Jeûne intermittent : ce que les études montrent vraiment (et ce qu'elles ne montrent pas)

Par L'équipe Nutrition•pro
Jeûne intermittent : ce que les études montrent vraiment (et ce qu'elles ne montrent pas)
L'équipe Nutrition•pro
Mis à jour en août 2026
9 sources scientifiques vérifiées

Le jeûne intermittent est présenté depuis dix ans comme la méthode qui change tout : perdre du poids sans compter les calories, relancer son métabolisme, activer l'autophagie. Le problème, c'est que les meilleurs essais disponibles disent autre chose. En 2022, le New England Journal of Medicine publiait un essai d'un an chez 139 patients obèses comparant une fenêtre alimentaire de 8 h à 16 h avec restriction calorique, contre une restriction calorique seule. Résultat : 8,0 kg perdus d'un côté, 6,3 kg de l'autre, et une différence non significative. Autrement dit, le jeûne fonctionne parce qu'il fait manger moins, pas parce qu'il ferait fondre la graisse par un mécanisme propre.

Faut-il pour autant l'abandonner ? Non, et c'est ce qui rend le sujet intéressant. Il a deux atouts réels que le discours dominant noie sous les promesses : il simplifie la vie de beaucoup de gens en supprimant des décisions alimentaires, et il produit un bénéfice métabolique propre quand la fenêtre est placée tôt dans la journée, indépendamment de toute perte de poids. Ce guide passe en revue les protocoles, les résultats réels, la qualité des preuves, la question de la masse musculaire, ce qui casse ou non le jeûne, et surtout qui ne doit pas le pratiquer.

Programme Fasting Nutrition•pro, guide de jeûne intermittent
★ Un cadre, pas une promesse
Programme Fasting Nutrition•pro

Le jeûne intermittent échoue le plus souvent sur l'application, pas sur le principe : fenêtre mal placée, protéines insuffisantes, compensation le soir. Nos programmes femme et homme posent un cadre progressif, avec des repères de répartition et de protéines.

Progressif Protéines cadrées Version femme et homme
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En bref

Le jeûne intermittent fait perdre du poids, mais pas davantage qu'un déficit calorique classique : l'essai du New England Journal of Medicine sur douze mois ne retrouve aucune différence significative, l'essai TREAT sur le 16/8 sans autre consigne n'a produit qu'un kilo en douze semaines, et une méta-analyse de 24 essais conclut à une équivalence avec la restriction calorique ordinaire. La qualité globale des preuves est faible : sur 104 associations analysées dans une revue parapluie de 130 essais, une seule repose sur des preuves de haute qualité et 72 % sur des preuves très faibles. Deux bénéfices sont pourtant réels. D'abord la simplicité : moins de décisions alimentaires, donc une meilleure adhérence pour certains profils. Ensuite un effet métabolique propre lorsque la fenêtre est placée tôt : chez des hommes prédiabétiques, une fenêtre de six heures terminée avant 15 h a amélioré la sensibilité à l'insuline et la pression artérielle sans perte de poids. Le point faible est la masse maigre, qui diminue si les protéines et la musculation ne suivent pas. Et le jeûne est déconseillé en cas d'antécédent de trouble du comportement alimentaire, de grossesse, avant 18 ans, sous insuline, ou en cas de poids bas.

1,8kg
D'écart non significatif entre jeûne et restriction calorique sur 12 mois (NEJM 2022)
1% sur 104
Des associations reposent sur des preuves de haute qualité (revue parapluie)
38%
D'abandons dans le groupe jeûne alterné sur un an, contre 26 % chez les témoins
0kg
De perte de poids nécessaire pour améliorer la sensibilité à l'insuline avec une fenêtre précoce
i
Information santé. Cet article présente l'état des connaissances scientifiques sur le jeûne intermittent chez l'adulte en bonne santé. Il ne constitue pas un conseil personnalisé et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien. Le jeûne intermittent est déconseillé en cas d'antécédent de trouble du comportement alimentaire, de grossesse ou d'allaitement, avant 18 ans, en cas de poids bas, de diabète traité, ou de traitement nécessitant des prises alimentaires régulières. Si votre rapport à l'alimentation est source de souffrance, parlez-en à un professionnel de santé plutôt que d'entamer une restriction.

1. La réponse courte

À retenir
Le jeûne intermittent fait maigrir autant qu'un déficit calorique classique, ni plus ni moins. Il n'a pas d'effet magique sur le métabolisme. Ses deux vrais atouts sont la simplicité d'application et un bénéfice métabolique propre si la fenêtre est placée tôt. Son point faible est la masse musculaire.

Résumons ce que trente ans de recherche permettent d'affirmer, et ce qu'ils ne permettent pas.

Affirmation courante Ce que disent les essais
« Le jeûne fait maigrir plus qu'un régime classique » Faux. Aucune différence significative sur douze mois dans l'essai de référence, et équivalence dans les méta-analyses
« On peut manger ce qu'on veut dans la fenêtre » Faux. Le 16/8 sans consigne calorique n'a produit qu'un kilo en douze semaines
« Le jeûne relance le métabolisme » Non démontré. À calories égales, la dépense énergétique ne change pas selon l'horaire des repas
« Le jeûne améliore la santé métabolique » Vrai, sous conditions. Démontré avec une fenêtre précoce, même sans perte de poids
« Le jeûne est plus simple qu'un régime » Vrai pour certains. Moins de décisions à prendre, mais 38 % d'abandons sur un an en jeûne alterné
« Le jeûne préserve la masse musculaire » Faux par défaut. Perte de masse maigre observée, sauf si protéines et musculation suivent

La conclusion pratique est libératrice plutôt que décevante : si le jeûne intermittent vous convient, s'il simplifie vos journées et vous aide à manger moins sans y penser, c'est une excellente méthode. S'il vous rend obsédé par l'heure, irritable ou sujet aux compulsions le soir, aucune donnée ne justifie de persévérer. Le meilleur schéma alimentaire est celui que vous tenez sans souffrir, et ce n'est pas une formule de consolation, c'est ce que montrent les taux d'abandon des essais.

2. Les protocoles comparés : 16/8, 14/10, 5:2, jeûne alterné

À retenir
Quatre familles principales, des écarts faibles entre elles. Le jeûne alterné arrive en tête d'une méta-analyse en réseau, le 16/8 est le plus pratiqué, le 14/10 le plus accessible pour débuter. Le critère décisif n'est pas l'efficacité théorique mais l'adhérence.
Protocole Principe Pour qui
12/12 12 heures de jeûne, 12 heures de fenêtre, par exemple 20 h à 8 h Le point de départ raisonnable, souvent proche de ce que vous faites déjà. Idéal pour tester sans contrainte
14/10 14 heures de jeûne, fenêtre de 10 heures, par exemple 20 h à 10 h Le meilleur compromis pour débuter durablement, et déjà suffisant pour observer des effets métaboliques
16/8 16 heures de jeûne, fenêtre de 8 heures, souvent 12 h à 20 h Le plus populaire, revient souvent à supprimer le petit-déjeuner. Efficace si les calories suivent, décevant sinon
5:2 Alimentation normale 5 jours, apports très réduits (environ 500 à 600 kcal) 2 jours non consécutifs Ceux qui préfèrent deux journées difficiles à une contrainte quotidienne. Demande de la rigueur les jours réduits
Jeûne alterné Un jour à environ 25 % des besoins, un jour normal, en alternance Classé en tête d'une méta-analyse en réseau, mais c'est aussi celui qui produit le plus d'abandons
23/1 (un repas par jour) Un seul repas quotidien, fenêtre d'une heure Très peu de données, apports en protéines et en micronutriments difficiles à couvrir. Nous ne le recommandons pas

Que dit la comparaison directe ? Une méta-analyse en réseau portant sur 24 essais randomisés et 1 768 participants a classé le jeûne alterné devant la restriction calorique classique, elle-même devant l'alimentation en fenêtre restreinte. Mais les auteurs concluent surtout que le jeûne intermittent aboutit à une perte de poids comparable à la restriction calorique (différence moyenne de 0,26 kg, non significative), et que l'adhérence dépasse généralement 80 % dans les essais de moins de trois mois (Elortegui Pascual, Obesity, 2022). Le classement existe donc, mais les écarts sont trop faibles pour choisir sur cette base.

Le critère réellement discriminant apparaît dans l'essai sur un an : chez 100 adultes obèses, le taux d'abandon était de 38 % dans le groupe jeûne alterné, contre 29 % en restriction calorique et 26 % dans le groupe témoin. Et les participants au jeûne alterné mangeaient plus que prévu les jours de jeûne et moins que prévu les jours de festin, ce qui traduit la difficulté réelle du schéma (Trepanowski, JAMA Internal Medicine, 2017).

3. Comment faire concrètement quand on débute

À retenir
Mesurez d'abord votre fenêtre actuelle, souvent 14 à 16 heures sans le savoir. Réduisez d'une heure par semaine, en avançant le dîner plutôt qu'en repoussant le petit-déjeuner. Visez 14/10 avant d'envisager plus. Et gardez vos protéines.
Le démarrage progressif, semaine par semaine
Semaine 0
Mesurez sans rien changer. Notez pendant trois jours l'heure de votre première et de votre dernière prise alimentaire, en comptant le café au lait et le grignotage du soir. La plupart des gens découvrent une fenêtre de 14 à 16 heures.
Semaines 1-2
Ramenez la fenêtre à 12 heures en avançant le dernier repas. Si vous dîniez à 21 h et grignotiez à 22 h 30, l'objectif est simplement de fermer la cuisine après le dîner.
Semaines 3-4
Passez à 14/10, par exemple 9 h à 19 h. C'est déjà le niveau où des effets métaboliques sont observés, et il reste compatible avec une vie sociale normale.
Semaine 5 et au-delà
N'allez plus loin que si vous vous sentez bien. Le 16/8 n'est pas un objectif à atteindre, c'est une option parmi d'autres. Si le 14/10 vous convient, restez-y.
En continu
Protégez trois choses : vos protéines, 1,6 à 2 g par kilo de poids corporel, votre hydratation, et votre entraînement en résistance. Ce sont elles qui déterminent si vous perdez de la graisse ou du muscle.

Trois erreurs classiques méritent d'être signalées. La première est de compenser dans la fenêtre : sauter le petit-déjeuner puis manger davantage le midi et le soir annule le déficit, et c'est exactement ce qu'a mesuré l'essai TREAT, où aucune différence d'apport énergétique n'a été retrouvée entre les groupes. La deuxième est de négliger les protéines, plus difficiles à atteindre sur une fenêtre courte. La troisième est de traiter un écart comme un échec : un dîner tardif entre amis ne ruine rien, et l'obsession de la fenêtre est un signal d'alarme plutôt qu'un gage de sérieux.

4. Perte de poids : ce que montrent réellement les essais

À retenir
Sur douze mois, 8,0 kg contre 6,3 kg en faveur du jeûne, mais l'écart n'est pas significatif. Sur douze semaines sans consigne calorique, moins d'un kilo. Les méta-analyses concluent à l'équivalence avec un déficit calorique classique. Le jeûne marche quand il fait manger moins.

Voici l'essai qui a le plus fait bouger le consensus, parce qu'il est long, contrôlé, et publié dans la revue médicale la plus exigeante.

Essai randomisé, 139 patients obèses, 12 mois

Cent trente-neuf patients obèses ont été répartis par tirage au sort entre une alimentation en fenêtre restreinte (repas uniquement entre 8 h et 16 h) associée à une restriction calorique, et une restriction calorique quotidienne seule. Pendant douze mois, tous les participants suivaient un régime de 1 500 à 1 800 kcal par jour pour les hommes et de 1 200 à 1 500 kcal pour les femmes. La perte de poids moyenne à douze mois était de moins 8,0 kg dans le groupe fenêtre restreinte et de moins 6,3 kg dans le groupe restriction calorique quotidienne. Les variations de poids n'étaient pas significativement différentes entre les deux groupes (différence nette de moins 1,8 kg ; p = 0,11). Les résultats concernant le tour de taille, l'indice de masse corporelle, la masse grasse, la masse maigre, la pression artérielle et les facteurs de risque métaboliques allaient dans le même sens. Chez les patients obèses, un schéma d'alimentation en fenêtre restreinte n'était pas plus bénéfique que la restriction calorique quotidienne.

Liu D, Huang Y, Huang C, et al. N Engl J Med 2022;386(16):1495-1504. DOI : 10.1056/NEJMoa2114833

Notez le détail qui compte : dans cet essai, les deux groupes suivaient une restriction calorique. Le jeûne n'était donc pas testé comme méthode miracle mais comme complément d'un déficit, et il n'a rien ajouté de significatif. Que se passe-t-il quand on teste le jeûne sans consigne calorique, comme le pratiquent la plupart des gens ?

Essai randomisé TREAT, 116 adultes en surpoids ou obèses, 12 semaines

Les participants du groupe alimentation en fenêtre restreinte devaient manger à volonté entre 12 h et 20 h et s'abstenir de tout apport calorique de 20 h à 12 h le lendemain ; le groupe témoin devait prendre trois repas structurés par jour. Il y a eu une diminution significative du poids dans le groupe fenêtre restreinte (moins 0,94 kg), mais pas de variation significative dans le groupe témoin (moins 0,68 kg), ni entre les groupes (moins 0,26 kg ; p = 0,63). Dans le sous-groupe évalué en personne, une différence significative de l'indice de masse maigre appendiculaire est apparue entre les groupes. Aucune différence n'a été observée sur les apports énergétiques estimés. L'alimentation en fenêtre restreinte, en l'absence d'autres interventions, n'est pas plus efficace pour la perte de poids que le fait de manger tout au long de la journée.

Lowe DA, Wu N, Rohdin-Bibby L, et al. JAMA Intern Med 2020;180(11):1491-1499. DOI : 10.1001/jamainternmed.2020.4153

Moins d'un kilo en trois mois, et une perte de masse maigre des membres : c'est le résultat du 16/8 pratiqué comme on le pratique réellement, sans compter. Les synthèses confirment ce tableau. Une méta-analyse de six essais retrouve un jeûne nettement supérieur à l'absence d'intervention (moins 4,14 kg) mais équivalent à la restriction calorique continue (moins 1,03 kg, non significatif) (Harris, JBI, 2018). Une autre, comparant jeûne et restriction calorique continue, retrouve un très léger avantage au jeûne sur le poids, sans différence sur l'indice de masse corporelle (Zhang, Nutrients, 2022).

Comment lire ces résultats sans se décourager

« Pas mieux qu'un déficit calorique » n'est pas « inutile ». Cela signifie que le jeûne intermittent est une façon parmi d'autres de créer un déficit, et qu'il vaut ce que vaut votre capacité à le tenir. Pour quelqu'un qui grignote du réveil au coucher, fermer la cuisine à 20 h peut retirer 400 kcal par jour sans le moindre calcul. Pour quelqu'un qui compense en doublant les portions du soir, il ne retire rien. La méthode n'a pas de vertu propre : elle a une efficacité personnelle, ce qui est très différent.

5. Que vaut la science du jeûne intermittent ?

À retenir
Sur 104 associations analysées dans 130 essais, une seule repose sur des preuves de haute qualité et 72 % sur des preuves très faibles. Les essais sont petits, avec une médiane de 38 participants, et courts, avec une médiane de trois mois. C'est prometteur, ce n'est pas établi.

Cette section est celle qu'aucun article français ne fait, et c'est probablement la plus utile.

Revue parapluie, 11 méta-analyses, 130 essais randomisés

Onze méta-analyses comprenant 130 essais randomisés ont été incluses, avec une taille médiane d'échantillon de 38 participants et une durée médiane de suivi de 3 mois, décrivant 104 associations différentes entre types de jeûne intermittent et critères de santé liés à l'obésité. Vingt-huit associations (27 %) étaient statistiquement significatives, montrant des résultats favorables sur l'indice de masse corporelle, le poids, la masse grasse, le LDL, le cholestérol total, les triglycérides, la glycémie à jeun, l'insulinémie, l'insulinorésistance et la pression artérielle. Le jeûne intermittent était associé à une réduction de la masse maigre. Une seule association significative (1 %), soutenue par des preuves de haute qualité, concernait le jeûne alterné modifié pendant un à deux mois. Six associations (6 %) reposaient sur des preuves de qualité modérée. Les associations restantes reposaient sur des preuves de très faible qualité (75 associations, soit 72 %) à faible qualité (22 associations, soit 21 %).

Patikorn C, Roubal K, Veettil SK, et al. JAMA Netw Open 2021;4(12):e2139558. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2021.39558

Trois enseignements en découlent. D'abord, les effets favorables existent : 27 % des associations sont significatives, et elles couvrent des paramètres qui comptent, du tour de taille à la glycémie. Ensuite, la certitude est faible : quand 72 % des résultats reposent sur des preuves de très faible qualité, cela signifie qu'un essai mieux conduit pourrait les renverser. Enfin, un signal défavorable traverse l'ensemble : la réduction de la masse maigre, que nous traitons en section 10.

Pourquoi ces essais sont-ils si fragiles ? Parce que la recherche en nutrition est difficile et peu financée. Trente-huit participants et trois mois, c'est le format d'une étude universitaire sans grand budget, alors qu'un essai médicamenteux en compte des milliers sur des années. Cela n'invalide rien, mais cela impose une modestie que le marketing du jeûne n'a jamais eue.

6. Le vrai bénéfice : l'effet métabolique de la fenêtre précoce

À retenir
Chez des hommes prédiabétiques nourris pour maintenir leur poids, une fenêtre de six heures terminée avant 15 h a amélioré la sensibilité à l'insuline, la réponse pancréatique, la pression artérielle et le stress oxydatif. Sans perte de poids. C'est la démonstration que l'horaire compte en soi.

Si le jeûne intermittent avait un seul argument scientifique à faire valoir, ce serait celui-ci. L'idée des chercheurs était simple et astucieuse : nourrir suffisamment les participants pour qu'ils ne perdent pas de poids, afin de savoir si les bénéfices du jeûne viennent réellement du jeûne ou seulement de l'amaigrissement qu'il provoque.

Essai contrôlé en alimentation supervisée, hommes prédiabétiques

Le jeûne intermittent améliore la santé cardiométabolique, mais on ignore si ces effets sont uniquement dus à la perte de poids. Les auteurs ont conduit le premier essai contrôlé en alimentation supervisée destiné à tester si le jeûne intermittent a des bénéfices indépendants de la perte de poids, en fournissant aux participants assez d'aliments pour maintenir leur poids. Des hommes prédiabétiques ont été randomisés entre une alimentation en fenêtre restreinte précoce (fenêtre de 6 heures, dîner terminé avant 15 h) et un schéma témoin (fenêtre de 12 heures) pendant 5 semaines, avec permutation ultérieure. La fenêtre restreinte précoce a amélioré la sensibilité à l'insuline, la réponse des cellules bêta, la pression artérielle, le stress oxydatif et l'appétit. Les auteurs démontrent pour la première fois chez l'humain que ce schéma améliore certains aspects de la santé cardiométabolique et que les effets du jeûne intermittent ne sont pas uniquement dus à la perte de poids.

Sutton EF, Beyl R, Early KS, Cefalu WT, Ravussin E, Peterson CM. Cell Metab 2018;27(6):1212-1221. DOI : 10.1016/j.cmet.2018.04.010

Ce résultat change la façon de penser le sujet. Le jeûne intermittent n'est pas une méthode d'amaigrissement supérieure, mais il pourrait être un outil de synchronisation circadienne : manger quand l'organisme est le mieux préparé à traiter les nutriments, c'est-à-dire dans la première partie de la journée, plutôt que tard le soir où la tolérance au glucose est physiologiquement plus basse.

Deux réserves d'honnêteté. L'essai porte sur un petit effectif d'hommes prédiabétiques, et rien ne garantit que ces résultats se transposent à une femme en bonne santé. Et une fenêtre de six heures terminée à 15 h est socialement très contraignante : dîner avant 15 h supprime le repas du soir, ce que peu de gens tiendront. La leçon exploitable est plus modeste et plus applicable : avancer sa fenêtre, ne serait-ce que de deux heures, a probablement plus de valeur que de la raccourcir davantage.

Le cadre plutôt que la promesse
Ce qui décide du résultat, c'est l'application

Fenêtre mal placée, protéines insuffisantes, compensation le soir : le jeûne échoue presque toujours sur ces trois points, jamais sur le principe. Nos programmes Fasting, en version femme et homme, posent un cadre progressif avec des repères concrets de répartition et d'apports en protéines.

Découvrir la collection jeûne intermittent →

Pour les apports en protéines sur une fenêtre courte, voyez notre dossier whey et protéines et notre collection protéines et acides aminés.

7. Faim et répartition des calories dans la journée

À retenir
À calories égales, charger le matin plutôt que le soir ne change ni la dépense énergétique ni le poids, mais réduit significativement la faim. Le petit-déjeuner copieux ne fait pas maigrir davantage : il rend le déficit plus supportable.

Voilà un autre résultat qui déjoue les attentes, et qui a une valeur pratique immédiate.

Essai randomisé en cross-over, 30 sujets en surpoids ou obèses

Trente sujets en surpoids ou obèses ont suivi deux régimes amaigrissants de quatre semaines, à apport calorique restreint mais identique entre les deux, l'un chargé le matin et l'autre le soir (45 %, 35 % et 20 % des calories au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner, contre 20 %, 35 % et 45 %). Les auteurs ne mettent en évidence aucune différence de dépense énergétique totale quotidienne ni de métabolisme de repos liée à la répartition des calories, ni aucune différence de perte de poids. Les participants suivant le régime chargé le matin ont rapporté une faim significativement plus faible. Ainsi, une prise chargée le matin, un grand petit-déjeuner, pourrait faciliter l'observance d'un régime amaigrissant grâce à une plus forte suppression de l'appétit.

Ruddick-Collins LC, Morgan PJ, Fyfe CL, et al. Cell Metab 2022;34(10):1472-1485. DOI : 10.1016/j.cmet.2022.08.001

Ce que cela signifie pour vous : le mythe du « petit-déjeuner qui relance le métabolisme » est faux, la dépense énergétique ne bouge pas. Mais l'avantage existe ailleurs, dans la tolérance à la restriction. Or l'adhérence est précisément le facteur qui détermine si un régime fonctionne à six mois. Un schéma qui vous laisse moins affamé pour le même déficit est objectivement supérieur, même si la balance ne fait pas la différence en quatre semaines.

Cette donnée entre en tension directe avec la pratique la plus répandue du 16/8, qui consiste à sauter le petit-déjeuner. C'est le sujet de la section suivante.

8. Jeûner le matin ou le soir ?

À retenir
Les données penchent pour une fenêtre placée tôt, donc pour un jeûne du soir. Sauter le petit-déjeuner et dîner tard, la pratique la plus courante, est probablement la version la moins favorable. Mais un schéma tenu vaut mieux qu'un schéma optimal abandonné.

Les deux sections précédentes convergent vers la même conclusion : le bénéfice métabolique est démontré avec une fenêtre précoce, et la faim est mieux contrôlée quand les calories sont chargées le matin. La physiologie va dans le même sens, la tolérance au glucose étant meilleure le matin que le soir, et la sécrétion de mélatonine en soirée interférant avec la réponse insulinique.

Schéma Ce qu'en disent les données
Fenêtre précoce, 8 h à 16 h Le plus favorable métaboliquement, testé dans l'essai du NEJM et proche du protocole de Sutton. Contrainte sociale forte : pas de dîner
Fenêtre médiane, 10 h à 19 h Le compromis réaliste : petit-déjeuner tardif ou brunch, dîner tôt, compatible avec une vie normale
Fenêtre tardive, 12 h à 20 h Le 16/8 le plus pratiqué. Fonctionne pour créer un déficit, mais c'est la version testée dans TREAT avec moins d'un kilo de résultat
Fenêtre très tardive, 14 h à 22 h La moins favorable : dîner tardif, tolérance au glucose moindre, et souvent grignotage devant les écrans

Faut-il pour autant reprendre un petit-déjeuner si vous n'avez pas faim le matin ? Non. L'absence de faim matinale est fréquente et parfaitement normale, en particulier chez ceux qui dînent tard. La question à se poser est plutôt l'inverse : et si vous avanciez votre dîner ? Beaucoup de gens découvrent que dîner à 19 h plutôt qu'à 21 h fait revenir la faim du matin en quelques jours, ce qui rend le schéma précoce accessible sans effort de volonté.

Une réserve importante pour terminer : ces recommandations valent pour des horaires de vie ordinaires. Si vous travaillez de nuit ou en horaires décalés, la logique circadienne se complique et aucun protocole standard ne s'applique tel quel. Dans ce cas, la régularité des horaires compte davantage que leur placement.

9. Ce qui casse le jeûne : café, thé, édulcorants

À retenir
Eau, café noir, thé et infusions sans sucre ne rompent pas le jeûne. Le lait, le sucre, le miel et les jus le rompent. Les édulcorants font débat et déclenchent l'appétit chez certains. Et surtout : ce qui compte pour le poids, c'est le total calorique de la journée.
Boisson ou apport Rompt le jeûne ? Précision
Eau, plate ou gazeuse Non Aucune calorie. L'hydratation est même à surveiller pendant la phase de jeûne
Café noir sans sucre Non Deux à cinq calories par tasse, négligeable. La caféine peut même atténuer la faim
Thé, infusions sans sucre Non Même logique. Utile pour occuper le rituel du matin
Café au lait, cappuccino Oui Un nuage de lait apporte peu, un cappuccino apporte 80 à 150 kcal
Sucre, miel, sirop Oui Apport calorique et réponse insulinique immédiate
Jus de fruits, sodas Oui Y compris les jus pressés maison
Édulcorants, sodas light Débattu Pas de calories, mais une réponse d'appétit chez certaines personnes. À tester individuellement
Compléments en gélules Non en pratique Apport calorique nul, mais beaucoup s'absorbent mieux avec un repas : préférez la fenêtre alimentaire
Acides aminés, BCAA Oui, techniquement Apport calorique et signal anabolique. À placer dans la fenêtre, sauf usage sportif encadré

Un cadrage utile pour finir : la question « est-ce que ça casse mon jeûne ? » occupe une place démesurée dans les discussions, alors qu'elle est secondaire pour la perte de poids. Ce qui détermine le résultat, c'est le total calorique de la journée et la qualité globale de l'alimentation. Si un nuage de lait dans votre café à 9 h vous permet de tenir jusqu'à midi sans grignoter, il est très largement rentable. La pureté théorique du jeûne n'intéresse que ceux qui visent des mécanismes cellulaires dont l'existence chez l'humain, aux durées pratiquées, n'est pas démontrée.

10. Masse musculaire : le point faible documenté

À retenir
La revue parapluie associe le jeûne intermittent à une réduction de la masse maigre, et l'essai TREAT a mesuré une baisse de la masse maigre des membres. La cause probable est un déficit protéique lié à la fenêtre courte. Trois mesures corrigent le problème.

C'est le seul signal défavorable constant de toute la littérature, et il mérite d'être pris au sérieux, en particulier après 50 ans où la masse musculaire conditionne l'autonomie future.

Le mécanisme est probablement simple. Manger sur huit heures au lieu de quatorze réduit mécaniquement le nombre d'occasions d'apporter des protéines, et la synthèse musculaire répond à des prises réparties plutôt qu'à un apport unique massif. Ajoutez un déficit calorique et une activité physique inchangée, et la balance penche vers la perte de muscle en même temps que de graisse.

Les trois mesures qui protègent le muscle
Protéines
1,6 à 2 g par kilogramme de poids corporel et par jour, ce qui représente 110 à 140 g pour une personne de 70 kg. Sur une fenêtre de huit heures, cela demande d'y penser à chaque repas plutôt que d'espérer y arriver par hasard.
Répartition
Au moins deux prises importantes, idéalement trois, de 30 à 40 g de protéines chacune. Une fenêtre courte ne dispense pas de répartir : elle rend l'exercice plus exigeant.
Résistance
Deux à trois séances de musculation par semaine, même légères. C'est le signal qui indique à l'organisme que le muscle doit être conservé pendant le déficit. Sans lui, aucun apport protéique ne suffit.

Pour les détails sur les apports, les sources et la répartition, notre dossier sur la whey et les protéines et notre article comment prendre du muscle donnent les repères chiffrés. Et si vous vous entraînez, la créatine est le complément le mieux documenté pour préserver la performance pendant un déficit.

11. Qui ne doit pas pratiquer le jeûne intermittent

À retenir
Antécédent de trouble du comportement alimentaire, grossesse et allaitement, moins de 18 ans, poids bas, diabète traité par insuline ou sulfamides, personne âgée fragile, traitement nécessitant des prises régulières. Dans ces situations, le jeûne n'est pas une option à tester seul.
Le jeûne intermittent est déconseillé si

Vous avez ou avez eu un trouble du comportement alimentaire, anorexie, boulimie, hyperphagie, ou si votre rapport à l'alimentation est source de souffrance. Toute restriction encadrée par des règles horaires peut réactiver des mécanismes de contrôle, de compensation et de culpabilité. C'est la contre-indication la plus importante de cette liste, et la moins souvent mentionnée.

Vous êtes enceinte ou vous allaitez. Les besoins énergétiques et en micronutriments sont augmentés et continus ; aucune donnée ne soutient une restriction horaire dans ces périodes.

Vous avez moins de 18 ans. La croissance impose des apports réguliers, et l'installation de règles restrictives à cet âge comporte un risque psychologique documenté.

Votre poids est bas ou vous êtes en dénutrition, avec un indice de masse corporelle inférieur à 18,5, ou après une perte de poids involontaire.

Vous êtes diabétique et traité par insuline ou par sulfamides hypoglycémiants, en raison du risque d'hypoglycémie pendant les phases de jeûne. Un diabète traité par metformine seule pose moins de problèmes, mais la décision revient au médecin.

Vous êtes une personne âgée fragile, chez qui la perte de masse musculaire et le risque de dénutrition dépassent tout bénéfice attendu.

Vous prenez un traitement nécessitant une prise alimentaire régulière, ou dont l'horaire est contraint. Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien avant de modifier vos horaires de repas.

Un mot sur le signal d'alerte le plus utile à connaître, parce qu'il ne figure sur aucune liste officielle : si vous vous surprenez à vous sentir coupable d'avoir mangé en dehors de la fenêtre, à repousser des repas partagés pour respecter un horaire, ou à compenser un écart par un jeûne plus long le lendemain, arrêtez. Ces comportements ne sont pas de la rigueur, ce sont les premiers signes d'un rapport dégradé à l'alimentation, et ils justifient d'en parler à un professionnel de santé.

12. Spécificités féminines

À retenir
Pas de contre-indication propre au sexe féminin chez la femme en bonne santé, mais des données moins nombreuses et un signal à surveiller : un cycle qui se dérègle traduit un déficit énergétique excessif, pas un effet du jeûne en soi.

Deux nuances méritent d'être connues, sans dramatiser ni minimiser.

La première est méthodologique : les essais sur le jeûne intermittent incluent souvent moins de femmes que d'hommes, et publient rarement des analyses distinctes par sexe. L'essai de référence sur la sécurité métabolique de la fenêtre précoce, par exemple, ne portait que sur des hommes. Les recommandations issues de cette littérature s'appliquent donc aux femmes par extrapolation, ce qui est courant en nutrition mais mérite d'être dit.

La seconde est clinique : des perturbations du cycle menstruel sont rapportées par des pratiquantes, en particulier lorsque la restriction est marquée ou associée à un entraînement intensif. Le mécanisme le plus probable n'est pas le jeûne en lui-même mais le déficit énergétique relatif, c'est-à-dire un apport insuffisant au regard de la dépense, qui met en veille des fonctions coûteuses dont la reproduction. C'est un phénomène bien décrit chez les sportives, et il constitue un signal d'arrêt, pas un détail.

En pratique : un cycle qui s'allonge, s'espace ou disparaît, une fatigue persistante, une chute des cheveux, une frilosité inhabituelle ou une baisse de la libido sous jeûne intermittent doivent conduire à élargir la fenêtre, augmenter les apports et consulter. Ces signes ne se corrigent pas en persévérant.

13. Par où commencer, et comment juger

À retenir
Commencez par 12/12, avancez la fenêtre plutôt que de la raccourcir, protégez vos protéines et gardez la musculation. Jugez à six semaines, et pas seulement sur le poids : la faim, l'énergie et la facilité à tenir comptent autant.
Votre situation, la bonne réponse
Vous grignotez du matin au soir sans vraiment compter
C'est le profil pour lequel le jeûne est le plus utile : fermer la cuisine après le dîner peut retirer plusieurs centaines de calories sans aucun calcul. Commencez par 12/12.
Vous voulez un effet métabolique, pas seulement perdre du poids
Avancez votre fenêtre plutôt que de la raccourcir : dîner à 19 h au lieu de 21 h vaut probablement mieux que de gagner deux heures de jeûne le matin.
Vous vous entraînez et tenez à votre masse musculaire
Fenêtre pas trop courte, 1,6 à 2 g de protéines par kilo, deux prises importantes minimum, musculation maintenue. Sans cela, vous perdrez du muscle avec la graisse.
Vous avez déjà essayé et abandonné plusieurs fois
Ce n'est pas un manque de volonté : 38 % des participants abandonnent en un an dans les essais. Essayez une fenêtre plus large, ou une autre approche : le jeûne n'a aucune supériorité à défendre.
Vous pensez sans arrêt à l'heure du prochain repas ou vous culpabilisez d'un écart
Arrêtez. Ce signal prime sur tout résultat de balance, et il mérite d'en parler à un professionnel de santé.
Vous êtes enceinte, mineur, diabétique traité, de poids bas, ou avez un antécédent de trouble alimentaire
Le jeûne intermittent n'est pas pour vous, et aucun aménagement ne change cela sans avis médical.

Comment juger à six semaines ? Regardez quatre choses plutôt qu'une. Le poids, bien sûr, mais en sachant qu'une variation de un à deux kilos peut être de l'eau. Le tour de taille, plus fiable que la balance sur la graisse abdominale. La faim : diminue-t-elle, ou passez-vous vos matinées à y penser ? Et l'énergie : entraînements, concentration, humeur. Si les deux derniers points se dégradent, le schéma ne vous convient pas, quelle que soit la courbe de poids.

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Le jeûne échoue sur l'application, pas sur le principe

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Profil A : c'est le meilleur usage du jeûne

Vous êtes exactement le profil pour lequel le jeûne intermittent apporte quelque chose. Non pas parce qu'il aurait une vertu métabolique magique, mais parce qu'il supprime des décisions : fermer la cuisine après le dîner retire souvent plusieurs centaines de calories quotidiennes sans le moindre calcul. Commencez par 12/12 en avançant le dernier repas, puis 14/10 après deux semaines si vous vous sentez bien. N'allez pas plus loin par principe. Gardez vos protéines, buvez normalement, et jugez à six semaines sur la faim et l'énergie autant que sur le poids.

Profil B : vous compensez probablement dans la fenêtre

C'est l'explication la plus fréquente, et elle est documentée : dans l'essai TREAT, le 16/8 pratiqué sans consigne calorique n'a produit que 0,94 kg en douze semaines, et les apports énergétiques ne différaient pas du groupe témoin. Autrement dit, les participants mangeaient autant, simplement plus tard. Deux pistes concrètes : vérifiez votre apport réel pendant quelques jours, sans jugement, et essayez d'avancer votre fenêtre plutôt que de la raccourcir, ce qui améliore le contrôle de la faim. Si rien ne bouge après six semaines, le jeûne n'est peut-être pas votre outil : notre article combien de calories par jour pour maigrir donne une autre entrée.

Profil C : votre crainte est fondée, et gérable

C'est le seul signal défavorable constant de la littérature : la revue parapluie associe le jeûne intermittent à une réduction de la masse maigre, et l'essai TREAT a mesuré une baisse de la masse maigre des membres. Trois mesures suffisent à corriger le tir. Visez 1,6 à 2 g de protéines par kilo de poids corporel malgré la fenêtre réduite, ce qui demande d'y penser à chaque repas. Répartissez-les sur au moins deux prises de 30 à 40 g. Et maintenez deux à trois séances de résistance par semaine : c'est le signal qui dit à l'organisme de conserver le muscle. Une fenêtre de 14/10 est plus confortable qu'un 16/8 pour y arriver.

Profil D : arrêtez, et parlez-en

Ce que vous décrivez est plus important que n'importe quel résultat sur la balance. Penser en permanence à l'heure du prochain repas, culpabiliser d'avoir mangé en dehors de la fenêtre, compenser un écart par un jeûne plus long : ce ne sont pas des signes de rigueur, ce sont des signaux d'un rapport à l'alimentation qui se dégrade. Le jeûne intermittent n'a aucune supériorité démontrée sur un simple déficit calorique, il n'y a donc rien à sacrifier en l'abandonnant. Élargissez votre fenêtre, remangez normalement, et parlez-en à votre médecin ou à un diététicien : c'est une démarche utile et banale, pas un aveu d'échec.

Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

Questions fréquentes sur le jeûne intermittent

Le jeûne intermittent fait-il vraiment maigrir ?

Il fait maigrir, mais pas plus qu'un déficit calorique classique, et c'est le point que la plupart des articles omettent. L'essai le plus solide, publié dans le New England Journal of Medicine en 2022, a suivi 139 patients obèses pendant douze mois : le groupe qui mangeait entre 8 h et 16 h avec restriction calorique a perdu 8,0 kg, contre 6,3 kg pour la restriction calorique seule, une différence non significative. Un autre essai américain sur le 16/8 sans autre consigne n'a produit qu'un kilo de perte en douze semaines, sans différence avec le groupe témoin. Le jeûne fonctionne quand il crée un déficit calorique, pas par magie horaire.

Quel est le meilleur protocole de jeûne intermittent ?

Celui que vous tiendrez. Une méta-analyse en réseau de 24 essais et 1 768 participants a classé le jeûne alterné en tête, devant la restriction calorique classique et l'alimentation en fenêtre restreinte, mais les écarts entre méthodes sont faibles et non significatifs face à une restriction calorique ordinaire. Le 16/8 est le plus populaire parce qu'il revient souvent à sauter le petit-déjeuner, le 14/10 est plus accessible pour débuter, le 5:2 convient à ceux qui préfèrent deux journées difficiles plutôt qu'une contrainte quotidienne. Le taux d'abandon compte plus que le protocole : dans l'essai sur un an, 38 % des participants au jeûne alterné ont abandonné.

Comment faire un jeûne intermittent quand on débute ?

Progressivement, en partant de ce que vous faites déjà. Repérez votre fenêtre alimentaire actuelle, par exemple 7 h à 22 h, soit quinze heures, puis réduisez-la d'une heure toutes les semaines, en avançant le dernier repas plutôt qu'en repoussant le premier. Visez d'abord 12/12, puis 14/10, et n'allez au-delà que si vous vous sentez bien. Gardez vos apports en protéines, buvez normalement, et conservez votre activité physique. Si les premiers jours provoquent des maux de tête ou une irritabilité marquée, élargissez la fenêtre : ce n'est pas un échec, c'est un ajustement.

Vaut-il mieux jeûner le matin ou le soir ?

Les données disponibles penchent en faveur d'une fenêtre alimentaire placée tôt, donc d'un jeûne du soir plutôt que du matin. Un essai contrôlé mené chez des hommes prédiabétiques, avec un dîner terminé avant 15 h, a amélioré la sensibilité à l'insuline, la pression artérielle et le stress oxydatif sans aucune perte de poids. Un autre travail a montré qu'à calories égales, charger le matin plutôt que le soir ne change ni la dépense énergétique ni le poids, mais réduit nettement la sensation de faim. Sauter le petit-déjeuner pour dîner tard est donc probablement la version la moins favorable, même si elle est la plus pratiquée.

Le café casse-t-il le jeûne intermittent ?

Un café noir sans sucre n'apporte pratiquement aucune calorie et ne rompt pas le jeûne au sens pratique du terme. Il en va de même pour le thé, les infusions et l'eau, plate ou gazeuse. Ce qui rompt le jeûne, c'est l'apport calorique : lait, crème, sucre, miel, sirop, jus, mais aussi les grandes quantités d'édulcorants pour certaines personnes sensibles, qui peuvent déclencher une réponse d'appétit. Le débat sur les édulcorants et le jeûne reste ouvert scientifiquement. En pratique, si votre objectif est la perte de poids, ce qui compte est le total calorique de la journée, pas la pureté théorique du jeûne.

Combien d'heures faut-il jeûner pour que ce soit efficace ?

Il n'existe pas de seuil magique validé. Les protocoles étudiés vont de 12 à 20 heures de jeûne quotidien, et les essais ne montrent pas qu'allonger la durée améliore proportionnellement les résultats. Ce qui ressort des données est plus utile : une fenêtre de 8 à 10 heures est déjà suffisante pour observer des effets métaboliques, et placer cette fenêtre tôt dans la journée compte davantage que de gagner deux heures de jeûne supplémentaires. Au-delà de 16 heures quotidiennes, l'adhérence chute et le risque de compenser en mangeant davantage augmente.

Le jeûne intermittent fait-il perdre du muscle ?

C'est son point faible documenté. La revue parapluie publiée dans JAMA Network Open a retrouvé une association entre jeûne intermittent et réduction de la masse maigre, et l'essai TREAT a observé une baisse de la masse maigre appendiculaire, c'est-à-dire des membres, chez les participants en 16/8. L'explication est probable : une fenêtre courte rend plus difficile l'atteinte des apports en protéines. Trois mesures limitent ce risque : viser 1,6 à 2 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel malgré la fenêtre réduite, répartir ces protéines sur au moins deux prises importantes, et maintenir un entraînement en résistance.

Le jeûne intermittent a-t-il des bénéfices en dehors du poids ?

Oui, et c'est probablement son argument le plus solide. Un essai contrôlé en alimentation supervisée a montré, chez des hommes prédiabétiques et à poids constant, une amélioration de la sensibilité à l'insuline, de la réponse des cellules bêta du pancréas, de la pression artérielle et du stress oxydatif avec une fenêtre alimentaire de six heures placée tôt. Cela signifie que certains effets ne passent pas par la perte de poids. La revue parapluie retrouve par ailleurs des associations favorables sur le tour de taille, la glycémie à jeun, l'insulinémie et les lipides, mais avec un niveau de preuve majoritairement faible.

Que vaut vraiment la science du jeûne intermittent ?

Elle est abondante mais fragile, et il faut le dire. La revue parapluie publiée en 2021 a analysé 11 méta-analyses regroupant 130 essais randomisés, soit 104 associations différentes entre jeûne et santé. Une seule, soit 1 %, repose sur des preuves de haute qualité, six sur des preuves modérées, et 72 % sur des preuves de très faible qualité. Les essais sont majoritairement petits, avec une médiane de 38 participants, et courts, avec une médiane de trois mois. Autrement dit : le jeûne intermittent est prometteur et raisonnablement sûr chez l'adulte en bonne santé, mais les certitudes sont bien moindres que ne le suggèrent les articles enthousiastes.

Qui ne doit pas pratiquer le jeûne intermittent ?

Les personnes ayant des antécédents de troubles du comportement alimentaire, chez qui toute restriction encadrée peut réactiver des mécanismes de contrôle et de compensation. Les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants et les adolescents, dont les besoins de croissance ne s'accommodent pas d'une fenêtre réduite. Les personnes de faible poids ou dénutries. Les diabétiques traités par insuline ou par sulfamides hypoglycémiants, en raison du risque d'hypoglycémie. Les personnes âgées fragiles, chez qui la perte de masse musculaire est un enjeu majeur. Et toute personne sous traitement nécessitant une prise alimentaire régulière : dans ce cas, l'avis du médecin précède tout essai.

Le jeûne intermittent convient-il aux femmes ?

Il n'existe pas de contre-indication propre au sexe féminin chez la femme en bonne santé, mais deux nuances méritent d'être connues. D'abord, les essais incluent souvent moins de femmes que d'hommes, et rarement des analyses par sexe, si bien que les données spécifiques sont limitées. Ensuite, des perturbations du cycle menstruel sont rapportées par certaines pratiquantes lorsque la restriction est marquée ou combinée à un entraînement intensif, ce qui traduit un déficit énergétique trop important plutôt qu'un effet du jeûne en soi. En cas de cycle qui se dérègle, de fatigue persistante ou de chute de la libido, il faut élargir la fenêtre et consulter.

Peut-on faire du sport à jeun ?

Oui pour une activité d'intensité modérée, comme la marche, le vélo tranquille ou un footing léger, que la plupart des gens tolèrent bien à jeun. C'est plus discutable pour les séances intenses ou longues, où la performance tend à baisser et où le risque de malaise augmente, surtout au début. Pour la musculation, l'idéal est de placer la séance en fin de jeûne, juste avant la fenêtre alimentaire, afin de manger dans la foulée et de préserver la masse musculaire. Écoutez les signaux : étourdissements, sueurs froides ou faiblesse inhabituelle imposent d'arrêter et de manger.

Faut-il des compléments pendant un jeûne intermittent ?

Aucun n'est indispensable, et le jeûne intermittent classique, sur une fenêtre de 8 à 10 heures, permet parfaitement de couvrir ses besoins. Deux points de vigilance existent tout de même : les apports en protéines, plus difficiles à atteindre sur une fenêtre courte, et l'hydratation avec les minéraux associés si vous transpirez beaucoup ou pratiquez du sport à jeun. Un complexe de vitamines et minéraux peut avoir du sens si votre alimentation se réduit fortement, mais il ne compense pas une alimentation déséquilibrée. Prenez vos compléments pendant la fenêtre alimentaire, avec un repas, ce qui améliore l'absorption de la plupart d'entre eux.

Glossaire
Jeûne intermittent
Terme générique désignant l'alternance volontaire de périodes de prise alimentaire et de périodes sans apport calorique, sur la journée ou la semaine.
Fenêtre alimentaire
Intervalle entre la première et la dernière prise calorique de la journée. La plupart des adultes mangent sur 14 à 16 heures sans en avoir conscience.
16/8, 14/10, 12/12
Notation indiquant les heures de jeûne puis les heures de fenêtre alimentaire. Le 16/8 signifie 16 heures sans apport calorique et 8 heures de prises.
5:2
Protocole associant cinq jours d'alimentation normale et deux jours non consécutifs à apports très réduits, de l'ordre de 500 à 600 kcal.
Jeûne alterné
Alternance d'un jour à environ 25 % des besoins énergétiques et d'un jour d'alimentation libre. Le plus efficace dans les classements, et celui qui produit le plus d'abandons.
Fenêtre précoce
Fenêtre alimentaire placée tôt dans la journée, terminée en milieu d'après-midi. C'est le schéma associé aux bénéfices métaboliques indépendants de la perte de poids.
Masse maigre
Ensemble des tissus non graisseux, dont le muscle. Sa préservation pendant une perte de poids dépend des apports en protéines et de l'entraînement en résistance.
Revue parapluie
Synthèse de plusieurs méta-analyses portant sur un même sujet, avec évaluation de la qualité des preuves. C'est le niveau de synthèse le plus élevé disponible.
Sources scientifiques
  1. Liu D, Huang Y, Huang C, et al. Calorie restriction with or without time-restricted eating in weight loss. N Engl J Med. 2022;386(16):1495-1504. doi:10.1056/NEJMoa2114833
  2. Lowe DA, Wu N, Rohdin-Bibby L, et al. Effects of time-restricted eating on weight loss and other metabolic parameters in women and men with overweight and obesity: the TREAT randomized clinical trial. JAMA Intern Med. 2020;180(11):1491-1499. doi:10.1001/jamainternmed.2020.4153
  3. Trepanowski JF, Kroeger CM, Barnosky A, et al. Effect of alternate-day fasting on weight loss, weight maintenance, and cardioprotection among metabolically healthy obese adults: a randomized clinical trial. JAMA Intern Med. 2017;177(7):930-938. doi:10.1001/jamainternmed.2017.0936
  4. Patikorn C, Roubal K, Veettil SK, et al. Intermittent fasting and obesity-related health outcomes: an umbrella review of meta-analyses of randomized clinical trials. JAMA Netw Open. 2021;4(12):e2139558. doi:10.1001/jamanetworkopen.2021.39558
  5. Elortegui Pascual P, Rolands MR, Eldridge AL, et al. A meta-analysis comparing the effectiveness of alternate day fasting, the 5:2 diet, and time-restricted eating for weight loss. Obesity (Silver Spring). 2023;31(Suppl 1):9-21. doi:10.1002/oby.23568
  6. Sutton EF, Beyl R, Early KS, Cefalu WT, Ravussin E, Peterson CM. Early time-restricted feeding improves insulin sensitivity, blood pressure, and oxidative stress even without weight loss in men with prediabetes. Cell Metab. 2018;27(6):1212-1221.e3. doi:10.1016/j.cmet.2018.04.010
  7. Ruddick-Collins LC, Morgan PJ, Fyfe CL, et al. Timing of daily calorie loading affects appetite and hunger responses without changes in energy metabolism in healthy subjects with obesity. Cell Metab. 2022;34(10):1472-1485.e6. doi:10.1016/j.cmet.2022.08.001
  8. Zhang Q, Zhang C, Wang H, et al. Intermittent fasting versus continuous calorie restriction: which is better for weight loss? Nutrients. 2022;14(9):1781. doi:10.3390/nu14091781
  9. Harris L, Hamilton S, Azevedo LB, et al. Intermittent fasting interventions for treatment of overweight and obesity in adults: a systematic review and meta-analysis. JBI Database System Rev Implement Rep. 2018;16(2):507-547. doi:10.11124/JBISRIR-2016-003248

Pour aller plus loin

À propos de cet article. Rédigé par l'équipe Nutrition•pro à partir d'essais randomisés, de méta-analyses et d'une revue parapluie évaluant la qualité des preuves, selon notre méthodologie éditoriale. Les informations publiées ici ont une vocation informative et ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien. Le jeûne intermittent est déconseillé en cas d'antécédent de trouble du comportement alimentaire, de grossesse ou d'allaitement, avant 18 ans, en cas de poids bas, de diabète traité par insuline ou sulfamides, chez la personne âgée fragile et sous certains traitements. Si votre rapport à l'alimentation est source de souffrance ou si vous vous sentez coupable de manger, parlez-en à un professionnel de santé : c'est une démarche utile et banale. Les compléments alimentaires ne se substituent ni à une alimentation variée et équilibrée ni à un mode de vie sain.

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