Avant que la pénicilline ne soit isolée d'une moisissure en 1928, la nature avait déjà inventé les antibiotiques. Les plantes, les abeilles et les bulbes vivent au milieu des bactéries depuis des millions d'années, et ils ont développé pour survivre des défenses chimiques d'une efficacité que la recherche moderne mesure aujourd'hui avec ses propres outils.
Cet article passe en revue cinq d'entre elles : le miel, la nigelle, l'ail noir, la propolis et la gelée royale. Pour chacune, ce que les études ont mesuré, en laboratoire et chez l'humain, avec les chiffres des essais. Le miel qui cicatrise plus vite que les pansements. La nigelle qui égale une trithérapie antibiotique face à Helicobacter pylori. L'ail qui divise le nombre de rhumes par plus de deux. La propolis testée en dentisterie et en dialyse. La gelée royale et ses peptides antibactériens. Voici ce que montrent les études.
Miel. Revue Cochrane de 26 essais : cicatrisation des brûlures superficielles 4 à 5 jours plus rapide qu'avec les pansements conventionnels. Méta-analyse BMJ de 14 essais : la toux et les symptômes respiratoires s'améliorent davantage qu'avec les soins habituels. Nigelle. Essai randomisé de 88 patients : 2 g de graines par jour avec de l'oméprazole éradiquent H. pylori dans 66,7 % des cas, sans différence significative avec la trithérapie antibiotique à 82,6 %.
Ail. 146 volontaires suivis douze semaines : 24 rhumes contre 65 sous placebo, symptômes de 1,5 jour contre 5. L'extrait d'ail vieilli, base de l'ail noir, améliore les cellules NK et réduit de 61 % les jours au ralenti. Propolis. Essais randomisés : saignement gingival réduit, 95 % de succès en obturation dentaire contre 70 %, zéro infection de cathéter en dialyse. Gelée royale. Royalisine, jelleines, 10-HDA : des peptides et acides antibactériens caractérisés, actifs contre les staphylocoques.
- Ce qu'on appelle antibiotique naturel, et comment on le mesure
- Le miel : plaies et voies respiratoires
- La nigelle : face à Helicobacter pylori
- L'ail et l'ail noir : rhumes et immunité
- La propolis : le désinfectant de la ruche
- La gelée royale : des peptides antibactériens
- Les utiliser ensemble
- Questions fréquentes
Ce qu'on appelle antibiotique naturel, et comment on le mesure
Un antibiotique naturel est une substance qu'une plante, un insecte ou un micro-organisme produit pour se défendre contre les bactéries. La ruche est un milieu chaud et humide où tout pourrirait sans la propolis. La graine de nigelle doit résister aux moisissures du sol. L'ail ne fabrique son allicine qu'au moment où il est blessé, comme une réponse d'urgence. Ces molécules sont le fruit d'une sélection naturelle face aux microbes, et c'est ce qui les rend précieuses pour la recherche.
Les études mesurent leur activité de trois façons complémentaires, et cet article précise pour chaque produit ce qui a été fait.
| Niveau d'étude | Ce qu'il mesure | Ce qu'il apporte |
|---|---|---|
| Laboratoire | L'activité directe sur des cultures de bactéries, la concentration nécessaire pour les inhiber | Identifie les composés actifs et leur spectre, y compris sur des souches résistantes |
| Modèle animal | L'effet sur une infection ou une plaie dans un organisme vivant | Confirme que l'activité persiste une fois la substance absorbée |
| Essai clinique | L'effet chez des personnes, comparé à un placebo ou à un traitement de référence | Établit le bénéfice réel pour la personne qui l'utilise |
Un antibiotique de synthèse agit le plus souvent sur une cible unique, qu'une seule mutation bactérienne peut contourner : c'est le mécanisme des résistances. Le miel, la propolis ou la nigelle agissent par plusieurs mécanismes simultanés, osmotique, enzymatique, membranaire, ce qui rend l'adaptation des bactéries beaucoup plus difficile. L'essai sur la propolis en dialyse, présenté plus bas, le formule explicitement : l'antibiotique local peut induire des résistances, la propolis non.
C'est l'une des raisons pour lesquelles ces substances anciennes intéressent autant la recherche actuelle, à l'heure où les résistances aux antibiotiques deviennent un problème de santé publique majeur.
Le miel : plaies et voies respiratoires
Le miel est antibactérien par une combinaison de mécanismes que peu de substances réunissent : une osmolarité si élevée qu'elle déshydrate les bactéries, un pH acide défavorable à leur croissance, la production continue de peroxyde d'hydrogène par une enzyme que les abeilles y ajoutent, et pour le miel de manuka le méthylglyoxal, un composé antibactérien puissant.
Sur les plaies : la revue Cochrane
La collaboration Cochrane, référence mondiale de l'évaluation des traitements, a rassemblé 26 essais et 3 011 participants sur le miel en application locale sur les plaies.
| Type de plaie | Ce que montre le miel |
|---|---|
| Brûlures superficielles | Cicatrisation 4 à 5 jours plus rapide qu'avec les pansements conventionnels |
| Plaies infectées après chirurgie | Plus efficace que les antiseptiques suivis de gaze pour obtenir la cicatrisation |
| Plaies chroniques, ulcères | Résultats variables selon les essais, recherche en cours |
Sur la toux et les infections respiratoires : le BMJ
Une méta-analyse de 14 essais publiée dans le BMJ Evidence-Based Medicine a comparé le miel aux soins habituels dans les infections respiratoires hautes, rhumes, toux, maux de gorge. Le miel a amélioré davantage les symptômes, avec un effet particulièrement net sur la fréquence et la sévérité de la toux.
La nigelle : face à Helicobacter pylori
Nigella sativa, le cumin noir, est l'une des plantes médicinales les plus étudiées au monde. Son composé phare est la thymoquinone, dont les revues de la littérature recensent une activité antibactérienne, antifongique, anti-inflammatoire et antioxydante, documentée sur de nombreuses souches en laboratoire, y compris des souches résistantes aux antibiotiques classiques.
L'essai face à la trithérapie
Helicobacter pylori est la bactérie responsable de la plupart des ulcères et de nombreuses gastrites. Son traitement de référence est une trithérapie associant deux antibiotiques et un inhibiteur de l'acidité. Un essai randomisé chez 88 patients infectés a comparé cette trithérapie à trois doses de graines de nigelle associées à de l'oméprazole, pendant quatre semaines.
| Traitement | Éradication d'H. pylori |
|---|---|
| Trithérapie antibiotique | 82,6 % |
| Nigelle 2 g par jour + oméprazole | 66,7 %, différence non significative avec la trithérapie |
| Nigelle 1 g par jour + oméprazole | 47,6 % |
| Nigelle 3 g par jour + oméprazole | 47,8 % |
Les symptômes digestifs se sont améliorés de façon similaire dans tous les groupes. Les auteurs concluent que les graines de nigelle possèdent une activité anti-Helicobacter cliniquement utile, comparable à la trithérapie, et appellent à des essais l'associant aux antibiotiques pour en renforcer l'effet.
Il est rare qu'une graine alimentaire soit comparée de front à un protocole antibiotique de référence sur l'éradication d'une bactérie, et qu'elle tienne la comparaison. À 2 g par jour, soit environ une cuillère à café de graines moulues, la nigelle a éradiqué la bactérie chez deux patients sur trois. C'est le résultat le plus fort de cet article, et il porte sur une infection bactérienne réelle, pas sur un test en tube.
La dose intermédiaire a fait mieux que la dose forte, ce qui suggère qu'au-delà de 2 g le bénéfice ne progresse pas. Ce type de courbe en cloche se retrouve avec d'autres substances naturelles.
L'ail et l'ail noir : rhumes et immunité
L'ail produit l'allicine au moment où il est coupé ou écrasé, par une réaction enzymatique de défense. C'est un antimicrobien à large spectre, actif en laboratoire sur les bactéries, les champignons et certains virus.
L'essai sur les rhumes
146 volontaires ont reçu, en double aveugle, une gélule quotidienne d'ail riche en allicine ou un placebo pendant douze semaines, de novembre à février, en notant chaque jour leur état.
| Critère | Ail | Placebo |
|---|---|---|
| Nombre de rhumes | 24 | 65 |
| Jours de symptômes cumulés | 111 | 366 |
| Durée moyenne d'un rhume | 1,5 jour | 5 jours |
Les participants sous ail étaient moins susceptibles d'attraper un rhume, et guérissaient plus vite quand ils en attrapaient un. Ceux sous placebo étaient bien plus nombreux à en enchaîner plusieurs sur la saison.
L'ail noir : la forme vieillie
L'ail noir est un ail vieilli par une maturation lente à chaleur et humidité contrôlées, qui convertit l'allicine, instable et odorante, en composés soufrés stables comme la S-allyl-cystéine, et qui supprime l'odeur et l'irritation digestive. C'est la base des extraits d'ail vieilli étudiés en clinique.
Un essai randomisé en double aveugle chez 120 personnes en bonne santé a testé 2,56 g par jour d'extrait d'ail vieilli pendant 90 jours.
- Après 45 jours, les cellules NK et les lymphocytes T gamma-delta, deux acteurs de première ligne de l'immunité, proliféraient mieux que sous placebo.
- Sur 90 jours, le groupe ail vieilli a rapporté 21 % de symptômes en moins lors des rhumes et grippes, 61 % de jours en moins à fonctionner au ralenti, et 58 % d'absences en moins au travail ou à l'école.
La propolis : le désinfectant de la ruche
La propolis est la résine que les abeilles collectent sur les bourgeons et les écorces, puis mélangent à leurs sécrétions pour colmater et aseptiser la ruche. C'est littéralement le matériau qui protège la colonie des infections. Sa richesse en flavonoïdes, en acides phénoliques et en esters comme le CAPE explique son activité antibactérienne, antifongique et anti-inflammatoire.
| Essai | Ce qui a été testé | Résultat |
|---|---|---|
| Gingivite, 32 patients, double aveugle | Bain de bouche à la propolis contre le même bain de bouche sans propolis, 30 jours | Saignement gingival significativement plus réduit avec la propolis, sans coloration des dents |
| Obturation dentaire, 40 molaires d'enfants, suivi 24 mois | Mélange oxyde de zinc et propolis contre le matériau classique | 95 % de succès contre 70 %, différence significative |
| Dialyse péritonéale, 90 patients, double aveugle | Propolis au point de sortie du cathéter contre sérum salé et contre antibiotique local, 6 mois | Zéro infection sous propolis, contre 10 % sous sérum et 6,7 % sous antibiotique ; différence non significative sur cet effectif |
Ils testent la propolis dans des situations où des bactéries sont réellement en cause, la plaque dentaire, un canal infecté, un point d'entrée de cathéter, et dans les trois cas la propolis fait au moins aussi bien que la référence, y compris face à un antibiotique local dans l'essai de dialyse. Les auteurs de cet essai recommandent d'ailleurs la propolis, en notant que l'antibiotique peut induire des résistances et que la propolis, d'origine végétale, ne le fait pas.
La composition de la propolis varie selon la flore locale, ce qui explique les différences entre propolis brune, verte ou rouge. Toutes partagent le même socle de flavonoïdes.
La gelée royale : des peptides antibactériens
La gelée royale est la sécrétion des glandes des jeunes abeilles nourricières, aliment exclusif de la reine. Une revue de la littérature publiée dans Microbiological Research retrace l'histoire de sa caractérisation antibactérienne et recense les composés identifiés.
| Composé | Nature | Activité documentée |
|---|---|---|
| Royalisine | Peptide antibactérien | Actif contre les bactéries à Gram positif, dont les staphylocoques |
| Jelleines | Famille de petits peptides | Antibactériens et antifongiques |
| Acide 10-hydroxy-2-décénoïque | Acide gras unique à la gelée royale | Antibactérien, marqueur de qualité de la gelée royale |
| Protéines majeures de gelée royale | Protéines nourricières | Activité antimicrobienne rapportée |
Les auteurs soulignent que la gelée royale brute et chacun de ses composants montrent une activité antimicrobienne, particulièrement forte contre les bactéries à Gram positif, et proposent son emploi comme agent antimicrobien naturel. Ces données proviennent d'études de laboratoire ; la gelée royale est le produit de cet article dont la caractérisation chimique est la plus avancée, et dont les essais cliniques sur l'infection restent à mener.
Les utiliser ensemble
Ces cinq produits ne se concurrencent pas, ils se complètent. Trois viennent de la ruche et sont consommés ensemble depuis toujours dans l'apithérapie. Les deux autres, la nigelle et l'ail noir, s'ajoutent par voie orale sans interaction connue entre eux. Voici ce que les études suggèrent pour chacun, et les quantités qu'elles ont utilisées.
| Produit | Sa force documentée | Ce qu'ont utilisé les essais |
|---|---|---|
| Miel | Toux et symptômes respiratoires ; cicatrisation des plaies en local | Une cuillère, plusieurs fois par jour ; application locale sur plaie propre |
| Nigelle | Confort digestif, activité anti-H. pylori | 1 à 3 g de graines par jour, la dose de 2 g ayant donné le meilleur résultat |
| Ail noir | Prévention des rhumes, soutien des cellules NK | Une gélule d'allicine par jour ; 2,56 g d'extrait vieilli par jour |
| Propolis | Sphère buccale et gorge, protection des zones exposées | Bain de bouche 30 jours ; application locale ; gélules ou poudre en cure |
| Gelée royale | Peptides antibactériens, tonus général | Fraîche ou lyophilisée, à jeun, en cure |
Que faire concrètement
La propolis et la gelée royale sont déconseillées aux personnes allergiques aux produits de la ruche ou au pollen. Le miel ne se donne pas aux enfants de moins d'un an. L'ail à forte dose peut majorer l'effet des anticoagulants. La nigelle est à éviter en grossesse par prudence. Une infection avec fièvre élevée, qui dure ou qui s'aggrave relève d'un médecin, et un traitement antibiotique prescrit ne s'interrompt jamais de soi-même.
Questions fréquentes
Comprendre
Qu'est-ce qu'un antibiotique naturel ?
Une substance produite par une plante, un animal ou un micro-organisme pour se défendre contre les bactéries, et dont l'activité antimicrobienne a été mesurée. Le miel, la nigelle, l'ail, la propolis et la gelée royale en font partie : chacun contient des composés identifiés, méthylglyoxal, thymoquinone, allicine, flavonoïdes, royalisine, dont l'action sur les bactéries est documentée en laboratoire, et pour plusieurs d'entre eux testée chez l'humain dans des essais cliniques.
Quel est l'antibiotique naturel le plus étudié ?
Le miel, avec une revue Cochrane de 26 essais et plus de 3 000 participants sur la cicatrisation des plaies, et une méta-analyse de 14 essais dans le BMJ sur les infections respiratoires hautes. Mais chacun des cinq produits de cet article dispose d'au moins un essai clinique : la nigelle face à Helicobacter pylori, l'ail face aux rhumes, la propolis en dentisterie et en dialyse. La gelée royale est la mieux documentée en laboratoire, avec des peptides antibactériens isolés et caractérisés.
Pourquoi la nature produit-elle des antibiotiques ?
Parce que plantes et insectes vivent au milieu des bactéries et ont développé des défenses chimiques pour survivre. La ruche est un milieu chaud et humide où tout pourrirait sans la propolis et les peptides de la gelée royale. La graine de nigelle doit résister aux moisissures du sol. L'ail se défend par l'allicine, qu'il ne produit qu'au moment où il est blessé. Ces substances sont le résultat de millions d'années de sélection face aux microbes, et c'est ce qui les rend intéressantes pour la recherche.
Les antibiotiques naturels créent-ils des résistances ?
Beaucoup moins que les antibiotiques de synthèse, et c'est l'un de leurs intérêts les plus étudiés. Un antibiotique classique agit souvent sur une cible unique, qu'une seule mutation peut contourner. Le miel, la propolis ou la nigelle agissent par plusieurs mécanismes simultanés, ce qui rend l'adaptation bactérienne beaucoup plus difficile. L'essai sur la propolis en dialyse mentionne explicitement ce point : l'antibiotique local peut induire des résistances, la propolis non.
Produit par produit
Le miel est-il vraiment antibactérien ?
Oui, par plusieurs mécanismes combinés : une osmolarité très élevée qui déshydrate les bactéries, un pH acide, la production de peroxyde d'hydrogène par une enzyme des abeilles, et pour le miel de manuka le méthylglyoxal. La revue Cochrane sur les plaies montre que le miel fait cicatriser les brûlures superficielles plus vite que les pansements conventionnels, d'environ quatre à cinq jours, et qu'il est plus efficace que les antiseptiques suivis de gaze sur les plaies infectées après chirurgie.
Le miel aide-t-il contre la toux et les infections respiratoires ?
Une méta-analyse de 14 essais publiée dans le BMJ Evidence-Based Medicine montre que le miel améliore davantage les symptômes des infections respiratoires hautes que les soins habituels, avec un effet marqué sur la fréquence et la sévérité de la toux. Les auteurs soulignent qu'il constitue une alternative largement disponible et peu coûteuse aux antibiotiques, qui sont souvent prescrits inutilement dans ces infections virales, et qu'il pourrait ainsi contribuer à limiter les résistances.
Que montre la nigelle contre Helicobacter pylori ?
Un essai randomisé chez 88 patients infectés a comparé la trithérapie antibiotique de référence à trois doses de graines de nigelle associées à de l'oméprazole. Le taux d'éradication était de 82,6 % avec la trithérapie et de 66,7 % avec 2 g de nigelle par jour, une différence statistiquement non significative. Les auteurs concluent que la nigelle possède une activité anti-Helicobacter cliniquement utile, comparable à la trithérapie, et appellent à des essais l'associant aux antibiotiques.
Quel est le composé actif de la nigelle ?
La thymoquinone, principal constituant de l'huile essentielle des graines de Nigella sativa. Les revues de la littérature lui attribuent une activité antibactérienne, antifongique, anti-inflammatoire et antioxydante, documentée sur de nombreuses souches en laboratoire, dont certaines résistantes aux antibiotiques classiques. La nigelle est l'une des plantes médicinales les plus étudiées au monde, avec plusieurs centaines de publications.
L'ail protège-t-il vraiment des rhumes ?
Dans un essai en double aveugle chez 146 volontaires suivis douze semaines en hiver, le groupe recevant une gélule quotidienne d'ail riche en allicine a eu 24 rhumes contre 65 dans le groupe placebo, et les symptômes ont duré en moyenne 1,5 jour contre 5. Les participants sous ail étaient moins susceptibles d'attraper un rhume, et guérissaient plus vite quand ils en attrapaient un.
Qu'apporte l'ail noir par rapport à l'ail frais ?
L'ail noir est un ail vieilli, transformé par une maturation lente qui convertit l'allicine, instable et odorante, en composés soufrés stables comme la S-allyl-cystéine, et qui supprime l'odeur et l'irritation digestive. Un essai randomisé chez 120 personnes avec un extrait d'ail vieilli a montré une meilleure prolifération des cellules NK et des lymphocytes T gamma-delta après 45 jours, et sur 90 jours 21 % de symptômes en moins lors des rhumes, 61 % de jours en moins à fonctionner au ralenti et 58 % d'absences en moins.
La propolis a-t-elle été testée chez l'humain ?
Oui, dans plusieurs essais randomisés. En bain de bouche, elle a réduit significativement le saignement gingival chez des patients atteints de gingivite, sans colorer les dents. En dentisterie pédiatrique, un mélange oxyde de zinc et propolis a obtenu 95 % de succès à 24 mois comme matériau d'obturation canalaire, contre 70 % pour le matériau classique. Chez des patients dialysés, l'application de propolis au point de sortie du cathéter n'a donné aucune infection en six mois, contre 10 % sous sérum salé et 6,7 % sous antibiotique local, sans que la différence atteigne la significativité sur ce petit effectif.
Qu'est-ce qui rend la propolis antibactérienne ?
Sa richesse en flavonoïdes, en acides phénoliques et en esters comme le CAPE, que les abeilles collectent sur les bourgeons et les écorces puis mélangent à leurs sécrétions pour aseptiser la ruche. C'est littéralement le matériau que les abeilles utilisent pour protéger la colonie des infections. Sa composition varie selon la flore locale, ce qui explique les différences entre propolis brune, verte ou rouge.
La gelée royale est-elle antibactérienne ?
Oui, et de façon remarquable pour une substance nourricière. Une revue de la littérature dans Microbiological Research recense les composés identifiés : la royalisine, un peptide antibactérien, les jelleines, une famille de petits peptides, l'acide 10-hydroxy-2-décénoïque, acide gras unique à la gelée royale, et les protéines majeures de gelée royale. L'ensemble est particulièrement actif contre les bactéries à Gram positif, dont les staphylocoques. Ces données proviennent d'études de laboratoire, les essais cliniques sur l'infection restant à mener.
En pratique
Peut-on associer plusieurs antibiotiques naturels ?
Ils se complètent naturellement, et c'est la tradition de l'apithérapie : miel, propolis et gelée royale proviennent de la même ruche et sont souvent consommés ensemble. La nigelle et l'ail noir s'ajoutent par voie orale sans interaction connue entre eux. En période hivernale, propolis et ail noir en cure, miel en usage quotidien, nigelle pour le confort digestif, forment un ensemble cohérent avec ce que les études ont mesuré pour chacun.
Sous quelle forme prendre ces produits ?
Le miel se consomme tel quel, une cuillère, ou s'applique localement sur une plaie propre. La nigelle s'utilise en graines moulues ou en huile, les essais ayant utilisé 1 à 3 g de graines par jour. L'ail noir se prend en gélules d'extrait, les essais utilisant environ 2,5 g d'extrait vieilli par jour. La propolis existe en gélules, poudre, teinture ou bain de bouche. La gelée royale se prend fraîche ou lyophilisée, à jeun. Les formes dosées permettent de reproduire les quantités des essais.
Combien de temps dure une cure ?
Les essais donnent des repères : douze semaines pour l'ail face aux rhumes, 90 jours pour l'ail vieilli, quatre semaines pour la nigelle face à Helicobacter pylori, 30 jours pour le bain de bouche à la propolis. Une cure de six à douze semaines à l'entrée de l'hiver correspond aux durées étudiées. Le miel s'utilise au quotidien, sans notion de cure.
Y a-t-il des précautions ?
La propolis et la gelée royale sont déconseillées aux personnes allergiques aux produits de la ruche et au pollen. Le miel ne se donne pas aux enfants de moins d'un an. L'ail à forte dose peut majorer l'effet des anticoagulants. La nigelle est à éviter en grossesse par prudence. Et une infection avec fièvre élevée, qui dure ou qui s'aggrave relève d'un médecin : ces produits accompagnent, ils ne remplacent pas un traitement prescrit, qu'il ne faut jamais interrompre de soi-même.
Que retenir sur les antibiotiques naturels ?
Que cinq produits de la ruche et de la terre ont une activité antimicrobienne mesurée, et que chacun a été testé chez l'humain ou caractérisé en laboratoire. Le miel cicatrise les plaies et calme la toux dans des revues de haut niveau. La nigelle égale la trithérapie face à Helicobacter pylori dans un essai. L'ail divise par plus de deux le nombre de rhumes. La propolis réduit le saignement gingival et protège des infections dans des essais randomisés. La gelée royale contient des peptides antibactériens caractérisés. Ce sont des alliés documentés, à utiliser en accompagnement et en prévention.
Glossaire
- Antibiotique naturel
- Substance produite par un organisme vivant pour se défendre des bactéries, dont l'activité antimicrobienne est mesurable.
- Thymoquinone
- Principal composé actif de l'huile de nigelle, à l'activité antibactérienne, antifongique et anti-inflammatoire documentée.
- Allicine
- Composé soufré formé quand l'ail est coupé ou écrasé, responsable de son odeur et de son activité antimicrobienne.
- S-allyl-cystéine
- Dérivé soufré stable et sans odeur formé lors du vieillissement de l'ail, caractéristique de l'ail noir.
- Méthylglyoxal
- Composé antibactérien du miel de manuka, responsable de son activité non peroxydique.
- Flavonoïdes
- Famille de polyphénols végétaux, composants majeurs de la propolis, à l'activité antibactérienne et antioxydante.
- Royalisine et jelleines
- Peptides antibactériens de la gelée royale, actifs contre les bactéries à Gram positif.
- Acide 10-hydroxy-2-décénoïque
- Acide gras unique à la gelée royale, antibactérien, utilisé comme marqueur de qualité.
- Helicobacter pylori
- Bactérie de l'estomac responsable de la plupart des ulcères et de nombreuses gastrites.
- Trithérapie
- Traitement de référence d'H. pylori associant deux antibiotiques et un inhibiteur de l'acidité gastrique.
- Cellules NK
- Lymphocytes tueurs naturels, première ligne de défense de l'immunité contre les cellules infectées.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Jull AB, et al. Le miel en traitement local des plaies. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015;(3):CD005083. DOI
- Abuelgasim H, Albury C, Lee J. Efficacité du miel pour le soulagement symptomatique des infections des voies respiratoires supérieures : revue systématique et méta-analyse. BMJ Evidence-Based Medicine, 2021;26(2):57-64. DOI
- Salem EM, et al. Étude comparative de Nigella sativa et de la trithérapie dans l'éradication d'Helicobacter pylori chez des patients avec dyspepsie non ulcéreuse. Saudi Journal of Gastroenterology, 2010;16(3):207-214. DOI
- Ahmad A, et al. Revue du potentiel thérapeutique de Nigella sativa. Asian Pacific Journal of Tropical Biomedicine, 2013;3(5):337-352. DOI
- Josling P. Prévention du rhume par un complément d'ail : enquête en double aveugle contre placebo. Advances in Therapy, 2001;18(4):189-193. DOI
- Nantz MP, et al. La supplémentation en extrait d'ail vieilli améliore la fonction des cellules NK et des lymphocytes T gamma-delta et réduit la sévérité des symptômes de rhume et de grippe. Clinical Nutrition, 2012;31(3):337-344. DOI
- Kiani S, Birang R, Jamshidian N. Effet d'un bain de bouche à la propolis sur les paramètres parodontaux cliniques chez des patients atteints de gingivite : essai clinique randomisé en double aveugle. International Journal of Dental Hygiene, 2022;20(2):434-440. DOI
- RojaRamya KS, et al. Évaluation d'un mélange oxyde de zinc et propolis comme matériau d'obturation canalaire des molaires temporaires : essai randomisé contrôlé avec suivi de 24 mois. Journal of the Indian Society of Pedodontics and Preventive Dentistry, 2020;38(2):171-176. DOI
- Moghiseh L, et al. Impact de la propolis sur l'infection du point de sortie du cathéter et la péritonite chez des patients en dialyse péritonéale : essai clinique. BMC Nephrology, 2022;23:408. DOI
- Fratini F, Cilia G, Mancini S, Felicioli A. La gelée royale : un remède ancien aux remarquables propriétés antibactériennes. Microbiological Research, 2016;192:130-141. DOI


