Les pastilles hydratantes se sont installées en quelques années dans les gourdes des coureurs, des cyclistes, puis de tout le monde. Sodium, potassium, magnésium, zéro sucre, un goût de citron : la promesse est de « mieux hydrater » que l'eau. Sur PubMed, la question est posée depuis longtemps, et la réponse est plus intéressante que le marketing.
Les électrolytes sont l'un des traitements les plus efficaces de l'histoire de la médecine dans un contexte précis, celui de la diarrhée aiguë. Ils ont une utilité documentée dans un second contexte, l'effort prolongé sous la chaleur. Et ils ne font strictement rien de plus que l'eau dans le troisième, qui est celui de la plupart des gens la plupart du temps. Cet article détaille les trois, et termine par ce que valent vraiment les pastilles, y compris sur le point que leurs fabricants préfèrent ne pas aborder.
Trois questions, trois réponses. Dans la gastro-entérite, la solution de réhydratation orale à sodium et glucose est un traitement de référence, validé par une revue Cochrane. Dans l'effort prolongé en chaleur, le sodium a une utilité documentée : deux essais montrent qu'une solution de réhydratation réduit la susceptibilité aux crampes là où l'eau seule l'augmente. Dans la vie quotidienne et pour une séance d'une heure, l'eau fait le même travail.
Ce qui retient vraiment l'eau. Sur 13 boissons testées chez 72 hommes, la boisson de sport n'a pas fait mieux que l'eau. Seules la solution de réhydratation orale et le lait ont retenu davantage, avec un indice d'hydratation d'environ 1,5 contre 1,0. Le vrai danger en course : l'excès d'eau. 13 % des coureurs de Boston étaient en hyponatrémie, et la composition des boissons n'y changeait rien. Les pastilles : utiles pour le sodium à l'effort, sans intérêt au quotidien, et leur formule sans sucre se prive du mécanisme qui fait l'efficacité de la solution de référence.
- Ce que sont les électrolytes, et ce qu'on leur demande
- Le cas où ils sauvent des vies
- Ce qui retient vraiment l'eau : l'indice des boissons
- En course, le danger n'est pas celui qu'on croit
- Crampes : ce que deux essais montrent
- Pourquoi votre sueur n'est pas celle du voisin
- Les pastilles hydratantes : ce qu'elles font, ce qu'elles ne font pas
- Questions fréquentes
Ce que sont les électrolytes, et ce qu'on leur demande
Un électrolyte est un minéral chargé électriquement une fois dissous dans l'eau. Les principaux sont le sodium, le potassium, le chlorure, le magnésium et le calcium. Ils règlent la répartition de l'eau entre le sang et les cellules, la transmission des signaux nerveux et la contraction musculaire.
Pour l'hydratation, un seul domine : le sodium. C'est lui qui retient l'eau dans le compartiment sanguin, lui qui est perdu en quantité dans la sueur, et lui dont la concentration sanguine, quand elle chute, provoque l'hyponatrémie. Le potassium et le magnésium comptent pour d'autres fonctions, mais leurs pertes sudorales sont faibles au regard des apports alimentaires.
« Les électrolytes sont-ils efficaces ? » n'a pas de réponse, parce qu'elle recouvre trois situations qui n'ont rien en commun : une gastro-entérite, un ultra-trail en été, et une journée de bureau avec une séance de 45 minutes. Dans la première, les électrolytes sont un traitement. Dans la deuxième, un outil. Dans la troisième, un supplément de sodium à une alimentation qui en a déjà trop.
Le marketing des pastilles emprunte la légitimité des deux premières pour vendre dans la troisième. C'est le glissement que cet article va démonter, situation par situation.
Le cas où ils sauvent des vies
Il faut commencer par là, parce que c'est de là que vient toute la crédibilité du mot « électrolytes ». La solution de réhydratation orale, ou SRO, associe dans des proportions précises du sodium, du potassium, du chlorure, un tampon et du glucose. Comme le rappelle la revue Cochrane qui lui est consacrée, elle a réduit les décès infantiles par diarrhée dans de nombreux pays.
Cette revue a comparé la formule historique de l'Organisation mondiale de la santé à une formule à osmolarité réduite, contenant moins de sodium et moins de glucose. Sur neuf essais, la formule réduite était associée à moins de perfusions intraveineuses non programmées, avec un rapport de cotes de 0,61, à un volume de selles plus faible et à moins de vomissements, sans risque supplémentaire d'hyponatrémie.
Le glucose n'est pas là pour l'énergie ni pour le goût. Dans l'intestin, le glucose et le sodium sont absorbés ensemble par un même transporteur, et l'eau suit. C'est ce couplage qui fait qu'une solution glucose-sodium réhydrate plus vite que de l'eau salée seule, et c'est la base physiologique de la formule de l'OMS. La revue Cochrane parle d'ailleurs explicitement de solution de réhydratation orale à base de glucose.
Retenez ce point : il servira à évaluer les pastilles hydratantes, dont l'argument de vente principal est précisément de ne pas contenir de sucre.
Ce qui retient vraiment l'eau : l'indice des boissons
Voici l'étude la plus utile du dossier pour le quotidien. Des chercheurs de Loughborough ont voulu mesurer une chose simple : après avoir bu un litre d'une boisson donnée, combien d'eau reste dans l'organisme quatre heures plus tard, par rapport à un litre d'eau plate ?
72 hommes ont chacun bu un litre d'eau plate puis, lors d'autres visites, un litre de trois autres boissons parmi treize testées, en trente minutes. Leur urine a été collectée pendant quatre heures. Le rapport entre l'eau retenue après une boisson et l'eau retenue après l'eau plate donne l'indice d'hydratation de cette boisson.
| Boisson | Urine sur 4 heures | Indice d'hydratation à 2 heures |
|---|---|---|
| Eau plate | 1 337 g | 1,00 par définition |
| Solution de réhydratation orale | 1 038 g | 1,54 |
| Lait entier | 1 052 g | 1,50 |
| Lait écrémé | 1 049 g | 1,58 |
| Boisson de sport | Pas différente de l'eau | Équivalent à l'eau |
| Cola, cola light, thé, café, bière, jus d'orange, eau gazeuse | Pas différentes de l'eau | Équivalent à l'eau |
Deux résultats méritent d'être lus lentement.
Le premier : la boisson de sport n'a pas fait mieux que l'eau. Avec ses électrolytes, ses glucides et son marketing, elle a produit la même quantité d'urine que l'eau du robinet. Ce n'est pas une opinion, c'est une mesure sur 72 personnes.
Le second : le lait, entier ou écrémé, a retenu autant d'eau que la solution de réhydratation orale, la boisson conçue par l'OMS pour cet usage précis. La raison tient à sa teneur en sodium, en protéines et en énergie, qui ralentit la vidange gastrique et réduit la diurèse.
Ce qui a distingué les trois boissons gagnantes des dix autres n'est pas la présence d'électrolytes, c'est leur quantité, et l'énergie qui les accompagne. Une boisson de sport classique contient nettement moins de sodium qu'une solution de réhydratation, et c'est pourquoi elle se comporte comme de l'eau. Une pastille hydratante se situe, selon sa formule, quelque part entre les deux. La question n'est donc jamais « contient-elle des électrolytes », mais « combien de sodium, et avec quoi ».
Précision d'honnêteté : cet essai a été mené chez des hommes correctement hydratés et au repos. Il mesure la rétention d'eau, pas la performance sportive, et il ne dit rien de ce qui se passe pendant un effort en chaleur. Pour cela, il faut d'autres données.
En course, le danger n'est pas celui qu'on croit
Pendant des décennies, le message aux coureurs a été de boire avant d'avoir soif, le plus possible, à chaque ravitaillement. Puis des coureurs sont morts à l'arrivée de marathons, non de déshydratation, mais de l'inverse.
Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a recruté 766 participants du marathon de Boston 2002 et analysé le sang de 488 d'entre eux à l'arrivée. 13 % étaient en hyponatrémie, et 0,6 % à un niveau critique, inférieur ou égal à 120 mmol par litre, un seuil qui met en jeu le pronostic vital.
Ce qui était associé au risque, et ce qui ne l'était pas
| Facteur | Associé à l'hyponatrémie |
|---|---|
| Prise de poids pendant la course | Oui, rapport de cotes 4,2 : le coureur a bu plus qu'il n'a perdu |
| Temps de course supérieur à 4 heures | Oui, rapport de cotes 7,4 par rapport à moins de 3 h 30 |
| Consommation de plus de 3 litres | Oui, en analyse univariée |
| Boire à chaque mile | Oui, en analyse univariée |
| Indice de masse corporelle extrême | Oui |
| Composition des boissons ingérées | Non |
| Sexe féminin, anti-inflammatoires | Non, en analyse multivariée |
La composition des boissons n'était pas associée au risque. Autrement dit, les coureurs qui buvaient des boissons électrolytiques n'étaient pas mieux protégés que ceux qui buvaient de l'eau. Ce qui décidait, c'était le volume. Boire trop d'une boisson électrolytique, c'est toujours boire trop.
C'est un point que le marketing des pastilles évite soigneusement, parce qu'il inverse la promesse : la solution au problème de l'hyponatrémie d'effort n'est pas d'ajouter du sodium à ce qu'on boit, c'est de moins boire quand on boit trop.
Le consensus international sur l'hyponatrémie d'effort, réuni pour la troisième fois à Carlsbad en 2015 et signé par une vingtaine de spécialistes dont plusieurs des auteurs cités dans cet article, a tiré la conséquence de ces données : la recommandation centrale est de boire à sa soif, plutôt que de suivre un programme de volumes fixés à l'avance. Les électrolytes ne remplacent pas cette règle. Au mieux, ils la complètent.
Crampes : ce que deux essais montrent
C'est ici que les électrolytes marquent des points, avec des réserves qu'il faudra poser. Une équipe australienne a mené deux essais croisés sur la susceptibilité à la crampe, mesurée par une méthode objective : la fréquence de stimulation électrique nécessaire pour déclencher une crampe du mollet. Plus cette fréquence seuil est basse, plus le muscle crampe facilement.
Premier essai : boire après la déshydratation
Dix hommes ont couru en descente sous 35 à 36 degrés jusqu'à perdre 2 % de leur poids. Dix minutes après, ils buvaient soit de l'eau de source, soit une solution de réhydratation orale, l'autre condition étant testée une semaine plus tard.
- Après l'eau, la fréquence seuil a baissé de 4,3 Hz à 30 minutes et de 5,1 Hz à 60 minutes : les muscles crampaient plus facilement qu'avant.
- Après la solution de réhydratation, elle a augmenté de 3,7 puis 5,4 Hz : les muscles crampaient moins facilement.
- Le sodium et le chlorure sanguins ont baissé après l'eau et se sont maintenus après la solution.
Second essai : boire pendant l'effort
Même équipe, même protocole, mais la boisson était prise pendant la course, en compensant les pertes de poids mesurées toutes les dix minutes. Résultat encore plus net : la fréquence seuil a baissé de 3,8 à 4,5 Hz avec l'eau, et a augmenté de 6,5 à 13,6 Hz avec la solution de réhydratation. L'osmolarité et le sodium sanguins ne baissaient que dans la condition eau.
Ce que cela dit : après une transpiration abondante, boire uniquement de l'eau dilue le sodium restant, et cette dilution rend le muscle plus sensible à la crampe. Remplacer le sodium en même temps que l'eau inverse cet effet. C'est cohérent, reproduit, et mesuré objectivement.
Ce que cela ne dit pas : ces essais portent sur dix hommes chacun, dans des conditions extrêmes, avec une crampe provoquée électriquement et non survenue spontanément en compétition. La boisson testée était une solution de réhydratation orale, riche en sodium et contenant du glucose, pas une pastille de sport. Enfin, la crampe d'effort a d'autres causes reconnues, notamment la fatigue neuromusculaire, que les électrolytes ne règlent pas.
Pourquoi votre sueur n'est pas celle du voisin
Une pastille délivre une dose fixe de sodium. Or la revue de référence sur le sujet, publiée dans Sports Medicine, établit que le débit de sueur et sa concentration en sodium varient considérablement d'une personne à l'autre, et chez la même personne selon l'intensité, la chaleur, l'acclimatation, la condition physique, la taille, le sexe, l'âge et l'alimentation.
Cette même revue examine les tests de sueur utilisés pour personnaliser les apports, et conclut que les méthodes non standardisées et les conditions de terrain produisent souvent des résultats incohérents ou inexacts. Le seul repère simple et fiable est la variation de poids corporel pendant l'effort, qui reflète la perte d'eau.
Cette revue est signée par une chercheuse du Gatorade Sports Science Institute, filiale de PepsiCo. Nous la citons parce que sa méthodologie est solide et ses conclusions prudentes, mais il est juste que vous le sachiez. Un fabricant de boissons a intérêt à ce que la question du sodium soit prise au sérieux. Cela n'invalide pas la variabilité individuelle, qui est un fait bien établi ; cela invite à lire les recommandations pratiques qui en découlent avec la distance qui convient.
Ce qu'il faut retenir est presque paradoxal : la variabilité individuelle est l'argument le plus fort pour une attention au sodium chez les gros transpirateurs, et l'argument le plus fort contre l'idée qu'une pastille standard puisse convenir à tout le monde.
Les pastilles hydratantes : ce qu'elles font, ce qu'elles ne font pas
Une pastille hydratante effervescente contient le plus souvent quelques centaines de milligrammes de sodium, du potassium, parfois du magnésium et du calcium, un arôme, un édulcorant, et peu ou pas de sucre. Confrontons cela aux données.
| Situation | Ce que disent les données | La pastille est-elle utile ? |
|---|---|---|
| Gastro-entérite | La SRO à sodium et glucose est le traitement de référence | Non : mauvais outil, prenez une SRO de pharmacie |
| Effort long en chaleur, forte transpiration | Le sodium réduit la susceptibilité aux crampes que l'eau seule augmente | Oui, pour l'apport en sodium, à condition de boire à sa soif |
| Marathon, prévention de l'hyponatrémie | La composition des boissons n'était pas associée au risque, le volume oui | Non comme protection : ne pas trop boire est la seule parade |
| Séance d'une heure, conditions normales | La boisson de sport ne retient pas plus d'eau que l'eau | Non : l'eau suffit |
| Usage quotidien hors effort | Aucune donnée en faveur ; l'alimentation apporte déjà trop de sodium | Non, et à surveiller en cas d'hypertension |
| Gueule de bois | Aucun essai identifié montrant un avantage sur l'eau | Non démontré |
Le point que les fabricants n'abordent pas
La solution de réhydratation orale fonctionne parce qu'elle associe le sodium au glucose, absorbés ensemble par l'intestin, l'eau suivant le mouvement. C'est ce couplage, et pas la simple présence de sodium, qui fait l'efficacité de la formule de l'OMS. Les deux essais sur la crampe utilisaient une solution de ce type, avec glucose.
Une pastille formulée sans sucre apporte du sodium, mais se prive du mécanisme qui accélère son absorption. Elle n'est pas inutile pour autant : le sodium finit par être absorbé. Mais elle est plus éloignée de la formule de référence que ne le laisse croire le mot « électrolytes » sur l'étiquette, et le « zéro sucre » présenté comme un avantage est, sur le plan physiologique, un compromis.
Ce qu'une pastille fait bien
Soyons justes : dans son contexte, une pastille rend un service réel. Elle apporte du sodium sous une forme pratique, dosée et transportable, ce qui compte sur un vélo ou en trail. Elle donne un goût qui incite certaines personnes à boire davantage quand il le faut. Et elle évite le piège documenté par les essais sur la crampe, celui de compenser une grosse transpiration par de l'eau seule.
Le problème n'est pas le produit. C'est le glissement d'usage : un outil conçu pour l'ultra-endurance en chaleur, vendu comme un geste quotidien de bien-être à des personnes dont le seul effort de la journée est de monter les escaliers du métro. Pour celles-là, la pastille ajoute du sodium à une alimentation qui en contient déjà trop.
Que faire concrètement
Nausées, vomissements, maux de tête, confusion, gonflement des mains et des pieds, et dans les cas graves convulsions ou troubles de la conscience, chez une personne qui a beaucoup bu pendant un effort long. Ces signes ressemblent à ceux de la déshydratation, ce qui conduit parfois l'entourage à faire boire davantage et à aggraver la situation. Devant ce tableau après une course longue, il s'agit d'une urgence médicale.
Questions fréquentes
La question de fond
Les électrolytes sont-ils vraiment efficaces ?
La question n'a pas de réponse unique, parce qu'elle recouvre trois situations sans rapport entre elles. Dans la diarrhée aiguë, la solution de réhydratation orale à sodium et glucose est un traitement de référence qui a réduit la mortalité infantile dans de nombreux pays. Dans l'effort prolongé en chaleur, le sodium a une utilité documentée sur certains critères. Dans la vie quotidienne ou pour une séance d'une heure, l'eau fait exactement le même travail, et une boisson de sport ne la surpasse pas.
Qu'est-ce qu'un électrolyte, concrètement ?
Un minéral qui porte une charge électrique une fois dissous dans l'eau : sodium, potassium, chlorure, magnésium, calcium. Ils régulent la répartition de l'eau entre les compartiments de l'organisme, la transmission nerveuse et la contraction musculaire. Le sodium est de loin celui qui compte le plus pour l'hydratation, parce que c'est lui qui retient l'eau dans le sang et qui est perdu en quantité dans la sueur.
Que retenir sur les électrolytes ?
Qu'ils sont un traitement dans la diarrhée, sous forme de solution de réhydratation avec sodium et glucose. Qu'à l'effort prolongé en chaleur, le sodium a une utilité documentée, notamment sur la susceptibilité aux crampes, mais que la règle première est de boire à sa soif car l'excès d'eau est le vrai danger. Que pour une séance ordinaire, l'eau suffit et une boisson de sport ne fait pas mieux. Et que les pastilles sans sucre apportent du sodium en se privant du mécanisme qui fait l'efficacité de la formule de référence.
Hydratation et boissons
Une boisson de sport hydrate-t-elle mieux que l'eau ?
Non, et c'est mesuré. Dans l'essai qui a établi l'indice d'hydratation des boissons, 72 hommes ont bu un litre de 13 boissons différentes, puis leur production d'urine a été suivie pendant quatre heures. La boisson de sport n'a pas retenu plus d'eau que l'eau plate. Les seules boissons qui ont fait mieux étaient la solution de réhydratation orale, le lait entier et le lait écrémé, avec un indice d'environ 1,5 contre 1,0 pour l'eau.
Pourquoi le lait et la solution de réhydratation retiennent-ils mieux l'eau ?
Parce qu'ils apportent des quantités significatives de sodium et de nutriments qui ralentissent la vidange gastrique et réduisent la diurèse. Une boisson de sport classique contient nettement moins de sodium qu'une solution de réhydratation, ce qui explique qu'elle se comporte comme de l'eau dans cet essai. La leçon est simple : ce n'est pas la présence d'électrolytes qui compte, c'est leur dose.
Faut-il des électrolytes pour une séance de sport ordinaire ?
Pour une séance d'une heure environ, en conditions normales, l'eau suffit et les pertes en sodium sont largement compensées par l'alimentation du reste de la journée. La question des électrolytes devient pertinente pour des efforts prolongés, en chaleur, chez des personnes qui transpirent beaucoup, ou lorsque plusieurs séances s'enchaînent dans la journée.
Faut-il boire selon un programme ou selon sa soif ?
Selon sa soif, pour la majorité des pratiquants. C'est la recommandation du consensus international sur l'hyponatrémie d'effort, motivée par le fait que les cas graves surviennent presque toujours chez des personnes qui ont bu au-delà de leurs pertes en suivant des consignes de volume. Les rares exceptions concernent des contextes très spécifiques encadrés par des professionnels.
Effort, hyponatrémie et crampes
Quel est le vrai danger pendant un marathon : déshydratation ou excès d'eau ?
L'excès d'eau tue plus sûrement que la déshydratation. Dans une cohorte du marathon de Boston, 13 % des 488 coureurs analysés à l'arrivée étaient en hyponatrémie, et 0,6 % à un niveau critique. Le principal facteur associé était la prise de poids pendant la course, c'est-à-dire le fait d'avoir bu plus qu'on ne perdait. Consommer plus de trois litres et boire à chaque mile figuraient parmi les comportements associés.
Une boisson électrolytique protège-t-elle de l'hyponatrémie ?
Pas dans les données disponibles. Dans l'étude de Boston, la composition des boissons ingérées n'était pas associée au risque d'hyponatrémie, contrairement à la quantité. Autrement dit, boire trop d'une boisson électrolytique reste boire trop. Le consensus international sur l'hyponatrémie d'effort recommande de boire à sa soif plutôt que selon un programme fixe. Les électrolytes ne remplacent pas cette règle, ils s'y ajoutent au mieux.
Quels sont les signes d'une hyponatrémie d'effort ?
Nausées, vomissements, maux de tête, confusion, gonflement des mains et des pieds, et dans les cas graves convulsions ou troubles de la conscience, chez une personne qui a beaucoup bu pendant un effort long. Ces signes ressemblent à ceux de la déshydratation, ce qui conduit parfois à faire boire davantage et à aggraver la situation. Devant ce tableau après une course longue, c'est une urgence médicale.
Les électrolytes préviennent-ils les crampes ?
Deux essais croisés apportent un signal net, sur de petits effectifs. Chez dix hommes déshydratés de 2 % par une course en descente sous 35 degrés, boire de l'eau de source a rendu les muscles plus susceptibles à la crampe provoquée électriquement, alors qu'une solution de réhydratation orale a fait l'inverse. Le même résultat a été retrouvé quand la boisson était prise pendant l'effort. Le sodium et le chlorure sanguins baissaient avec l'eau seule et se maintenaient avec la solution.
L'eau peut-elle donc aggraver les crampes ?
Dans un contexte précis, oui : après une déshydratation importante par la sueur, boire uniquement de l'eau dilue le sodium restant, et c'est cette dilution qui semble augmenter la susceptibilité à la crampe dans ces essais. Ce n'est pas un argument contre l'eau en général, c'est un argument pour remplacer aussi le sodium quand on a beaucoup transpiré.
Combien de sodium perd-on en transpirant ?
Cela varie énormément d'une personne à l'autre et, chez la même personne, selon l'intensité, la chaleur, l'acclimatation et l'entraînement. C'est la conclusion centrale de la revue de référence sur le sujet : il n'existe pas de chiffre universel, et les recommandations de remplacement doivent être individualisées. Deux personnes qui font la même séance peuvent perdre des quantités de sodium très différentes.
Peut-on connaître sa propre perte en sodium ?
Des tests de sueur existent, mais la revue qui les examine souligne que les méthodes non standardisées et les conditions de terrain produisent souvent des résultats incohérents. Un repère plus accessible est la perte de poids pendant l'effort, qui reflète la perte d'eau. Pour le sodium, les traces blanches sur les vêtements et les picotements des yeux sont des indices grossiers d'une sueur salée, sans valeur de mesure.
Les pastilles hydratantes
Que contiennent les pastilles hydratantes ?
Le plus souvent, quelques centaines de milligrammes de sodium par pastille, du potassium, parfois du magnésium et du calcium, un aromatisant et un édulcorant, avec peu ou pas de sucre. C'est ce dernier point qui mérite attention : c'est à la fois leur argument de vente et ce qui les éloigne de la formule dont l'efficacité est la mieux démontrée.
Pourquoi l'absence de sucre est-elle un problème ?
Parce que la solution de réhydratation orale de référence associe le sodium au glucose, et que cette association n'est pas décorative : le glucose et le sodium sont absorbés ensemble par l'intestin, et le glucose accélère l'absorption du sodium et de l'eau. C'est la base physiologique de la solution recommandée par l'Organisation mondiale de la santé. Une pastille sans sucre apporte du sodium, mais se prive du mécanisme qui fait l'efficacité de la formule d'origine.
Une pastille hydratante est-elle donc inutile ?
Non, elle a un usage précis : apporter du sodium lors d'un effort prolongé ou en forte chaleur, quand on transpire beaucoup et qu'on boit beaucoup. Dans ce contexte, remplacer le sodium plutôt que boire uniquement de l'eau a un sens, comme le montrent les essais sur la crampe. Hors de ce contexte, dans une journée ordinaire, elle ajoute du sodium à une alimentation qui en contient déjà généralement trop.
Faut-il prendre des électrolytes tous les jours ?
Rien ne le soutient pour une personne en bonne santé qui mange normalement. L'alimentation courante apporte du sodium en excès plutôt qu'en défaut, et le potassium provient des fruits et légumes. Une pastille quotidienne hors effort ajoute donc surtout du sodium là où il n'en manque pas. Les personnes hypertendues ou sous traitement doivent être particulièrement attentives à cet apport supplémentaire.
Les électrolytes aident-ils contre la gueule de bois ?
Nous n'avons pas identifié d'essai démontrant qu'une pastille électrolytique réduise les symptômes d'une gueule de bois. L'alcool a un effet diurétique et une réhydratation est raisonnable, mais rien ne montre qu'une boisson électrolytique fasse mieux que l'eau dans ce contexte. L'usage marketing sur ce terrain va au-delà des données.
Que faire en cas de gastro-entérite ?
C'est le seul contexte où les électrolytes relèvent d'un traitement, et c'est une solution de réhydratation orale de pharmacie qu'il faut utiliser, pas une pastille de sport. Une revue Cochrane sur les enfants hospitalisés pour diarrhée montre que la formule à osmolarité réduite diminue le recours aux perfusions, le volume des selles et les vomissements par rapport à la formule standard. Chez le nourrisson, la personne âgée ou en cas de signes de déshydratation, consultez.
Glossaire
- Électrolyte
- Minéral portant une charge électrique une fois dissous : sodium, potassium, chlorure, magnésium, calcium.
- Solution de réhydratation orale (SRO)
- Formule associant sodium, potassium, chlorure, tampon et glucose dans des proportions définies, traitement de référence de la déshydratation par diarrhée.
- Osmolarité
- Concentration totale de particules dissoutes dans un liquide, qui détermine ses mouvements d'eau avec l'organisme.
- Indice d'hydratation des boissons
- Eau retenue deux heures après avoir bu une boisson, rapportée à celle retenue après un litre d'eau plate.
- Hyponatrémie
- Concentration sanguine de sodium abaissée, à 135 mmol par litre ou moins, potentiellement mortelle sous 120.
- Hyponatrémie d'effort
- Hyponatrémie survenant pendant ou après un effort prolongé, le plus souvent par consommation de liquide supérieure aux pertes.
- Fréquence seuil de crampe
- Fréquence de stimulation électrique nécessaire pour déclencher une crampe ; plus elle est basse, plus le muscle est susceptible.
- Cotransport glucose-sodium
- Mécanisme intestinal par lequel glucose et sodium sont absorbés ensemble, entraînant l'eau, base de la formule de réhydratation orale.
- Boire à sa soif
- Stratégie recommandée par le consensus sur l'hyponatrémie d'effort, par opposition à un programme de volumes fixés à l'avance.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Maughan RJ, et al. Essai randomisé évaluant le potentiel de différentes boissons à modifier l'état d'hydratation : développement d'un indice d'hydratation des boissons. American Journal of Clinical Nutrition, 2016;103(3):717-723. DOI
- Almond CS, et al. Hyponatrémie chez les coureurs du marathon de Boston. New England Journal of Medicine, 2005;352(15):1550-1556. DOI
- Hew-Butler T, et al. Déclaration de la troisième conférence internationale de consensus sur l'hyponatrémie associée à l'exercice, Carlsbad, 2015. Clinical Journal of Sport Medicine, 2015;25(4):303-320. DOI
- Lau WY, Kato H, Nosaka K. La prise d'eau après déshydratation rend les muscles plus susceptibles à la crampe, mais les électrolytes inversent cet effet. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 2019;5(1):e000478. DOI
- Lau WY, Kato H, Nosaka K. Effet d'une solution de réhydratation orale contre de l'eau de source pendant un exercice en chaleur sur la susceptibilité aux crampes de jeunes hommes. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2021;18(1):22. DOI
- Baker LB. Débit de sueur et concentration en sodium de la sueur chez les athlètes : revue de la méthodologie et de la variabilité intra et interindividuelle. Sports Medicine, 2017;47(Suppl 1):111-128. Auteure affiliée au Gatorade Sports Science Institute. DOI
- Hahn S, Kim Y, Garner P. Solution de réhydratation orale à osmolarité réduite pour le traitement de la déshydratation due à la diarrhée aiguë chez l'enfant. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2002;(2):CD002847. DOI


