La vitamine B1 est la première vitamine à avoir été identifiée, et celle qui a donné son nom à la famille entière. Elle est aussi la seule dont le besoin ne se compte pas par personne mais par calorie : plus vous mangez, et surtout plus vous mangez de sucres, plus il vous en faut. Cette particularité en dit long. La thiamine est la clé qui permet au glucose de devenir de l'énergie ; quand elle manque, le cerveau et le cœur, deux organes qui carburent au sucre presque exclusivement, lâchent en premier. C'est pour cela qu'un manque prolongé ne donne pas une petite fatigue mais une maladie qui porte un nom, le béribéri, et que sa forme aiguë, l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke, se traite aux urgences.
Ce guide fait le tour de la question : ce qu'est la thiamine et pourquoi elle est indissociable du glucose, ce qu'elle fait, combien il en faut selon votre alimentation et votre dépense, où la trouver et comment ne pas la détruire à la cuisson, à quoi ressemble une carence, pourquoi l'alcool en est la première cause et pourquoi on associe systématiquement la B1 et la B6 dans un sevrage, ce qui se passe après une chirurgie bariatrique, ce que valent la benfotiamine dans la neuropathie diabétique et les promesses sur le sommeil, l'énergie ou les moustiques, et comment choisir un complément. Il prolonge notre dossier sur les vitamines B et complète nos guides de la vitamine B6, de la vitamine B12 et de l'acide folique.
La vitamine B1 ne travaille jamais seule : elle produit l'énergie avec la B2 et la B3, et s'active grâce au magnésium. Notre complexe réunit les huit vitamines du groupe en formes actives, dont 10 mg de thiamine, dans une gélule végétale quotidienne fabriquée en France.
La vitamine B1 (thiamine) devient dans les cellules du thiamine diphosphate, coenzyme de trois enzymes qui transforment le glucose en énergie. Le besoin est proportionnel aux calories consommées, 0,1 mg pour 100 kcal, soit 1,1 à 1,3 mg par jour pour un adulte et davantage pour un sportif. On la trouve dans la levure, le germe de blé, le porc, les légumineuses et les céréales complètes ; le raffinage, l'eau de cuisson et les sulfites la détruisent. Les réserves de l'organisme ne durent que deux à trois semaines, ce qui explique la rapidité d'installation des carences. Celles-ci prennent la forme du béribéri sec (nerfs) ou humide (cœur), et, en aigu, de l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke, une urgence neurologique dont la première cause est l'alcool, devant la chirurgie bariatrique et les vomissements de grossesse. C'est pourquoi tout sevrage alcoolique commence par de la thiamine, avant le moindre sucre, associée à la B6 et au magnésium sans lequel elle ne s'active pas. En dehors de ces situations, la carence est rare en France, aucune limite de sécurité n'existe, et un complexe B à dose nutritionnelle suffit largement.
- Thiamine, TDP : la vitamine du glucose
- À quoi sert la vitamine B1 ? Les allégations reconnues par l'EFSA
- Combien de vitamine B1 par jour ? Un besoin proportionnel aux calories
- Les aliments riches en vitamine B1 (et ce qui la détruit)
- Carence et béribéri : les deux visages du manque
- Alcool, chirurgie bariatrique, vomissements : qui risque vraiment
- Pourquoi la vitamine B1 et B6 dans le sevrage alcoolique ?
- Cœur, diurétiques et insuffisance cardiaque
- Benfotiamine et neuropathie diabétique
- Sommeil, humeur, énergie : ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas
- Les mythes : moustiques, minceur, mégadoses
- Formes, dosage sanguin et interactions
- Bien choisir : B1 seule ou complexe B ?
- Questions fréquentes
1. Thiamine, TDP : la vitamine du glucose
L'histoire de la vitamine B1 commence par une énigme coloniale. Au XIXe siècle, l'Asie voit exploser une maladie qui paralyse et fait mourir de défaillance cardiaque : le béribéri. En 1897, un médecin militaire néerlandais à Java, Christiaan Eijkman, remarque que ses poules nourries au riz blanc développent une paralysie qui guérit dès qu'on leur redonne du riz complet. La cause n'était pas un microbe, comme tout le monde le pensait, mais l'absence de quelque chose. Ce « quelque chose », isolé en 1926 et nommé thiamine, sera la première vitamine identifiée et vaudra à Eijkman le prix Nobel en 1929. C'est cette découverte qui a donné naissance au concept même de vitamine et à la numérotation qui commence, logiquement, par B1.
Dans l'organisme, la thiamine ne travaille pas telle quelle : elle est phosphorylée en thiamine diphosphate (TDP, aussi appelé thiamine pyrophosphate), sa forme active, une réaction qui exige du magnésium. Ce détail, apparemment technique, a des conséquences cliniques majeures que nous retrouverons en section 7. Le TDP sert ensuite de coenzyme à trois enzymes centrales :
- la pyruvate déshydrogénase, qui fait entrer le produit de la digestion du glucose dans la centrale énergétique de la cellule ; si elle se bloque, le pyruvate se transforme en lactate, d'où l'acidose lactique des carences sévères ;
- l'alpha-cétoglutarate déshydrogénase, une étape du cycle de Krebs, la boucle qui produit l'essentiel de notre énergie ;
- la transcétolase, qui alimente la voie des pentoses phosphates, fournisseuse des briques de l'ADN et du pouvoir antioxydant des cellules. C'est l'activité de cette enzyme dans les globules rouges qui sert historiquement à mesurer le statut en B1.
Deux conséquences pratiques découlent de cette biochimie. D'abord, la thiamine est la vitamine du sucre : plus l'organisme brûle de glucides, plus il en consomme. Ensuite, les tissus les plus dépendants du glucose sont les plus vulnérables : le cerveau, qui en consomme un cinquième de tout ce que nous absorbons, les nerfs périphériques et le muscle cardiaque. Cela explique que la carence donne un tableau neurologique et cardiaque, et non, par exemple, cutané. Cela explique aussi un phénomène qui a coûté la vie à des patients : perfuser du glucose à une personne carencée avant de lui donner de la thiamine consomme d'un coup ses dernières réserves et peut déclencher une encéphalopathie aiguë. L'ordre compte.
2. À quoi sert la vitamine B1 ? Les allégations reconnues par l'EFSA
Le règlement européen n° 432/2012 autorise quatre allégations pour la thiamine, à condition que le produit en apporte au moins 15 % de la VNR (0,165 mg) par portion. La vitamine B1 contribue :
- à un métabolisme énergétique normal ;
- au fonctionnement normal du système nerveux ;
- à des fonctions psychologiques normales ;
- à une fonction cardiaque normale.
La dernière mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle est unique. Aucune autre vitamine du groupe B ne porte d'allégation cardiaque, et très peu de nutriments en général. L'EFSA l'a accordée sur la base d'un raisonnement simple : la carence en thiamine provoque une insuffisance cardiaque documentée depuis plus d'un siècle, le béribéri humide, réversible sous traitement. Le muscle cardiaque bat sans interruption et tire l'essentiel de son carburant du glucose et des acides gras ; quand la pyruvate déshydrogénase se bloque, il se retrouve en dette énergétique permanente, les vaisseaux se dilatent, le débit augmente pour compenser, et le cœur finit par céder. Nous détaillons ce mécanisme et ses implications modernes en section 8.
Elle ne donne pas d'énergie à qui n'en manque pas : « contribuer au métabolisme énergétique » signifie permettre la transformation du carburant, pas en fournir. Prendre de la B1 sans carence ne rend pas plus endurant, aucun essai chez le sportif non carencé n'a montré de gain de performance. Elle ne repousse pas les moustiques (section 11). Elle ne fait pas maigrir ni ne « brûle les sucres » : elle les transforme, ce qui est l'inverse de les éliminer. Elle ne traite pas l'anxiété ni la dépression chez une personne au statut normal, même si la carence les provoque.
3. Combien de vitamine B1 par jour ? Un besoin proportionnel aux calories
| Profil | Référence (mg par jour) | Source |
|---|---|---|
| Enfants de 1 à 3 ans | 0,5 | EFSA (0,1 mg / 100 kcal) |
| Enfants de 4 à 10 ans | 0,7 à 0,9 | EFSA |
| Adolescents | 1,0 à 1,3 | EFSA |
| Hommes adultes | 1,3 | ANSES (RNP), EFSA |
| Femmes adultes | 1,1 | ANSES (RNP), EFSA |
| Femmes enceintes et allaitantes | 1,4 à 1,5 | ANSES, EFSA |
| Sportif ou travailleur de force (3 000 kcal) | ≈ 3,0 (calcul proportionnel) | Application de la règle EFSA |
| VNR d'étiquetage | 1,1 | Règlement UE n° 1169/2011 |
| Limite supérieure de sécurité | Non établie | EFSA |
Cette proportionnalité aux calories a une conséquence que peu de gens font : une alimentation riche en sucres rapides et en produits raffinés augmente le besoin en thiamine tout en apportant peu de vitamine, puisque le raffinage l'a retirée. Un régime hypercalorique à base de sodas, de pain blanc et de plats industriels est, en théorie, le plus mauvais rapport apport-besoin possible. À l'inverse, un sportif qui mange beaucoup mais varié couvre naturellement son besoin accru, parce que les aliments complets qu'il consomme en grande quantité en apportent proportionnellement. C'est aussi pourquoi les alcooliques cumulent tous les facteurs : l'alcool apporte des calories vides qui augmentent le besoin, tout en bloquant l'absorption de la vitamine.
Comme pour la biotine, aucune limite supérieure de sécurité n'a été fixée par voie orale : l'absorption intestinale est saturable au-delà de 5 mg environ par prise, le reste n'est tout simplement pas absorbé, et ce qui passe s'élimine dans les urines. Les doses médicales, de 100 à 500 mg par jour, voire davantage par voie injectable dans l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke, sont bien tolérées, avec de très rares réactions allergiques à la forme injectable. Cette innocuité explique un principe de médecine d'urgence : devant un doute, on traite d'abord.
4. Les aliments riches en vitamine B1 (et ce qui la détruit)
| Aliment | Teneur (mg pour 100 g) | Repère |
|---|---|---|
| Levure alimentaire, levure de bière | 5 à 12 | Une cuillère à soupe couvre plusieurs fois la journée |
| Germe de blé | 1,7 à 2,0 | Deux cuillères à soupe : environ 0,4 mg |
| Graines de tournesol, de sésame | 1,4 à 1,5 | Une poignée de 30 g : environ 0,4 mg |
| Porc (filet, côte, jambon) | 0,7 à 1,0 | De loin la viande la plus riche, cinq à dix fois plus que le bœuf |
| Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs) | 0,2 à 0,5 (cuites) | Une portion de 200 g : 0,4 à 1,0 mg |
| Noix, noisettes, pistaches | 0,3 à 0,9 | Les pistaches sont les plus riches des fruits à coque |
| Céréales complètes (riz, pâtes, pain) | 0,15 à 0,4 | Contre 0,02 à 0,05 pour leurs versions raffinées |
| Pomme de terre cuite avec la peau | 0,1 | Source majeure en France par les quantités consommées |
| Œufs, poissons, abats | 0,05 à 0,2 | Contributions modestes mais régulières |
Ordres de grandeur d'après les tables de composition (Ciqual, USDA) ; les teneurs varient selon la variété, le raffinage et le mode de cuisson.
La thiamine est la plus fragile des vitamines B, et quatre ennemis la guettent. Le raffinage d'abord : décortiquer le riz ou blutter la farine retire le germe et le son, où elle se concentre, avec des pertes de 70 à 80 %. C'est exactement ce qui a déclenché les épidémies de béribéri en Asie quand les machines à polir le riz se sont répandues, et c'est pourquoi de nombreux pays enrichissent aujourd'hui les farines. La chaleur et l'eau ensuite : la thiamine est hydrosoluble et thermosensible, les pertes atteignent 25 à 50 % à la cuisson à l'eau, beaucoup moins à la vapeur ou si l'on réutilise le jus. Le bicarbonate de soude, parfois ajouté pour attendrir les légumineuses ou garder le vert des légumes, la détruit presque complètement en milieu alcalin.
Les antithiamines enfin, les plus méconnus. Les thiaminases des poissons et crustacés crus découpent la vitamine ; des carences ont été décrites chez de grands consommateurs de poisson cru, et surtout chez les chats et les renards d'élevage nourris ainsi, ce qui a permis de comprendre le mécanisme. La cuisson les détruit, donc un sushi occasionnel ne pose aucun problème. Les sulfites, utilisés comme conservateurs dans le vin, les fruits secs clairs et certaines préparations industrielles, coupent également la molécule. Le thé et le café en grande quantité, les feuilles de bétel et certains végétaux contiennent des polyphénols qui l'oxydent. Aucun de ces facteurs ne pose problème isolément dans une alimentation variée ; ils comptent quand ils s'additionnent à des apports déjà faibles.
5. Carence et béribéri : les deux visages du manque
Le syndrome de Korsakoff est une amnésie chronique qui résulte d'une encéphalopathie de Gayet-Wernicke non reconnue ou insuffisamment traitée, causée par une carence en thiamine. La présentation clinique comprend perte d'appétit, vertiges, accélération du pouls et rétention urinaire, ainsi que la confusion qui fait partie de la triade classique. Des infections sévères, dont des sepsis sans origine identifiée, sont fréquentes pendant la phase de Wernicke et peuvent en être des signes annonciateurs. L'encéphalopathie est le plus souvent liée à l'alcool, mais survient aussi après chirurgie bariatrique, en cas de vomissements incoercibles de la grossesse ou d'anorexie mentale. Les patients présentant une hypomagnésémie peuvent ne pas répondre à la thiamine.
Wijnia JW. J Clin Med 2022;11(22):6755. DOI : 10.3390/jcm11226755
Avant ces tableaux constitués, la carence débutante se manifeste par des signes que personne ne rattache à une vitamine : fatigue, irritabilité, perte d'appétit, troubles de la concentration et de la mémoire de travail, jambes lourdes, crampes, parfois nausées et constipation. C'est ce que les auteurs français appellent la carence marginale, dont ils reconnaissent que les conséquences cliniques restent mal établies (Guilland, Rev Prat, 2013). Ce flou explique une partie du marketing autour de la B1 : ces symptômes sont si communs qu'on peut les attribuer à n'importe quoi.
Faut-il s'en inquiéter en France ? Les données disponibles disent plutôt non pour la population générale. Une étude japonaise portant sur 270 adultes autonomes de 25 à 97 ans n'a retrouvé aucun cas de carence ni même de valeur limite, sans différence liée à l'âge, alors que la prévalence rapportée est de 2 à 6 % en Europe et aux États-Unis (Uchida, Cureus, 2023). Le risque se concentre sur des situations précises, que la section suivante détaille.
6. Alcool, chirurgie bariatrique, vomissements : qui risque vraiment
La particularité de la thiamine est que l'organisme n'en stocke presque pas : environ 25 à 30 mg au total, essentiellement dans le muscle, le foie, le cœur et le cerveau, soit deux à trois semaines de consommation. C'est le stock le plus court de toutes les vitamines B, à comparer aux trois à cinq ans de réserve de la vitamine B12. Une interruption d'apport de quelques semaines suffit donc à créer une vraie carence, ce qui explique la rapidité d'installation des tableaux graves.
L'alcool est la première cause dans les pays riches, et il agit par tous les bouts à la fois : les boissons alcoolisées apportent des calories sans vitamines, ce qui augmente le besoin ; l'alcool bloque le transporteur intestinal de la thiamine ; il réduit sa transformation en forme active dans le foie et son stockage ; et il s'accompagne souvent d'une alimentation déséquilibrée. Une revue systématique portant sur les personnes sans domicile consommant beaucoup d'alcool retrouve des prévalences de carence en B1 allant jusqu'à 51 % selon les études, la vitamine la plus fréquemment déficitaire de toutes celles mesurées (Ijaz, Int J Equity Health, 2017).
Sur 118 cas d'encéphalopathie de Gayet-Wernicke survenus après chirurgie de l'obésité, la majorité concernait des bypass gastriques mais aussi des techniques plus récentes comme la sleeve. Les patients étaient plus jeunes (âge médian 33 ans) que dans les autres causes médicales, et présentaient des vomissements dans 87,3 % des cas, des troubles de l'équilibre dans 84,7 %, une altération de l'état mental dans 76,3 % et des anomalies des mouvements oculaires dans 73,7 %. Le traitement a souvent été insuffisant, en particulier par méconnaissance des faibles taux de thiamine par voie parentérale.
Oudman E, Wijnia JW, van Dam M, Biter LU, Postma A. Obes Surg 2018;28(7):2060-2068. DOI : 10.1007/s11695-018-3262-4
Le message de cette série est essentiel pour une population qui n'a rien à voir avec l'image d'Épinal de la carence vitaminique : des femmes et des hommes jeunes, souvent en bonne santé par ailleurs, qui vomissent après leur opération et à qui personne ne pense à donner de la thiamine. Le délai typique est de un à trois mois après le geste. La règle, en France comme ailleurs, est une supplémentation systématique en vitamines après chirurgie bariatrique, à vie, et une vigilance absolue devant tout vomissement qui dure plus de quelques jours. La même logique s'applique aux vomissements incoercibles de la grossesse (hyperemesis gravidarum), une cause classique d'encéphalopathie chez des femmes jeunes, et aux troubles du comportement alimentaire avec dénutrition, où la renutrition trop rapide (syndrome de renutrition inappropriée) peut la déclencher.
D'autres situations méritent d'être connues : le traitement diurétique au long cours d'une insuffisance cardiaque, qui augmente les pertes urinaires de thiamine (section 8) ; la dialyse ; les vomissements chroniques quelle qu'en soit la cause ; l'hospitalisation prolongée, où le statut se dégrade même chez des patients qui mangent, comme l'a montré une étude japonaise chez 471 personnes âgées hospitalisées, dont 84 % ont vu leur thiamine baisser en une semaine ; et les nourrissons allaités par une mère carencée, encore une cause de mortalité infantile en Asie du Sud-Est. La chirurgie digestive non bariatrique, les cancers et la pancréatite complètent la liste (Kohnke et Meek, Ann Clin Biochem, 2020).
7. Pourquoi la vitamine B1 et B6 dans le sevrage alcoolique ?
« Pourquoi B1 et B6 dans un sevrage » est l'une des questions les plus posées sur cette vitamine, et la réponse tient en trois temps.
La B1 parce que le sevrage peut tuer des neurones. Un buveur chronique arrive au sevrage avec des réserves de thiamine quasi vides. Or l'arrêt de l'alcool, la reprise alimentaire et les perfusions de glucose relancent d'un coup le métabolisme des sucres, donc la consommation de thiamine. Si les réserves sont vides, la pyruvate déshydrogénase se bloque là où le glucose afflue le plus, dans des régions cérébrales précises (corps mamillaires, thalamus, autour du troisième ventricule), et l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke se déclenche, parfois en quelques heures. D'où la règle absolue en médecine d'urgence : thiamine avant glucose, jamais l'inverse, et à doses élevées par voie parentérale, sans attendre de confirmer le diagnostic, puisque la vitamine est inoffensive et que le retard, lui, laisse une amnésie définitive (Mateos-Díaz, Med Clin, 2022).
La B6 parce que le déficit est là aussi, et que le cerveau en a besoin pour se calmer. L'alcool abaisse la vitamine B6 par un mécanisme documenté : l'acétaldéhyde, son produit de dégradation, chasse la forme active de ses protéines porteuses et accélère sa destruction. Or le pyridoxal-5-phosphate est indispensable à la fabrication du GABA, le principal neurotransmetteur inhibiteur, précisément celui dont le système est déréglé pendant le sevrage : l'alcool le stimulait artificiellement, son arrêt laisse un cerveau hyperexcitable, d'où l'anxiété, les tremblements et le risque de convulsions. Corriger la B6 ne remplace pas les médicaments du sevrage, mais fait partie de la remise en état du terrain. Notre guide de la vitamine B6 détaille son rôle et rappelle qu'à l'inverse de la B1, elle a un plafond de sécurité à ne pas franchir.
Le magnésium, la pièce oubliée. La transformation de la thiamine en forme active exige du magnésium, et le buveur chronique en manque presque toujours. C'est un point que les cliniciens signalent régulièrement : un patient qui ne répond pas à la thiamine peut simplement être en hypomagnésémie, situation aggravée par l'association fréquente d'inhibiteurs de la pompe à protons et de diurétiques (Wijnia, 2022). En pratique hospitalière, magnésium, thiamine, B6 et vitamine PP forment le quatuor du sevrage. En pratique quotidienne, cela rappelle une chose simple : un apport en vitamines B a peu de sens si le statut en magnésium est bas. Notre Magnésium+ associe d'ailleurs un bisglycinate microencapsulé, du malate et de la taurine à 2 mg de vitamine B6.
Un mot sur la « vitaminothérapie B1-B6 », très recherchée : sous ce nom circulent des spécialités pharmaceutiques associant les deux vitamines, prescrites dans les neuropathies, les douleurs et l'accompagnement du sevrage. Ce sont des médicaments, avec des doses très supérieures aux compléments et, pour la B6, une limite de sécurité à respecter puisqu'une supplémentation prolongée à forte dose peut elle-même provoquer une neuropathie. Un complément alimentaire de vitamines B à dose nutritionnelle ne joue pas dans cette catégorie et ne prétend pas la remplacer.
B1, B2 et B3 produisent l'énergie ensemble, la B6 et la B9 gèrent l'homocystéine, la B12 complète l'ensemble : le Complexe Vitamines B apporte les huit vitamines du groupe en formes actives, dont 10 mg de thiamine, dans une gélule végétale quotidienne sans allergène, fabriquée en France.
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8. Cœur, diurétiques et insuffisance cardiaque
Le muscle cardiaque bat cent mille fois par jour sans interruption, ce qui en fait l'un des tissus les plus gourmands en énergie de l'organisme. Quand la thiamine manque, la production d'énergie à partir du glucose se bloque, les cellules cardiaques s'épuisent et les vaisseaux périphériques se dilatent ; le cœur compense en augmentant son débit, jusqu'à ne plus pouvoir. Ce mécanisme, décrit depuis un siècle sous le nom de béribéri humide, se manifeste par un essoufflement, des œdèmes et un pouls rapide, et il régresse en quelques jours sous thiamine, ce qui en fait l'une des rares insuffisances cardiaques réversibles.
Le sujet est revenu par une porte inattendue : les diurétiques de l'anse (furosémide, bumétanide), pierre angulaire du traitement de l'insuffisance cardiaque, augmentent l'élimination urinaire de la thiamine. Des travaux ont retrouvé des taux bas chez une proportion notable de patients insuffisants cardiaques traités au long cours, chez qui s'ajoutent souvent un âge avancé, un appétit diminué et un régime pauvre en sel donc parfois monotone. Plusieurs petits essais de supplémentation ont montré une amélioration de la fraction d'éjection, mais ils portent sur quelques dizaines de patients, avec des méthodologies hétérogènes et des résultats inconstants. Les recommandations de cardiologie n'ont pas retenu de supplémentation systématique, tout en invitant à y penser devant une insuffisance cardiaque qui se dégrade sans explication chez un patient dénutri ou sous fortes doses de diurétiques.
Un mot sur le sepsis, où la thiamine a fait parler d'elle. Un protocole associant vitamine C, thiamine et hydrocortisone avait suscité un immense espoir après des résultats préliminaires spectaculaires. L'essai randomisé de confirmation a douché cet enthousiasme.
Chez des patients de réanimation en sepsis avec défaillance respiratoire ou cardiovasculaire, l'association intraveineuse de vitamine C, de thiamine et d'hydrocortisone toutes les six heures n'a pas augmenté de façon significative le nombre de jours sans ventilation ni vasopresseurs à trente jours par rapport au placebo : médiane de 25 jours contre 26, différence médiane de moins un jour. La mortalité à trente jours était de 22 % dans le groupe traité et de 24 % sous placebo.
Sevransky JE, Rothman RE, Hager DN, et al. JAMA 2021;325(8):742-750. DOI : 10.1001/jama.2020.24505
La leçon dépasse la réanimation : une vitamine dont la carence provoque une maladie n'est pas pour autant un traitement de cette maladie quand la carence n'est pas en cause. C'est vrai du cœur, du sepsis, et de la plupart des promesses qui entourent les vitamines B.
9. Benfotiamine et neuropathie diabétique
La thiamine ordinaire s'absorbe par un transporteur intestinal saturable : au-delà de quelques milligrammes par prise, le surplus n'entre tout simplement pas. La benfotiamine contourne cette limite. Ce dérivé liposoluble, synthétisé au Japon dans les années 1950, traverse la paroi intestinale par diffusion, est ensuite converti en thiamine dans l'organisme, et élève les concentrations sanguines et tissulaires bien davantage que la forme hydrosoluble à dose égale. Ce n'est pas une vitamine « meilleure », c'est une vitamine mieux livrée.
L'intérêt s'est porté sur le diabète, pour une raison mécanistique. L'excès chronique de glucose engorge les voies de dégradation du sucre et produit des composés toxiques pour les nerfs et les vaisseaux, dont les fameux produits de glycation avancée. Or la transcétolase, l'enzyme dépendante de la thiamine, dévie ce surplus vers une voie de sortie inoffensive. En stimulant cette enzyme, la benfotiamine réduirait la formation des composés délétères. De plus, les diabétiques ont fréquemment un statut en thiamine abaissé, par fuite urinaire accrue.
La prise en charge de la neuropathie périphérique diabétique repose sur trois piliers : le traitement causal, la pharmacothérapie visant les mécanismes de la maladie, et le soulagement symptomatique de la douleur. Parmi les traitements orientés vers la physiopathologie, l'efficacité et l'excellente sécurité ont été démontrées dans plusieurs méta-analyses pour l'acide alpha-lipoïque et dans des essais cliniques randomisés pour la benfotiamine, l'actovegin et l'épalrestat. Ces composés sont actuellement autorisés dans le traitement de la neuropathie diabétique dans plusieurs pays.
Ziegler D. Diabetes Res Clin Pract 2023;206 Suppl 1:110764. DOI : 10.1016/j.diabres.2023.110764
Deux nuances s'imposent. D'une part, les essais positifs sont de taille modeste et de durée courte, portant surtout sur les symptômes (douleurs, fourmillements) plutôt que sur la progression de l'atteinte nerveuse ; les auteurs eux-mêmes appellent des essais de longue durée pour confirmer. D'autre part, la benfotiamine est en Europe un médicament dans certains pays et non un complément alimentaire, à des doses de 150 à 600 mg par jour : elle relève de la prescription médicale, pas de l'automédication. Pour couvrir un besoin nutritionnel, le chlorhydrate ou le mononitrate de thiamine, à quelques milligrammes, font exactement le même travail pour une fraction du prix.
10. Sommeil, humeur, énergie : ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas
« Vitamine B1 et sommeil » est une requête fréquente, et l'association n'est pas absurde : la thiamine porte l'allégation « contribue à des fonctions psychologiques normales », sa carence donne irritabilité, anxiété, troubles de la concentration et sommeil haché, et elle figure dans la plupart des formules « détente » ou « anti-stress » du marché. Mais il faut distinguer deux affirmations très différentes. Corriger un manque améliore ces symptômes : c'est établi, et c'est même une des façons dont la carence a été décrite historiquement. Ajouter de la B1 à quelqu'un qui n'en manque pas améliore son sommeil : cela, aucun essai ne le montre.
Quelques travaux anciens sur de petits effectifs ont rapporté une amélioration de l'humeur et de la vigilance chez des jeunes femmes supplémentées, sans que ces résultats aient été reproduits à grande échelle. La littérature récente sur la thiamine et le sommeil se limite à des populations carencées ou hospitalisées. Si votre sommeil se dégrade, les leviers dont l'efficacité est documentée sont ailleurs : régularité des horaires, lumière du matin, écrans et lumière du soir, caféine après 14 h, alcool en soirée (qui fragmente le sommeil et, accessoirement, épuise justement la thiamine), et pour la partie nutritionnelle, le magnésium, dont plusieurs essais soutiennent l'effet sur le stress et la qualité du sommeil chez les personnes au statut bas. Notre guide de la fatigue chronique détaille les nutriments qui ont réellement des données, et notre Sommeil Optimal s'appuie sur d'autres actifs que les vitamines B.
Le même raisonnement vaut pour l'énergie et la performance sportive. La thiamine permet de brûler le glucose, donc un sportif qui en manque voit ses performances chuter ; mais chez un sportif au statut normal, les essais de supplémentation en vitamines B n'ont pas montré de gain d'endurance ni de puissance. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que le besoin augmente avec la dépense (section 3) : un athlète à 4 000 kcal a besoin d'environ 4 mg de thiamine par jour, qu'une alimentation abondante et variée apporte naturellement, mais qu'un régime hypercalorique à base de produits raffinés peut ne pas couvrir. C'est là, et seulement là, qu'un apport complémentaire a du sens.
11. Les mythes : moustiques, minceur, mégadoses
| Affirmation | Ce que disent les données | Verdict |
|---|---|---|
| La B1 repousse les moustiques | Née d'une observation isolée des années 1940, l'idée a été testée à plusieurs reprises : les essais où des volontaires supplémentés exposaient leur peau à des moustiques n'ont retrouvé aucune réduction des piqûres, et l'analyse des composés émis par la peau et l'air expiré n'a montré aucune modification. Les autorités sanitaires et les revues d'entomologie médicale considèrent le sujet comme clos. Seuls les répulsifs cutanés reconnus fonctionnent. | Faux, réfuté |
| La B1 fait maigrir ou brûle les sucres | Elle permet au glucose d'entrer dans la production d'énergie, ce qui est l'inverse de l'éliminer. Aucun essai n'a montré de perte de poids sous supplémentation. La confusion vient du vocabulaire du « métabolisme énergétique ». | Faux |
| Les mégadoses orales sont plus efficaces | L'absorption intestinale se fait par un transporteur saturable, au-delà de 5 mg environ par prise le surplus n'est pas absorbé. C'est précisément pour dépasser cette limite qu'existent la benfotiamine (liposoluble) et la voie injectable des situations d'urgence. | Inutile par voie orale |
| La B1 est toxique à forte dose | Aucune toxicité orale documentée, aucune limite de sécurité fixée par l'EFSA. De rares réactions allergiques ont été décrites avec la forme injectable, en milieu médical. C'est l'exact opposé de la vitamine B6, dont l'excès est neurotoxique. | Faux |
| Tout le monde manque de B1 aujourd'hui | Argument marketing courant. Une étude portant sur 270 adultes autonomes n'a retrouvé aucune carence ni valeur limite ; la prévalence estimée est de 2 à 6 % en Europe et aux États-Unis, concentrée sur des populations identifiées (section 6). | Exagéré |
12. Formes, dosage sanguin et interactions
| Forme | Caractéristiques | Usage |
|---|---|---|
| Chlorhydrate de thiamine | Forme hydrosoluble la plus courante, stable, bon marché, absorption saturable | Compléments et médicaments, apport nutritionnel courant |
| Mononitrate de thiamine | Plus stable à la chaleur et à l'humidité que le chlorhydrate, même efficacité | Enrichissement des farines et céréales, comprimés |
| Benfotiamine | Dérivé liposoluble, absorption par diffusion, concentrations tissulaires nettement supérieures | Médicament dans plusieurs pays (neuropathie diabétique), sur prescription |
| Sulbutiamine | Dérivé de synthèse qui franchit la barrière du cerveau, étudié dans l'asthénie | Médicament, prescription ; ne relève pas du complément alimentaire |
| Thiamine injectable | Contourne l'absorption intestinale, doses de plusieurs centaines de milligrammes | Urgences : encéphalopathie de Gayet-Wernicke, sevrage, béribéri |
Comment mesure-t-on le statut ? Deux méthodes coexistent : le dosage du thiamine diphosphate dans le sang total par chromatographie, et l'activité de la transcétolase des globules rouges avant et après ajout de thiamine, dont l'écart traduit le manque. Un travail récent mené au Laos sur plus de 500 enfants a comparé ces marqueurs à la réponse clinique réelle à la thiamine : les deux distinguent bien les populations, mais leurs distributions se chevauchent tellement qu'aucun ne prédit de façon fiable si un enfant donné répondra au traitement (Hess, Curr Dev Nutr, 2024). Conclusion pratique, valable aussi en médecine adulte : devant une suspicion clinique sérieuse, on traite d'abord et on discute ensuite, puisque la thiamine ne coûte presque rien et ne présente aucun risque.
Diurétiques de l'anse (furosémide, bumétanide) : augmentent l'élimination urinaire de la thiamine ; à surveiller en traitement prolongé, surtout chez le sujet âgé ou dénutri.
Alcool : bloque l'absorption intestinale et le stockage hépatique. C'est l'interaction la plus importante de toutes.
Magnésium : indispensable à l'activation de la thiamine. Un déficit en magnésium peut faire échouer une supplémentation en B1.
Sulfites, thé et café en grande quantité, poisson cru régulier : dégradent ou inactivent la vitamine dans l'aliment ou l'intestin ; sans conséquence dans une alimentation variée.
Grossesse, allaitement, enfants : la thiamine à dose nutritionnelle est nécessaire et sans risque ; les vomissements sévères de la grossesse sont en revanche une situation à risque qui relève du médecin. Les compléments alimentaires ne remplacent ni une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain, et se tiennent hors de portée des jeunes enfants.
13. Bien choisir : B1 seule ou complexe B ?
La vitamine B1 est un cas où le bon sens et la science disent la même chose : il n'y a presque aucune raison de la prendre isolément. Elle intervient dans une chaîne où la B2 et la B3 assurent les étapes suivantes, elle a besoin de magnésium pour devenir active, et les situations qui créent une carence en B1 (alcool, chirurgie, dénutrition) en créent aussi pour les autres vitamines B. Quelques repères pour choisir :
- La dose : de 1 à 10 mg par jour couvrent tous les cas de figure d'un apport nutritionnel, y compris chez le sportif. Au-delà, l'absorption sature ; les doses de 100 mg et plus sont des doses de médicament.
- La forme : chlorhydrate ou mononitrate de thiamine, les deux se valent. La benfotiamine relève d'une prescription et d'une indication précise, pas d'un usage courant.
- L'ensemble du groupe B : vérifiez que la B2 et la B3 sont présentes, ce sont les partenaires directs de la B1 dans la production d'énergie.
- Le magnésium : un statut correct conditionne l'efficacité de la thiamine, et il est souvent bas chez les personnes stressées, sportives ou consommatrices d'alcool.
- Les promesses : « énergie immédiate », « anti-moustiques », « brûleur de sucres » sont des arguments sans fondement. Les seules allégations autorisées sont le métabolisme énergétique, le système nerveux, les fonctions psychologiques et la fonction cardiaque.
Thiamine, riboflavine, niacine, acide pantothénique, pyridoxal-5-phosphate, biotine, Quatrefolic® et méthylcobalamine : le Complexe Vitamines B couvre les huit vitamines du groupe à des doses nutritionnelles, sans allergène ni dioxyde de titane. Une gélule par jour au petit-déjeuner.
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Votre besoin en thiamine suit vos calories : à 3 000 ou 4 000 kcal, il monte à 3 ou 4 mg par jour, soit trois fois la référence d'un adulte sédentaire. Une alimentation abondante et variée (riz et pain complets, légumineuses, porc, graines, germe de blé) le couvre naturellement ; c'est quand le volume vient de produits raffinés et sucrés que l'écart se creuse. Un Complexe Vitamines B est un filet de sécurité raisonnable en période de charge, avec un Magnésium+ dont les sportifs manquent souvent et sans lequel la thiamine ne s'active pas. N'attendez pas de gain de performance direct : la B1 ne fait pas courir plus vite, elle évite que le manque vous ralentisse.
C'est la configuration la plus défavorable pour cette vitamine : les sucres et les produits raffinés augmentent le besoin (0,1 mg pour 100 kcal) tout en apportant peu de thiamine, puisque le raffinage en retire 70 à 80 %. Le levier principal est alimentaire : passez progressivement au pain et au riz complets, ajoutez des légumineuses deux à trois fois par semaine, une cuillère de germe de blé ou de levure alimentaire sur vos plats, une poignée de graines. Un Complexe Vitamines B ou nos Multivitamines comblent l'écart en attendant, sans remplacer le changement d'assiette.
L'alcool est la première cause de carence en vitamine B1 : il apporte des calories qui augmentent le besoin, bloque l'absorption intestinale et réduit le stockage. Chez les grands consommateurs en situation de précarité, jusqu'à une personne sur deux est carencée. Le risque n'est pas théorique : un arrêt brutal, une hospitalisation ou une perfusion de sucre peuvent déclencher une encéphalopathie de Gayet-Wernicke, qui laisse des séquelles définitives si elle n'est pas traitée en urgence. La supplémentation se décide et se dose médicalement, associée à la vitamine B6 et au magnésium. Si l'arrêt est envisagé, il se prépare avec un médecin ou un centre d'addictologie, jamais seul.
Vos réserves de thiamine ne tiennent que deux à trois semaines, et les vomissements les vident encore plus vite. Après une chirurgie bariatrique, la supplémentation vitaminique est systématique et à vie ; tout vomissement qui dure plus de quelques jours impose un avis médical rapide, avec de la thiamine avant toute perfusion de sucre. Même règle pour les vomissements sévères de la grossesse. Si apparaissent une confusion, une vision double, des troubles de l'équilibre ou une faiblesse des jambes, ce sont des urgences : appelez le 15. Ne tentez pas de gérer cette situation avec un complément alimentaire.
Ce test oriente, il ne remplace pas un bilan sanguin ni l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes sur la vitamine B1
À quoi sert la vitamine B1 ?
La vitamine B1, ou thiamine, est la vitamine du glucose : sous sa forme active, le thiamine diphosphate, elle permet à trois enzymes clés de transformer les sucres en énergie utilisable. Comme le cerveau et les nerfs fonctionnent presque exclusivement au glucose, ils sont les premiers à souffrir quand elle manque. Selon les allégations autorisées par l'EFSA, elle contribue à un métabolisme énergétique normal, au fonctionnement normal du système nerveux, à des fonctions psychologiques normales et à une fonction cardiaque normale, cette dernière allégation lui étant propre parmi les vitamines B.
Combien de vitamine B1 par jour ?
Le besoin en vitamine B1 est proportionnel aux calories consommées : l'EFSA le fixe à 0,1 milligramme pour 100 kilocalories, ce qui donne 1,3 milligramme par jour pour un homme et 1,1 milligramme pour une femme, et davantage pour un sportif ou une personne à forte dépense énergétique. La valeur nutritionnelle de référence des étiquettes est de 1,1 milligramme. Aucune limite supérieure de sécurité n'a été fixée : l'excès s'élimine dans les urines et aucune toxicité n'a été documentée par voie orale.
Quels aliments sont riches en vitamine B1 ?
Les meilleures sources sont la levure alimentaire, le germe de blé, les graines de tournesol, le porc (nettement plus riche que les autres viandes), les légumineuses, les céréales complètes, les noix, les pommes de terre et les œufs. Le raffinage des céréales retire l'essentiel de la thiamine : le riz blanc en contient dix fois moins que le riz complet, ce qui a provoqué des épidémies de béribéri en Asie au XIXe siècle. La cuisson dans l'eau et les sulfites utilisés comme conservateurs en détruisent une partie.
Quels sont les symptômes d'une carence en vitamine B1 ?
Les premiers signes sont peu spécifiques : fatigue, irritabilité, perte d'appétit, troubles de la concentration, douleurs musculaires. La carence installée prend deux formes. Le béribéri sec touche les nerfs : fourmillements, brûlures des pieds, faiblesse des jambes, difficulté à monter les escaliers. Le béribéri humide touche le cœur : essoufflement, œdèmes des jambes, accélération du pouls, insuffisance cardiaque. La forme neurologique aiguë, l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke, associe confusion, troubles de l'équilibre et anomalies des mouvements des yeux : c'est une urgence médicale.
Pourquoi donne-t-on de la vitamine B1 et B6 lors d'un sevrage alcoolique ?
L'alcool provoque une carence en vitamine B1 par trois mécanismes : des apports alimentaires pauvres, une absorption intestinale bloquée et un stockage hépatique réduit. Or le sevrage, en relançant brutalement le métabolisme du glucose, consomme le peu de thiamine restante et peut déclencher une encéphalopathie de Gayet-Wernicke, urgence neurologique qui laisse des séquelles définitives si elle n'est pas traitée. La vitamine B1 est donc administrée en priorité, avant tout apport de sucre. La vitamine B6 est associée parce que son déficit est également fréquent chez le buveur excessif et qu'elle participe à la synthèse du GABA, le neurotransmetteur calmant que le sevrage met à mal. Ces protocoles sont médicaux, à doses élevées et souvent par voie injectable.
Qu'est-ce que le béribéri ?
Le béribéri est la maladie de carence en vitamine B1. Il en existe deux formes : le béribéri sec, neurologique, avec fourmillements, faiblesse et fonte musculaire des jambes ; et le béribéri humide, cardiaque, avec essoufflement, œdèmes et insuffisance cardiaque à débit élevé. Il a frappé massivement l'Asie au XIXe siècle après l'introduction des machines à décortiquer le riz, qui retirent le son riche en thiamine. Il reste présent aujourd'hui chez les nourrissons de mères carencées dans certaines régions du monde, et dans les pays riches chez les buveurs excessifs, les opérés de chirurgie bariatrique et les personnes dénutries.
Faut-il de la vitamine B1 après une chirurgie bariatrique ?
Oui, c'est une supplémentation systématique et un point de surveillance majeur. Les réserves de thiamine ne couvrent que deux à trois semaines, et la chirurgie combine réduction des apports, vomissements et absorption diminuée. Une revue de 118 cas d'encéphalopathie de Gayet-Wernicke après chirurgie bariatrique retrouve un âge médian de 33 ans, des vomissements chez 87 % des patients, des troubles de l'équilibre chez 85 %, et un traitement souvent insuffisant. Tout vomissement prolongé après une telle chirurgie impose un avis médical rapide et de la thiamine avant toute perfusion de sucre.
La vitamine B1 aide-t-elle à mieux dormir ?
Il n'existe pas d'essai montrant qu'un apport de vitamine B1 améliore le sommeil chez une personne dont les apports sont normaux. Le lien vient d'ailleurs : la carence en thiamine provoque irritabilité, anxiété et sommeil perturbé, et les corriger améliore ces symptômes. La B1 est aussi présente dans beaucoup de formules détente aux côtés du magnésium, qui a, lui, des données propres sur le stress. Si votre sommeil se dégrade, cherchez du côté du magnésium, de la lumière du soir, de la caféine et de l'alcool avant de vous tourner vers la B1.
La vitamine B1 repousse-t-elle les moustiques ?
Non. C'est l'un des mythes les plus tenaces sur cette vitamine, né d'une observation isolée des années 1940. Les études contrôlées, y compris des essais où des volontaires supplémentés exposaient leur bras à des moustiques, n'ont retrouvé aucune réduction des piqûres, et l'analyse de l'air expiré et de la peau n'a montré aucune modification des composés qui attirent les insectes. Les répulsifs cutanés reconnus restent la seule mesure efficace.
Qu'est-ce que la benfotiamine et est-elle plus efficace ?
La benfotiamine est un dérivé liposoluble de la thiamine, mieux absorbé que la forme classique et qui élève davantage les concentrations tissulaires. Elle est étudiée dans la neuropathie du diabète, où plusieurs essais randomisés ont montré une amélioration des symptômes, ce qui lui a valu une autorisation comme médicament dans certains pays européens. Pour un simple apport nutritionnel, elle n'apporte pas d'avantage démontré sur le chlorhydrate ou le mononitrate de thiamine, qui suffisent largement et coûtent moins cher.
Quelles sont les personnes à risque de manquer de vitamine B1 ?
En priorité les consommateurs excessifs d'alcool, chez qui la carence peut toucher jusqu'à la moitié des personnes en situation de précarité. Ensuite les opérés de chirurgie bariatrique, les femmes souffrant de vomissements sévères de grossesse, les personnes dénutries ou atteintes de troubles du comportement alimentaire, les patients sous diurétiques au long cours pour une insuffisance cardiaque, les dialysés, les personnes âgées hospitalisées et celles dont l'alimentation repose sur des produits raffinés et sucrés. Le besoin étant proportionnel aux calories, une alimentation très riche en sucres et pauvre en aliments complets augmente le besoin tout en apportant peu de thiamine.
Comment savoir si on manque de vitamine B1 ?
Le dosage se fait sur le sang total, en mesurant le thiamine diphosphate par chromatographie, ou par l'activité d'une enzyme, la transcétolase des globules rouges. Ces marqueurs sont fiables pour évaluer une population mais imparfaits à l'échelle individuelle : des travaux récents montrent que des enfants qui répondent spectaculairement à la thiamine peuvent avoir des valeurs qui chevauchent celles des enfants qui n'y répondent pas. En pratique, devant une suspicion sérieuse, le médecin traite sans attendre le résultat, car la thiamine est sans danger et le retard, lui, laisse des séquelles.
Vitamine B1 seule ou complexe B : que choisir ?
Pour un apport quotidien, le complexe de vitamines B a plus de sens : la B1 travaille avec la B2 et la B3 dans la production d'énergie, avec le magnésium pour son activation, et une carence isolée en B1 est rare en dehors des situations à risque. Une B1 seule à forte dose relève d'une prescription médicale (sevrage alcoolique, suites de chirurgie bariatrique, neuropathie). Vérifiez que le produit indique la dose en milligrammes et la forme utilisée, et rappelez-vous que la thiamine a besoin de magnésium pour devenir active : un magnésium bien absorbé est souvent le complément le plus utile à lui associer.
- Thiamine (vitamine B1)
- Première vitamine identifiée, hydrosoluble, indispensable à la transformation du glucose en énergie. Réserves de l'organisme limitées à deux ou trois semaines.
- Thiamine diphosphate (TDP)
- Forme active de la vitamine B1, obtenue par ajout de deux phosphates, réaction qui exige du magnésium. Coenzyme de la pyruvate déshydrogénase, de l'alpha-cétoglutarate déshydrogénase et de la transcétolase.
- Transcétolase
- Enzyme des globules rouges dépendante du TDP, dont l'activité sert historiquement à mesurer le statut en vitamine B1.
- Béribéri
- Maladie de carence en thiamine, dans sa forme sèche (neurologique) ou humide (cardiaque). Historiquement liée au riz blanchi, aujourd'hui à l'alcool et à la dénutrition dans les pays riches.
- Encéphalopathie de Gayet-Wernicke
- Forme aiguë de la carence : confusion, troubles de l'équilibre et anomalies des mouvements oculaires. Urgence médicale traitée par thiamine injectable, avant tout apport de glucose.
- Syndrome de Korsakoff
- Séquelle d'une encéphalopathie de Gayet-Wernicke non traitée : amnésie chronique avec incapacité à former de nouveaux souvenirs et fabulations.
- Benfotiamine
- Dérivé liposoluble de la thiamine, mieux absorbé, utilisé comme médicament dans la neuropathie diabétique dans plusieurs pays.
- Thiaminases
- Enzymes présentes dans certains poissons et crustacés crus qui découpent et inactivent la thiamine ; détruites par la cuisson.
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