Vous mangez, vraiment. Vous vous entraînez. Et la balance ne bouge pas, ou recule. Autour de vous, on vous dit que vous ne mangez pas assez, ce qui est faux, ou que vous avez « un métabolisme rapide », ce qui est à moitié vrai et n'explique rien. Il existe pourtant une réponse précise, et elle vient d'une expérience que peu de gens connaissent.
En 1999, une équipe de la Mayo Clinic a suralimenté seize volontaires de 1 000 kcal par jour pendant huit semaines et a mesuré ce que leur corps en faisait. La prise de gras a varié du simple au décuple. Cet article explique pourquoi, ce que douze paires de jumeaux ont ajouté à la réponse, et ce que cela change concrètement pour celui qui n'arrive pas à prendre du poids.
La résistance à la prise de poids est réelle. Seize volontaires suralimentés de 1 000 kcal par jour pendant huit semaines : la prise de gras a varié du simple au décuple. Deux tiers de la dépense supplémentaire venaient de l'activité spontanée, gestes, posture, agitation, et c'est elle qui expliquait l'écart, avec une corrélation de 0,77. Elle est en partie génétique. Douze paires de jumeaux suralimentés de 84 000 kcal ont pris de 4,3 à 13,3 kg, et les deux jumeaux d'une paire réagissaient de la même façon.
Ce que ça change. La calculatrice sous-estime vos besoins, parce qu'elle ignore ce que votre corps dissipe. La seule référence est la balance : augmenter par paliers jusqu'à une prise lente, 0,25 à 0,5 % du poids par semaine. Le vrai obstacle est le volume, pas la quantité théorique, et un liquide calorique le contourne. Une maigreur avec fatigue, troubles digestifs ou palpitations relève d'un médecin.
L'expérience de Science : pourquoi certains ne stockent pas
Les humains présentent une variation interindividuelle considérable dans leur susceptibilité à prendre du poids en réponse à une suralimentation. La base physiologique de cette variation a été étudiée en mesurant les changements de stockage et de dépense énergétiques chez 16 volontaires non obèses nourris de 1 000 kilocalories par jour au-delà de leurs besoins de maintien pendant 8 semaines. Deux tiers de l'augmentation de la dépense énergétique quotidienne totale étaient dus à l'augmentation de la thermogenèse d'activité hors exercice, associée à l'agitation, au maintien de la posture et aux autres activités physiques de la vie quotidienne. Les changements de cette thermogenèse expliquaient les différences de stockage de graisse allant du simple au décuple et prédisaient directement la résistance à la prise de gras sous suralimentation, avec un coefficient de corrélation de 0,77. Ces résultats suggèrent que lorsque les humains mangent trop, l'activation de cette thermogenèse dissipe l'excès d'énergie pour préserver la minceur, et que son défaut d'activation peut entraîner une prise de gras rapide.
Levine JA, Eberhardt NL, Jensen MD. Science 1999;283(5399):212-214. DOI : 10.1126/science.283.5399.212
Tout est là. Même excès, mêmes conditions, et certains ont stocké dix fois plus que d'autres. La différence n'était ni la volonté ni le métabolisme de repos : c'était la dépense spontanée, tous ces mouvements qu'on ne décide pas. Quand ils mangeaient plus, certains corps se mettaient à bouger davantage sans que la personne s'en aperçoive, et brûlaient l'excès. Les autres le stockaient.
Si vous n'arrivez pas à prendre du poids, vous êtes probablement du premier groupe. Ce n'est pas que vous ne mangez pas assez au sens absolu ; c'est que votre corps répond au surplus en dépensant plus. Le surplus que vous croyez créer est en partie annulé avant d'atteindre la balance.
Les jumeaux du NEJM : la part génétique
Après une période de référence de deux semaines, 12 paires de jumeaux monozygotes de sexe masculin ont été suralimentés de 1 000 kcal par jour, six jours par semaine, pendant 84 jours sur une période de 100 jours. L'excès total consommé par chaque homme était de 84 000 kcal. Pendant la suralimentation, les changements individuels de composition corporelle et de répartition du gras ont considérablement varié. La prise de poids moyenne était de 8,1 kg, mais l'étendue allait de 4,3 à 13,3 kg. La similarité au sein de chaque paire dans la réponse à la suralimentation était significative pour le poids, le pourcentage de gras, la masse grasse et le gras sous-cutané, avec environ trois fois plus de variance entre les paires qu'au sein des paires. Les auteurs concluent que l'explication la plus probable est que des facteurs génétiques sont impliqués, qui pourraient gouverner la tendance à stocker l'énergie sous forme de gras ou de tissu maigre.
Bouchard C, Tremblay A, Després JP, et al. N Engl J Med 1990;322(21):1477-1482. DOI : 10.1056/NEJM199005243222101
L'étude de Québec ajoute la pièce manquante : cette réponse au surplus n'est pas aléatoire. Pour un excès rigoureusement identique, un homme a pris 4,3 kg et un autre 13,3 kg, trois fois plus. Mais deux jumeaux identiques prenaient à peu près la même chose, et se ressemblaient encore davantage dans la façon dont le gras se répartissait. La tendance à dissiper ou à stocker est donc, au moins en partie, héritée. Vous n'avez pas choisi d'être un hardgainer, pas plus que d'autres n'ont choisi de stocker facilement.
Ce que le « métabolisme rapide » veut vraiment dire
L'expression est à moitié vraie, et la moitié fausse est celle qui compte. Ce qui varie chez le hardgainer, ce n'est pas son métabolisme de repos, l'énergie dépensée à ne rien faire, mais sa dépense non liée au repos, celle du mouvement. Une revue publiée dans Current Obesity Reports par l'université de Kiel le formule précisément : pendant la suralimentation, la dissipation d'énergie s'explique par l'adaptation de la seule composante non liée au repos. Autrement dit, le hardgainer ne brûle pas plus en dormant ; il bouge plus quand il mange plus, et il ne s'en rend pas compte.
Toutes les calculatrices de besoins caloriques partent du métabolisme de repos et y ajoutent un coefficient d'activité fixe. Elles ne peuvent pas voir que votre activité spontanée augmente quand vous mangez plus. Le surplus qu'elles vous donnent est donc correct pour quelqu'un qui stocke, et insuffisant pour vous. Ce n'est pas la calculatrice qui a tort, c'est son hypothèse.
Ce que ça change pour vous
La balance est la seule référence. Puisque votre dépense s'ajuste à votre apport d'une manière que personne ne peut prédire, le seul moyen de connaître votre vrai surplus est de le constater : peser chaque semaine, dans les mêmes conditions, et augmenter jusqu'à ce que le poids monte. Le chiffre de départ de la calculatrice n'est qu'un point de départ, souvent trop bas.
Un surplus plus élevé, mais toujours modéré une fois trouvé. Le hardgainer doit manger plus que les autres pour obtenir le même surplus net. Mais l'essai de Helms, détaillé dans notre guide du gainer, rappelle qu'un surplus trop rapide fait surtout du gras, même chez ceux qui s'entraînent. La cible est une prise lente, 0,25 à 0,5 % du poids par semaine ; ce qui change pour vous, c'est le nombre de calories nécessaires pour l'atteindre, pas la cible elle-même.
Le volume est le vrai obstacle. Manger 3 500 kcal quand l'appétit plafonne à 2 800 n'est pas un problème de volonté, c'est un problème d'estomac. La réponse est la densité : plus de calories dans moins de volume, oléagineux, huile d'olive, fromage, avocat, fruits secs, et des liquides, qui passent quand les solides ne passent plus. C'est précisément le rôle d'un gainer pour ce profil.
Le protocole du hardgainer
189 kcal, 32 g de glucides et 12,6 g de protéines par dose de 50 g dans 300 ml d'eau. Pour le palier que l'estomac refuse en solide : une dose entre deux repas, ajustée par demi-doses selon la balance, et comptée dans le total protéique. Le format conçu pour le profil de cet article, celui qui mange déjà et dont le poids ne monte pas.
Voir le Lean GainerNotre guide du gainer détaille pour qui il a un sens et pour qui la whey ou la nourriture suffisent.
Quand consulter
Une perte de poids inexpliquée, ou une maigreur qui résiste depuis des mois à un apport réellement élevé et suivi, accompagnée de fatigue, de troubles digestifs, diarrhées ou selles anormales, de soif et d'urines abondantes, de palpitations, de sueurs ou d'intolérance à la chaleur. Une thyroïde trop active, un diabète, une maladie cœliaque ou une autre malabsorption expliquent une partie des maigreurs résistantes, et elles se dépistent par une prise de sang. Le hardgainer en bonne santé n'a aucun de ces signes.
Questions fréquentes
Pourquoi certaines personnes ne prennent-elles pas de poids ?
Parce que leur corps dissipe l'excès. Une étude de la Mayo Clinic publiée dans Science a nourri seize volontaires non obèses de 1 000 kcal par jour au-dessus de leurs besoins pendant huit semaines. La prise de gras a varié du simple au décuple d'une personne à l'autre. Deux tiers de l'augmentation de la dépense énergétique venaient de la thermogenèse d'activité hors exercice, c'est-à-dire les gestes spontanés, le maintien de la posture, l'agitation, et les variations de cette dépense expliquaient les différences de stockage avec une corrélation de 0,77. Les auteurs concluent que face à un excès alimentaire, certaines personnes activent cette dépense et restent minces, d'autres non et stockent.
Le métabolisme rapide existe-t-il ?
Pas au sens d'un métabolisme de repos plus élevé : ce qui varie surtout, c'est la dépense liée à l'activité spontanée, pas le métabolisme de base. L'étude de Science a mesuré que deux tiers de la hausse de dépense sous suralimentation venaient de cette activité hors exercice. Une revue de Current Obesity Reports précise que pendant la suralimentation, la dissipation d'énergie s'explique uniquement par l'adaptation de la dépense non liée au repos. Le hardgainer n'a donc pas un moteur qui tourne plus vite au repos ; il bouge davantage sans s'en rendre compte quand il mange plus.
Est-ce génétique ?
En partie. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a suralimenté douze paires de jumeaux identiques de 1 000 kcal par jour, six jours sur sept, pendant 84 jours, soit 84 000 kcal d'excès au total. La prise de poids moyenne était de 8,1 kg, mais elle allait de 4,3 à 13,3 kg selon les individus. Les deux jumeaux d'une même paire réagissaient de façon semblable, avec trois fois plus de variance entre les paires qu'au sein des paires pour le poids et la masse grasse, et six fois plus pour la répartition du gras. Les auteurs concluent que des facteurs génétiques gouvernent la tendance à stocker l'énergie en gras ou en tissu maigre.
Comment prendre du poids quand on est maigre ?
En acceptant que la calculatrice sous-estime vos besoins. Si votre corps dissipe une partie du surplus par l'activité spontanée, un surplus théorique de 300 kcal peut ne rien donner sur la balance. La méthode est empirique : partir du surplus calculé, peser chaque semaine dans les mêmes conditions, et augmenter par paliers de 200 à 300 kcal tant que le poids ne monte pas, jusqu'à trouver le niveau où il monte lentement, autour de 0,25 à 0,5 % du poids par semaine. Avec un entraînement en résistance et des protéines vers 1,6 g par kilo, pour que ce poids soit du muscle.
Faut-il manger énormément pour prendre du poids ?
Non, il faut manger un peu plus que ce que votre corps dissipe, et c'est différent. L'essai de Helms montre qu'un très grand surplus fait surtout du gras, même chez ceux qui s'entraînent. Le hardgainer n'a pas besoin de se gaver ; il a besoin de trouver, par essais successifs, le surplus qui fait monter sa balance lentement. Ce surplus est souvent plus élevé que celui des autres, mais il reste un surplus modéré une fois trouvé. Le problème du hardgainer n'est pas la quantité théorique, c'est le volume alimentaire nécessaire pour y arriver quand l'appétit ne suit pas.
Comment manger plus quand on n'a pas faim ?
En densifiant plutôt qu'en augmentant le volume. Les aliments caloriquement denses, oléagineux, huile d'olive, fromage, avocat, fruits secs, apportent beaucoup dans peu de volume. Les liquides passent là où les solides ne passent plus : un gainer ou un smoothie calorique apporte 200 à 400 kcal sans le volume d'un repas. Manger plus souvent, cinq ou six prises au lieu de trois, répartit la charge. Et boire entre les repas plutôt que pendant, pour ne pas remplir l'estomac de liquide avant les aliments.
Un gainer est-il fait pour le hardgainer ?
C'est précisément le profil pour lequel il a un sens, comme le détaille notre guide du gainer. Le hardgainer a un problème calorique, pas protéique : il mange déjà, il s'entraîne, et la balance ne bouge pas parce que son corps dissipe et que son appétit plafonne. Un liquide de 189 kcal et 12,6 g de protéines passe là où un quatrième repas ne passe pas. Il se dose à la balance : une dose, puis une demi-dose de plus si le poids ne monte pas, en comptant ses protéines dans le total.
Quand consulter si on ne prend pas de poids ?
Si vous mangez réellement beaucoup depuis des mois, avec un suivi honnête, et que le poids baisse ou stagne malgré tout ; si la maigreur s'accompagne de fatigue, de troubles digestifs, de diarrhées, de selles anormales, de soif ou d'urines abondantes, de palpitations, de sueurs ou d'une intolérance à la chaleur. Une thyroïde trop active, un diabète, une maladie cœliaque ou une autre malabsorption expliquent une partie des maigreurs résistantes, et elles se dépistent par une prise de sang. Le hardgainer en bonne santé n'a pas ces signes : il a juste une balance têtue.
Que retenir quand on n'arrive pas à prendre du poids ?
Que la résistance à la prise de poids est réelle, mesurée dans Science, et qu'elle passe par l'activité spontanée qui dissipe l'excès. Qu'elle est en partie génétique, selon les jumeaux du NEJM. Que la calculatrice sous-estime donc vos besoins et que la balance seule dit la vérité. Qu'il faut augmenter par paliers jusqu'à une prise lente, pas se gaver. Que le volume est le vrai obstacle, et qu'un liquide calorique le contourne. Et que des signes associés à la maigreur relèvent d'un médecin.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Levine JA, Eberhardt NL, Jensen MD. Rôle de la thermogenèse d'activité hors exercice dans la résistance à la prise de gras chez l'humain. Science, 1999;283(5399):212-214. DOI
- Bouchard C, Tremblay A, Després JP, et al. La réponse à la suralimentation prolongée chez des jumeaux identiques. New England Journal of Medicine, 1990;322(21):1477-1482. DOI
- Müller MJ, Enderle J, Bosy-Westphal A. Changements de la dépense énergétique avec la prise et la perte de poids chez l'humain. Current Obesity Reports, 2016;5(4):413-423. DOI
- Helms ER, Spence AJ, Sousa C, et al. Effet de petits et grands surplus énergétiques sur la force, le muscle et les plis cutanés chez des individus entraînés en résistance. Sports Medicine - Open, 2023;9(1):102. DOI


