres pays autorisent, restreignent ou interdisent.
Existe-t-il une allégation de santé autorisée ?
Non. Aucune allégation de santé n'est autorisée au niveau européen, ni pour les plantes à berbérine, ni pour les substances du groupe des alcaloïdes isoquinoléiques. C'est un point que l'Anses rappelle explicitement. Une marque qui affiche un effet sur la glycémie, le cholestérol ou le poids sort donc du cadre réglementaire, même si des études existent par ailleurs.
La berbérine est-elle un Ozempic naturel ?
Cette formule circule beaucoup et elle est trompeuse à double titre. D'abord parce qu'elle compare un complément alimentaire à un médicament prescrit et surveillé, dont le mécanisme est différent. Ensuite parce qu'elle constitue une allégation non autorisée : aucun effet de ce type ne peut être revendiqué. Employer cette comparaison pour vendre revient à promettre un effet médicamenteux sans le cadre qui va avec.
Glossaire
- Berbérine
- Alcaloïde isoquinoléique extrait de plusieurs plantes, dont l'épine-vinette, aux effets pharmacologiques avérés selon l'Anses.
- Alcaloïdes isoquinoléiques
- Groupe de substances auquel appartient la berbérine, et pour lequel aucune allégation de santé n'est autorisée.
- Effet pharmacologique avéré
- Action établie d'une substance sur l'organisme, comparable à celle d'un principe actif de médicament.
- Marge thérapeutique étroite
- Se dit d'un médicament dont l'écart entre dose efficace et dose problématique est faible, rendant toute interaction sensible.
- Hypoglycémie
- Baisse anormale du taux de sucre dans le sang, se manifestant par tremblements, sueurs ou malaise.
- Ictère
- Jaunissement de la peau et des yeux, signe pouvant traduire une atteinte hépatique.
- Saisine
- Demande officielle adressée à une agence sanitaire pour qu'elle évalue une question, ici par la DGCCRF.
- Revue parapluie
- Synthèse de plusieurs méta-analyses portant sur un même sujet, niveau de preuve le plus élevé en épidémiologie.
- Substrat sonde
- Médicament utilisé en recherche pour mesurer l'effet d'une substance sur les enzymes ou transporteurs qui l'éliminent.
- Nutrivigilance
- Dispositif national permettant de signaler un effet indésirable susceptible d'être lié à un complément alimentaire.
Sources
Les études cliniques citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Chen YX, et al. Berbérine contre placebo pour la prévention de la récidive d'adénome colorectal : étude multicentrique randomisée en double aveugle. The Lancet Gastroenterology & Hepatology, 2020;5(3):267-275. DOI
- Li Z, et al. Berbérine et résultats de santé : revue parapluie. Phytotherapy Research, 2023;37(5):2051-2066. DOI
- Yin J, et al. Efficacité de la berbérine chez des patients atteints de diabète de type 2. Metabolism, 2008;57(5):712-717. DOI
- Nie Q, et al. Efficacité clinique et sécurité de la berbérine dans le traitement de la stéatose hépatique non alcoolique : méta-analyse et revue systématique. Journal of Translational Medicine, 2024;22(1):225. DOI
- Hermann R, von Richter O. Données cliniques sur les plantes médicinales comme responsables d'interactions pharmacocinétiques. Planta Medica, 2012;78(13):1458-1477. DOI
- Yu CP, et al. Activation de la glycoprotéine P et du CYP3A par le rhizome de coptis in vivo : la ciclosporine comme substrat sonde chez le rat. Journal of Food and Drug Analysis, 2017;26(2S):S125-S132. DOI
- Ji L, et al. Ursodésoxycholate de berbérine dans le traitement du diabète de type 2 : essai clinique randomisé. JAMA Network Open, 2025;8(3):e2462185. DOI
- Harrison SA, et al. Essai randomisé contrôlé de phase 2 de l'ursodésoxycholate de berbérine chez des patients atteints de stéatohépatite non alcoolique présumée et de diabète de type 2. Nature Communications, 2021;12(1):5503. DOI
- Kumar A, et al. Connaissances actuelles et profil pharmacologique de la berbérine : mise à jour. European Journal of Pharmacology, 2015;761:288-297. DOI
- Anses. Avis relatif à la sécurité d'utilisation de plantes contenant de la berbérine dans la composition de compléments alimentaires, saisine 2018-SA-0095, 25 novembre 2019. anses.fr
- Parlement européen et Conseil. Règlement (CE) 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. eur-lex.europa.eu


