Les isoflavones de soja comptent parmi les compléments les plus étudiés de la ménopause, et les plus discutés. Dans une méta-analyse d'essais en double aveugle, elles ont réduit la fréquence des bouffées de chaleur de 20,6 % de plus qu'un placebo, à une dose médiane de 54 mg par jour : un effet réel, modeste et lent.
Ce guide rassemble les études identifiées via PubMed : isoflavones et équol, efficacité selon la dose et la durée, os et cholestérol, puis la sécurité point par point (endomètre, cancer du sein, thyroïde, interactions), les autres phytoestrogènes et les options médicales.
Efficacité : les extraits d'isoflavones de soja réduisent la fréquence des bouffées de chaleur de 20,6 % et leur intensité de 26,2 % de plus qu'un placebo, surtout s'ils apportent plus de 18,8 mg de génistéine par jour. Il faut en moyenne 13,4 semaines pour atteindre la moitié de l'effet maximal. Le traitement hormonal reste nettement plus efficace, avec 75 % de bouffées en moins par rapport au placebo.
Sécurité : chez la femme ménopausée en bonne santé, les méta-analyses ne trouvent pas d'effet sur l'épaisseur de l'endomètre ni sur la densité mammaire, mais un essai de 5 ans à 150 mg par jour a relevé 3,37 % d'hyperplasies de l'endomètre contre 0 % sous placebo. Chez les survivantes d'un cancer du sein, le soja alimentaire est associé à moins de récidives, mais l'effet des compléments concentrés sur la récidive n'a pas été étudié, et chez l'animal la génistéine a pu contrer un inhibiteur de l'aromatase. En cas d'antécédent de cancer du sein ou de trouble hormonodépendant, les compléments de phytoestrogènes sont à éviter.
- Isoflavones : de quoi parle-t-on ?
- Équol : pourquoi les femmes ne répondent pas toutes pareil
- Bouffées de chaleur : ce que montrent les méta-analyses
- Dose, génistéine et délai d'action
- Os, cholestérol, sommeil et peau
- Endomètre : ce que montrent les biopsies et les échographies
- Cancer du sein : ce que l'on sait, ce que l'on ignore
- Thyroïde : lévothyroxine, iode et hypothyroïdie fruste
- Interactions et qui doit s'abstenir
- Kudzu, trèfle rouge, houblon : les autres phytoestrogènes
- Traitement hormonal et options non hormonales
- Questions fréquentes
Isoflavones : de quoi parle-t-on ?
Les isoflavones sont des polyphénols classés parmi les phytoestrogènes : leur structure leur permet de se lier aux récepteurs des œstrogènes, de préférence au récepteur bêta. On les décrit donc comme des modulateurs sélectifs : selon le tissu, effet proche des œstrogènes, nul ou opposé. Leurs effets ne se déduisent pas de ceux du traitement hormonal.
Dans le soja, les trois isoflavones principales sont la génistéine, la daidzéine et la glycitéine, qui représentent respectivement environ 50 %, 40 % et 10 % du total. Elles y sont presque toutes sous forme de glycosides, liées à un sucre que l'intestin détache avant l'absorption ; le miso, le tempeh ou le natto en contiennent une part sous forme libre, dite aglycone. Les études ne s'accordent pas sur une meilleure absorption de cette forme, et les doses sont exprimées en équivalent aglycone pour comparer les produits.
L'exposition varie énormément selon les pays. Une revue de 2016 estime l'apport moyen des adultes à environ 30 à 50 mg par jour au Japon, contre moins de 3 mg par jour aux États-Unis, au Canada et en Europe. Un complément de 50 à 100 mg par jour place donc une Européenne au niveau d'une Japonaise ou au-delà, sous forme concentrée.
Le soja apporte surtout de la génistéine et de la daidzéine. Le trèfle rouge contient aussi de la biochanine A et de la formononétine, qui se transforment en génistéine et en daidzéine. La racine de kudzu contient surtout de la puérarine (19 à 80 % de ses isoflavones selon les analyses citées par un essai de 2021), puis de la daidzéine et de la daidzine. Notre Kudzu apporte 750 mg de racine pour deux gélules, sans teneur en isoflavones indiquée : ses effets ne se déduisent pas des essais sur extraits titrés.
Équol : pourquoi les femmes ne répondent pas toutes pareil
Une fois dans l'intestin, la daidzéine peut être transformée par certaines bactéries en équol, une molécule plus active sur les récepteurs des œstrogènes que la daidzéine. Tout le monde n'a pas ces bactéries : selon la revue de 2016, environ 25 % des personnes non asiatiques et 50 % des personnes asiatiques sont productrices d'équol.
L'hypothèse, débattue depuis 2002, est que les productrices d'équol bénéficient davantage des isoflavones, d'où des essais de l'équol lui-même chez les non-productrices.
Six essais (779 femmes en périménopause ou ménopausées) ont été retenus, cinq regroupés (728 femmes) : trois rapportaient un bénéfice significatif, deux aucun. Globalement, l'équol donné aux non-productrices a réduit la fréquence ou l'intensité des bouffées de chaleur, avec un risque de biais jugé généralement faible.
Daily JW, Ko BS, Ryuk J, et al. J Med Food 2019;22(2):127-139. DOI : 10.1089/jmf.2018.4265
Ces résultats restent discutés : la société nord-américaine de la ménopause, dans sa position 2023, ne recommande ni l'équol ni les aliments et extraits de soja contre les bouffées de chaleur, faute de données suffisamment cohérentes.
Bouffées de chaleur : ce que montrent les méta-analyses
Notre guide des bouffées de chaleur en détaille les mécanismes ; voici ce que disent les principales synthèses sur les isoflavones.
Dans 17 essais contre placebo (13 pour la fréquence, 9 pour l'intensité), des isoflavones de soja extraites ou synthétisées, à une dose médiane de 54 mg par jour en équivalent aglycone pendant 6 semaines à 12 mois, ont réduit la fréquence des bouffées de 20,6 % et leur intensité de 26,2 % de plus que le placebo. Au-delà de 18,8 mg de génistéine par jour, l'effet sur la fréquence était plus de deux fois plus marqué. L'hétérogénéité était élevée.
Taku K, Melby MK, Kronenberg F, et al. Menopause 2012;19(7):776-790. DOI : 10.1097/gme.0b013e3182410159
Une méta-analyse publiée dans JAMA en 2016, sur 62 études et 6 653 femmes, associe les phytoestrogènes à 1,31 bouffée de moins par jour, et les isoflavones de soja seules à 0,79 bouffée de moins et à une légère baisse de la sécheresse vaginale, sans effet significatif sur les sueurs nocturnes ; 74 % des essais présentaient un risque de biais élevé dans au moins trois domaines.
La revue Cochrane de 2013 (43 essais, 4 364 femmes) n'a pu regrouper que peu de données et conclut à l'absence de preuve concluante pour les phytoestrogènes dans leur ensemble, mais relève que quatre essais d'extraits apportant plus de 30 mg de génistéine par jour réduisaient de façon constante les bouffées. Selon les essais, le placebo à lui seul les réduisait de 1 % à 59 %.
Une méta-analyse plus récente, sur 5 essais et 425 femmes, ne retrouve pas d'effet significatif sur les symptômes, mais une baisse des symptômes dépressifs, avec un risque élevé de conflits d'intérêts dans les essais inclus. Pour le trèfle rouge, une méta-analyse de 8 essais retrouve 1,73 bouffée de moins par jour, davantage chez les femmes ayant au moins 5 bouffées par jour et avec 80 mg d'isoflavones par jour ou plus.
| Synthèse | Résultat sur les bouffées de chaleur | Limites signalées |
|---|---|---|
| Taku, 2012, 17 essais, extraits de soja | Fréquence −20,6 %, intensité −26,2 % par rapport au placebo | Hétérogénéité élevée |
| Franco, 2016, 62 études, phytoestrogènes | −1,31 bouffée par jour ; soja seul −0,79 ; sueurs nocturnes inchangées | 74 % des essais à risque de biais élevé |
| Cochrane, 2013, 43 essais | Pas de preuve concluante ; extraits à plus de 30 mg de génistéine favorables | Données rarement regroupables, effet placebo de 1 à 59 % |
| Kanadys, 2021, 8 essais, trèfle rouge | −1,73 bouffée par jour | Résultats très hétérogènes |
Pour 8 à 10 bouffées par jour, une à deux de moins est un gain réel mais partiel, mesuré en plus de la baisse observée sous placebo.
Dose, génistéine et délai d'action
La génistéine apparaît comme le facteur le plus constant : dans la méta-analyse de 2012, le seuil de 18,8 mg par jour, médiane des essais, séparait les produits les plus efficaces des autres. Selon la revue de 2016, environ 40 mg d'isoflavones totales issues du soja entier apportent cette quantité.
Deuxième point clé : le délai. Une modélisation de 16 essais (environ 1 710 femmes) estime l'effet maximal des isoflavones de soja, placebo retiré, à 25,2 % de bouffées en moins, soit 57 % de celui de l'estradiol (44,9 %). Mais il faut 13,4 semaines pour atteindre la moitié de cet effet, contre 3,09 pour l'estradiol, et au moins 48 semaines pour en atteindre 80 % : des essais de 12 semaines sont trop courts pour juger.
Plus n'est pas forcément mieux : dans un essai de 2 ans chez 248 femmes ménopausées depuis moins de 5 ans, 200 mg d'isoflavones de soja par jour n'ont réduit ni la perte osseuse ni les symptômes, et le groupe soja a rapporté plus de bouffées de chaleur et de constipation.
Os, cholestérol, sommeil et peau
Os. Les résultats dépendent du produit. Dans un essai italien de 2 ans chez 389 femmes ménopausées ostéopéniques, 54 mg de génistéine par jour ont augmenté la densité osseuse au rachis lombaire (+0,049 g/cm² contre −0,053 g/cm² sous placebo) et au col du fémur, sans modifier l'épaisseur de l'endomètre ; les troubles digestifs étaient plus fréquents (19 % contre 8 %) et les fractures n'étaient pas mesurées. À l'inverse, 200 mg d'isoflavones de soja par jour n'ont pas freiné la perte osseuse en 2 ans : −2,0 % au rachis contre −2,3 % sous placebo.
Dans l'essai sur la génistéine, les deux groupes recevaient du calcium et de la vitamine D : notre article sur la carence en vitamine D fait le point, et notre Vitamine D3 végétale apporte 1 000 UI par goutte, à raison de 2 gouttes par jour chez l'adulte.
Cholestérol. Selon une méta-analyse de 11 essais, les isoflavones de soja abaissent le LDL-cholestérol de 0,13 mmol/L (3,58 %) et le cholestérol total de 1,77 %, sans effet sur le HDL ni les triglycérides, davantage en cas de cholestérol élevé. Un effet réel mais faible. Sur les protéines de soja, voyez notre comparatif des protéines végétales et animales.
Sommeil. Aucune synthèse retenue ici n'a le sommeil pour critère principal, et celle de JAMA ne retrouve pas de baisse significative des sueurs nocturnes : rien ne permet d'en faire une aide au sommeil.
Peau. Selon la revue de 2016, quelques petits essais suggèrent une réduction des rides, tous avec des limites de conception : des données préliminaires. Notre article sur le collagène et les rides présente d'autres pistes.
Endomètre : ce que montrent les biopsies et les échographies
L'endomètre, la muqueuse de l'utérus, est sensible aux œstrogènes : la question se pose donc pour les isoflavones.
Les méta-analyses sont rassurantes sur l'épaisseur. Une synthèse de 23 essais et 2 167 femmes ne trouve aucun changement de l'épaisseur de l'endomètre, et même une légère diminution au-delà de 54 mg par jour ; les trois essais asiatiques suggéraient une légère hausse, non significative. Une autre, de 40 essais et 3 285 femmes ménopausées (dose médiane 75 mg par jour, 24 semaines), ne retrouve pas d'effet sur l'épaisseur (−0,22 mm, non significatif), la maturation vaginale, la FSH ou l'estradiol ; elle a été financée en partie par la filière soja américaine, et l'un de ses coauteurs travaille pour un institut financé par cette filière. Dans un essai américain de 3 ans chez 224 femmes, 80 ou 120 mg par jour n'ont modifié ni l'épaisseur de l'endomètre ni les hormones, et la génistéine à 54 mg n'a pas modifié l'épaisseur sur 2 puis 3 ans dans l'essai italien.
Chez 376 femmes ménopausées en bonne santé ayant leur utérus, 150 mg d'isoflavones par jour en comprimés de soja ont été comparés à un placebo pendant 5 ans, avec biopsies au départ, à 30 mois et à 5 ans (298 femmes ont terminé). Aucun cancer n'a été détecté, mais des hyperplasies de l'endomètre sont apparues chez 3,37 % des femmes sous soja, contre aucune sous placebo : selon les auteurs, cela remet en question la sécurité à long terme des phytoestrogènes pour l'endomètre.
Unfer V, Casini ML, Costabile L, et al. Fertil Steril 2004;82(1):145-148. DOI : 10.1016/j.fertnstert.2003.11.041
L'épaisseur à l'échographie n'est pas l'hyperplasie à la biopsie, et cet essai est le seul aussi long avec biopsies répétées, à une dose plus élevée que la plupart des essais. Un essai de 3 ans à 154 mg par jour (224 femmes) n'a pas retrouvé plus d'hyperplasies sous soja, mais les biopsies n'y étaient faites que sur indication. La revue Cochrane ne trouve pas de stimulation de l'endomètre jusqu'à 2 ans. En résumé : aux doses habituelles et à moyen terme, pas d'effet démontré ; au-delà de 3 ans à forte dose, le seul essai avec biopsies systématiques appelle à la prudence. Tout saignement après la ménopause doit être signalé au médecin.
Cancer du sein : ce que l'on sait, ce que l'on ignore
Chez les femmes sans cancer : les cohortes. Une méta-analyse de 14 études prospectives associe la consommation d'isoflavones à un risque de cancer du sein un peu plus faible (risque relatif 0,89). Mais elle n'apparaît que dans les populations asiatiques (0,76), pas occidentales (0,97, non significatif), et les auteurs ne retrouvent pas de relation dose-effet. Ce sont des associations sur le soja alimentaire : elles ne prouvent pas un effet protecteur et ne renseignent pas sur les compléments.
Chez les survivantes : les cohortes. Dans l'étude de Shanghai (5 042 femmes, suivi médian de 3,9 ans), le quart consommant le plus de protéines de soja avait un risque de décès inférieur de 29 % et de récidive inférieur de 32 % par rapport au quart le plus bas (mortalité à 4 ans : 7,4 % contre 10,3 %), que la tumeur soit sensible ou non aux œstrogènes, avec ou sans tamoxifène.
Chez 9 514 survivantes d'un cancer du sein invasif suivies 7,4 ans en moyenne, dans deux cohortes américaines et une cohorte chinoise, une consommation alimentaire d'au moins 10 mg d'isoflavones par jour après le diagnostic était associée à un risque de récidive inférieur de 25 %, significatif, et à une baisse non significative de la mortalité par cancer du sein. L'association valait chez les Américaines comme chez les Chinoises.
Nechuta SJ, Caan BJ, Chen WY, et al. Am J Clin Nutr 2012;96(1):123-132. DOI : 10.3945/ajcn.112.035972
Ce que mesurent les essais. Sur la densité mammaire, marqueur du risque de cancer du sein, une méta-analyse de 8 essais et 1 287 femmes ne trouve aucun effet chez la femme ménopausée (−1,10 %), mais une légère hausse avant la ménopause (+1,83 %), qui disparaissait dans l'une des trois analyses de sensibilité ; dans le prolongement à 3 ans de l'essai italien (138 femmes), la densité n'a pas changé. Un essai de 6 mois chez des femmes à haut risque n'a pas réduit la prolifération des cellules mammaires, et chez les non-ménopausées, l'indice Ki-67 est passé de 1,71 à 2,18 au sein du groupe soja, sans différence significative avec le placebo. Chez 140 femmes atteintes d'un cancer débutant, des protéines de soja prises 7 à 30 jours avant l'opération n'ont pas modifié le Ki-67, mais les tumeurs des femmes ayant le plus de génistéine sanguine surexprimaient des gènes du cycle cellulaire, ce qui fait évoquer aux auteurs un effet défavorable possible chez certaines femmes.
Les cohortes rassurantes portent sur le soja alimentaire, de 10 à plus de 40 mg par jour. Aucun essai retrouvé n'a évalué des compléments concentrés sur la récidive chez les survivantes, exclues des essais de la revue Cochrane. En cas d'antécédent personnel ou familial de cancer du sein, nos compléments à base de plantes à phytoestrogènes ne sont donc pas indiqués, et la place du soja alimentaire se discute avec l'équipe qui vous suit.
Thyroïde : lévothyroxine, iode et hypothyroïdie fruste
Quand la thyroïde fonctionne normalement, les données sont plutôt rassurantes. Une méta-analyse de 18 essais randomisés ne retrouve aucune variation des hormones thyroïdiennes (T3 et T4 libres), seulement une petite hausse de la TSH (0,248 mUI/L) de portée clinique incertaine. Une revue de 14 essais concluait à peu d'arguments pour un effet défavorable quand les apports en iode sont suffisants, et l'essai américain de 3 ans n'a pas relevé d'effet sur la thyroïde.
Trois situations demandent de l'attention. D'abord l'iode : la même revue signale une inquiétude théorique, tirée d'études in vitro et animales, si les apports en iode sont faibles ou la thyroïde fragilisée, et conseille d'y veiller.
Chez 60 personnes atteintes d'hypothyroïdie fruste, une TSH élevée avec des hormones thyroïdiennes encore normales, 30 g de protéines de soja apportant 16 mg de phytoestrogènes par jour pendant 8 semaines ont été comparés à 30 g de protéines de soja n'en apportant que 2 mg. Six femmes sont passées à une hypothyroïdie avérée après la période à 16 mg, soit un risque multiplié par 3,6. Dans le même temps, la pression artérielle, la résistance à l'insuline et la CRP ont diminué avec 16 mg.
Sathyapalan T, Manuchehri AM, Thatcher NJ, et al. J Clin Endocrinol Metab 2011;96(5):1442-1449. DOI : 10.1210/jc.2010-2255
Enfin, la lévothyroxine. Un cas publié décrit une femme de 45 ans, opérée de la thyroïde, qui avait besoin de fortes doses de lévothyroxine : elle prenait un cocktail de protéines de soja juste après son comprimé, et espacer les deux a permis de réduire les doses. Selon la revue de 14 essais, les personnes hypothyroïdiennes n'ont pas à éviter le soja, mais leur dose peut devoir être ajustée : parlez-en à votre médecin.
Interactions et qui doit s'abstenir
Les traitements anti-hormonaux du cancer du sein bloquent le récepteur des œstrogènes (tamoxifène) ou leur production (inhibiteurs de l'aromatase comme l'anastrozole ou le létrozole). Une molécule qui se lie au même récepteur pose donc question.
Chez des souris sans ovaires porteuses de cellules de cancer du sein sensibles aux œstrogènes, une alimentation enrichie en génistéine a stimulé les tumeurs et annulé, de façon dose-dépendante, l'effet du létrozole ; les auteurs appellent à la prudence chez les femmes traitées par létrozole. La revue de 2016 rappelle des résultats comparables avec le tamoxifène chez la souris.
Les données chez la femme vont dans un autre sens, mais portent sur l'alimentation. Dans la cohorte de Shanghai, l'association favorable du soja existait aussi sous tamoxifène. Dans une cohorte chinoise de 524 femmes sous traitement anti-hormonal suivies 5,1 ans, les femmes ménopausées consommant plus de 42,3 mg d'isoflavones alimentaires par jour avaient un risque de récidive inférieur de 33 %, y compris sous anastrozole ; avant la ménopause, la consommation n'était pas liée à la mortalité. Ces associations ne disent rien des compléments concentrés.
Antécédent personnel ou familial de cancer du sein, et tout traitement par tamoxifène ou inhibiteur de l'aromatase. Troubles hormonodépendants : cancer de l'utérus ou des ovaires, endométriose, fibromes. Grossesse et allaitement. Traitement hormonal en cours, sauf avis médical. Hypothyroïdie : seulement avec l'accord du médecin. Saignements après la ménopause : consultez d'abord. Et ne cumulez pas plusieurs compléments à base de phytoestrogènes.
Kudzu, trèfle rouge, houblon : les autres phytoestrogènes
Le kudzu. Les essais sur la ménopause sont rares. À Hong Kong, 127 femmes de 50 à 65 ans ont reçu 3 mois de poudre de racine équivalant à 100 mg d'isoflavones, un traitement hormonal ou rien : le kudzu n'a modifié ni le cholestérol ni la FSH et la LH, et les auteurs n'ont pas pu démontrer de bénéfice global, hormis une amélioration d'un score cognitif global et de l'attention par rapport à l'absence de traitement, à confirmer selon les auteurs. Notre article sur le kudzu et la ménopause revient sur son usage, et celui sur les essais cliniques du kudzu sur les doses étudiées.
Cinquante femmes ménopausées ont reçu 4 semaines un extrait éthanolique de racine de kudzu, 0,84 à 2,52 g par jour, soit 113 à 338 mg de puérarine. Le score de symptômes a baissé significativement dans 4 groupes sur 5, jusqu'à −7,1 points sur 44, et un marqueur de résorption osseuse de 34,2 % dans le meilleur groupe. Des effets indésirables, surtout légers, touchaient 90 % des participantes, notamment maux de tête (30 %) et bouffées de chaleur (26 %). Financé par une entreprise de biotechnologie, l'essai n'avait pas de groupe placebo, ce qui empêche d'estimer l'effet propre de l'extrait.
Bihlet AR, Byrjalsen I, Andersen JR, et al. Front Pharmacol 2021;12:760629. DOI : 10.3389/fphar.2021.760629
Notre Kudzu apporte 750 mg de racine de kudzu pour deux gélules végétales. Ce n'est pas l'extrait de cet essai et sa teneur en isoflavones n'est pas indiquée : ces résultats ne lui sont pas transposables. Il est déconseillé en cas d'antécédent personnel ou familial de cancer du sein, de grossesse, d'allaitement ou de trouble hormonodépendant. Dans l'essai de 2021, les participantes devaient éviter l'alcool, en raison d'effets rapportés du kudzu sur son métabolisme. Voir aussi notre article sur les effets secondaires du kudzu.
Le trèfle rouge est mieux étudié : 1,73 bouffée de moins par jour sur 8 essais hétérogènes, mais pas de différence significative dans la revue Cochrane en regroupant 5 essais d'un même extrait.
Le houblon contient la 8-prénylnaringénine, identifiée en 1999 comme plus active en laboratoire que les autres phytoestrogènes végétaux connus ; les auteurs y voyaient une explication possible des troubles des règles rapportés chez les ouvrières du houblon. Dans un essai chez 67 femmes, un extrait de houblon standardisé à 100 µg de 8-prénylnaringénine par jour faisait mieux que le placebo à 6 semaines mais pas à 12, et la dose de 250 µg était moins active.
Notre Ménopause Bio ne contient pas de soja, mais il contient du houblon, donc un phytoestrogène : comme le Kudzu, il est déconseillé en cas d'antécédent personnel ou familial de cancer du sein.
Aucun essai n'a testé cette formule, et ses 480 mg de houblon ne sont pas comparables aux extraits standardisés en 8-prénylnaringénine des essais. Usage à long terme déconseillé, dose à ne pas dépasser. Kudzu et Ménopause Bio contiennent tous deux des phytoestrogènes : ne les associez pas sans avis médical. Ménopause Bio apporte aussi 300 mg de maca, à cumuler avec prudence si vous prenez notre Maca bio. Notre guide complet de la ménopause présente les autres options.
Traitement hormonal et options non hormonales
Une revue Cochrane de 24 essais et 3 329 femmes montre que le traitement hormonal oral réduit la fréquence des bouffées de chaleur d'environ 75 % par rapport au placebo, qui à lui seul les réduisait de 57,7 % : d'où l'importance de juger toute option contre placebo.
Selon la position 2022 de la société nord-américaine de la ménopause, le traitement hormonal est le plus efficace contre les bouffées de chaleur et le syndrome génito-urinaire, et prévient la perte osseuse et les fractures. Ses risques dépendent du type, de la dose, de la durée, de la voie, du moment de début et de l'ajout d'un progestatif. Le rapport bénéfice-risque est jugé favorable avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant la ménopause, sans contre-indication, et moins favorable au-delà (maladie coronarienne, accident vasculaire cérébral, thrombose veineuse, démence).
Sans hormones, la position 2023 de la même société retient les thérapies cognitivo-comportementales, l'hypnose clinique, certains antidépresseurs, la gabapentine, le fézolinétant et l'oxybutynine, mais pas le soja ni l'équol. Ces choix se font avec votre médecin ; notre article sur la préménopause aide à préparer cette consultation.
| Option | Bénéfice documenté | Risques et précautions | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Extraits d'isoflavones de soja | Bouffées −20,6 % en fréquence et −26,2 % en intensité par rapport au placebo, effet lent | Hyperplasie de l'endomètre dans un essai de 5 ans à 150 mg ; à éviter si antécédent de cancer du sein | Modéré, essais hétérogènes |
| Génistéine 54 mg | Densité osseuse augmentée sur 2 ans chez des femmes ostéopéniques | Troubles digestifs (19 % contre 8 %) ; fractures non mesurées | Un grand essai, une équipe |
| Trèfle rouge | −1,73 bouffée par jour | Mêmes précautions que les isoflavones | Limité, résultats hétérogènes |
| Kudzu | Symptômes réduits dans un essai ouvert de 4 semaines sans placebo ; aucun bénéfice démontré dans un essai de 3 mois | Phytoestrogènes ; éviter l'alcool pendant la prise dans l'essai | Très limité |
| Extrait de houblon | Effet inconstant dans un petit essai de 12 semaines | Contient un phytoestrogène actif | Très limité |
| Traitement hormonal | Bouffées −75 % par rapport au placebo ; prévention osseuse | Selon type, dose, âge et délai depuis la ménopause | Élevé |
Le niveau de preuve indiqué dans ce tableau est notre lecture des études citées.
De la racine de kudzu (Pueraria montana var. lobata), qui contient naturellement des isoflavones comme la puérarine, la daidzine et la daidzéine. Deux gélules végétales par jour apportent 750 mg de racine, avec un grand verre d'eau, en une prise ou en deux prises espacées.
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Questions fréquentes
Les isoflavones de soja sont-elles efficaces contre les bouffées de chaleur ?
Modestement. Dans une méta-analyse d'essais en double aveugle, les extraits d'isoflavones de soja ont réduit la fréquence des bouffées de chaleur de 20,6 % et leur intensité de 26,2 % de plus qu'un placebo, à une dose médiane de 54 mg par jour. Les résultats varient beaucoup d'un essai à l'autre, et le traitement hormonal reste nettement plus efficace, avec environ 75 % de bouffées en moins.
Combien de temps faut-il pour que les isoflavones agissent ?
Plusieurs mois. Une analyse de 16 essais estime qu'il faut en moyenne 13,4 semaines pour atteindre la moitié de l'effet maximal, contre 3,09 semaines pour l'estradiol. Il est raisonnable d'évaluer l'effet à 3 puis à 6 mois.
Quelle dose d'isoflavones de soja pour la ménopause ?
Les essais ont utilisé une dose médiane de 54 mg par jour en équivalent aglycone, et les produits apportant plus de 18,8 mg de génistéine par jour étaient les plus efficaces. Dans un essai de 2 ans, 200 mg par jour n'ont pas fait mieux qu'un placebo sur les symptômes.
Les isoflavones de soja sont-elles dangereuses ?
Chez la femme ménopausée en bonne santé, les méta-analyses ne trouvent pas d'effet sur l'épaisseur de l'endomètre, la densité mammaire ou les hormones thyroïdiennes. Un essai de 5 ans à 150 mg par jour a toutefois relevé 3,37 % d'hyperplasies de l'endomètre contre 0 % sous placebo. Elles sont à éviter en cas d'antécédent de cancer du sein, de trouble hormonodépendant, de grossesse ou d'allaitement.
Isoflavones et cancer du sein : quel risque ?
Chez les survivantes, le soja alimentaire est associé à moins de récidives dans les cohortes, par exemple 25 % de moins avec au moins 10 mg par jour chez 9 514 femmes. Ce sont des associations, et l'effet des compléments concentrés sur la récidive n'a pas été étudié dans cette population. En cas d'antécédent, les compléments de phytoestrogènes sont à éviter.
Peut-on prendre des isoflavones avec le tamoxifène ou un inhibiteur de l'aromatase ?
Pas sans l'accord de l'oncologue. Chez la souris, la génistéine a stimulé des tumeurs du sein sensibles aux œstrogènes et annulé l'effet du létrozole. Les cohortes chez la femme portent sur le soja alimentaire et ne renseignent pas sur les compléments concentrés.
Les isoflavones de soja agissent-elles sur la thyroïde ?
Quand la thyroïde fonctionne normalement, une méta-analyse de 18 essais ne trouve pas de variation des hormones thyroïdiennes, seulement une petite hausse de la TSH. En cas d'hypothyroïdie fruste, 16 mg de phytoestrogènes par jour ont été associés à un passage plus fréquent à l'hypothyroïdie avérée, et le soja peut réduire l'absorption de la lévothyroxine : parlez-en au médecin.
Qu'est-ce que l'équol ?
C'est une molécule fabriquée à partir de la daidzéine par certaines bactéries intestinales. Environ 25 % des personnes non asiatiques et 50 % des personnes asiatiques en produisent, et l'hypothèse est que les productrices répondent mieux aux isoflavones.
Le soja alimentaire et les compléments, est-ce la même chose ?
Non. Au Japon, les adultes consomment en moyenne 30 à 50 mg d'isoflavones par jour sous forme d'aliments, contre moins de 3 mg en Europe. Un complément apporte une dose concentrée, et les études rassurantes sur le soja alimentaire ne s'appliquent pas automatiquement aux compléments.
Le kudzu contient-il des isoflavones comme le soja ?
Oui, mais surtout de la puérarine, avec de la daidzéine et de la daidzine. Les essais sur la ménopause sont rares, petits et de conception limitée, et le kudzu demande les mêmes précautions que le soja, notamment en cas d'antécédent de cancer du sein.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
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