Commençons par la phrase que vous ne trouverez pas sur la plupart des pages qui vendent des cures détox, et qui vient d'une revue critique publiée dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics : aucun essai randomisé contrôlé n'a jamais évalué l'efficacité d'un régime détox commercial chez l'humain. Pas un seul.
Ce n'est pas la fin de l'histoire, c'est le début. Parce que si le mot « détox » relève du marketing, l'organe dont il parle est bien réel, et il fait un travail précis, en deux phases, qu'on peut décrire exactement. Et parmi les plantes qu'on trouve dans ces formules, certaines ont des données solides sur ce travail. Le chardon-marie dispose d'une méta-analyse de 26 essais randomisés et 2 375 patients. D'autres reposent surtout sur l'usage traditionnel, et nous le dirons aussi.
Le mot. « Détox » n'a pas de définition scientifique, et la revue critique de référence ne trouve aucun essai randomisé sur les cures commerciales. L'organe. Le foie, lui, détoxifie réellement : la phase I rend les molécules réactives, la phase II les conjugue pour les rendre évacuables. Ce travail est continu et ne s'accumule pas : il n'y a rien à « nettoyer ».
Les plantes, par ordre de preuves. Le chardon-marie arrive loin devant : méta-analyse de 26 essais et 2 375 patients, avec baisse des transaminases ALT et AST, du cholestérol, des triglycérides et de l'insulinorésistance, et amélioration de la stéatose à l'histologie. L'artichaut suit, avec des effets cholérétiques, hépatoprotecteurs et lipidiques documentés. Le pissenlit et le radis noir reposent surtout sur l'usage traditionnel, avec une littérature clinique nettement plus mince. Ce qu'une cure ne fera pas : faire maigrir, accélérer l'élimination de l'alcool, ni remplacer un bilan si vos transaminases sont élevées.
- Ce que la recherche dit du mot « détox »
- Ce que le foie fait vraiment, en deux phases
- Chardon-marie : la seule vraie littérature
- Artichaut : la bile et les lipides
- Pissenlit et radis noir : l'usage traditionnel et ses limites
- Ce qu'une cure ne fera pas
- Ce qui pèse vraiment sur le foie
- Sécurité et contre-indications
- Questions fréquentes
Ce que la recherche dit du mot « détox »
Les régimes détox sont des stratégies populaires qui prétendent faciliter l'élimination des toxines et la perte de poids. Bien que l'industrie de la détox soit en plein essor, il existe très peu de preuves cliniques soutenant l'usage de ces régimes. Une poignée d'études cliniques ont montré que des régimes détox commerciaux amélioraient la détoxification hépatique et éliminaient des polluants organiques persistants de l'organisme, mais ces études sont entravées par des méthodologies défaillantes et de faibles effectifs. À la connaissance des auteurs, aucun essai randomisé contrôlé n'a été conduit pour évaluer l'efficacité des régimes détox commerciaux chez l'humain.
Klein AV, Kiat H. J Hum Nutr Diet 2015;28(6):675-686. DOI : 10.1111/jhn.12286
Il faut lire cette conclusion pour ce qu'elle dit exactement, et pour ce qu'elle ne dit pas. Elle ne dit pas que les plantes concernées sont inertes. Elle dit que le produit « cure détox » n'a pas été évalué, et que les rares études qui s'en approchent sont trop faibles pour conclure. C'est une absence de preuve, ce qui n'est pas la même chose qu'une preuve d'absence.
La conséquence pratique est simple : il faut cesser de juger une formule sur le mot inscrit sur la boîte, et la juger sur ce que chacune de ses plantes a réellement montré. C'est exactement ce que fait la suite de cet article.
Ce que le foie fait vraiment, en deux phases
Le foie n'est pas un filtre qui retiendrait des saletés jusqu'à saturation. C'est une usine de transformation chimique. Son problème de fond est le suivant : beaucoup de substances à éliminer, médicaments, alcool, polluants, hormones usées, sont liposolubles, donc elles ne partent pas dans l'urine, qui est aqueuse. Il faut les rendre hydrosolubles. Cela se fait en deux temps.
| Étape | Ce qui se passe | Le résultat |
|---|---|---|
| Phase I | Les enzymes du cytochrome P450 modifient la molécule en y ajoutant ou en y révélant un groupe chimique réactif | Un intermédiaire souvent plus réactif que la molécule de départ |
| Phase II | Cet intermédiaire est conjugué à une autre molécule : glucuronide, sulfate ou glutathion | Un composé hydrosoluble, évacuable par l'urine ou la bile |
La phase I ne rend pas les choses inoffensives : elle produit souvent des intermédiaires plus réactifs que la substance initiale. C'est la phase II qui neutralise et évacue. Un foie efficace n'est donc pas un foie dont la phase I tourne à plein régime, c'est un foie dont les deux phases sont équilibrées. Toute promesse d'« accélérer la détoxification » sans préciser de quelle phase on parle est vide de sens.
Et surtout : ce travail est permanent. Il n'y a pas de file d'attente qui s'allongerait, pas de résidus qui s'accumuleraient en attendant une cure de printemps.
Chardon-marie : la seule vraie littérature
Vingt-six essais randomisés contrôlés totalisant 2 375 patients atteints de stéatose hépatique non alcoolique ont été inclus. L'administration de silymarine a significativement réduit les taux de cholestérol total, de triglycérides, de LDL, d'insuline à jeun et l'indice HOMA-IR, et augmenté le HDL. La silymarine a par ailleurs atténué l'atteinte hépatique, avec une baisse des transaminases ALT et AST. Les indices de stéatose hépatique étaient également diminués. L'histologie hépatique du groupe traité montrait une amélioration significative de la stéatose. Les auteurs concluent que la silymarine peut réguler le métabolisme énergétique, atténuer les dommages hépatiques et améliorer l'histologie du foie, tout en précisant que ses effets devront être confirmés par de nouvelles recherches.
Li S, Duan F, Li S, Lu B. Ann Hepatol 2024;29(2):101174. DOI : 10.1016/j.aohep.2023.101174
Ce qui rend ce résultat différent de tout le reste du dossier détox, c'est la nature des critères. Ce ne sont pas des sensations de légèreté rapportées par questionnaire, ce sont des transaminases, un bilan lipidique, un indice d'insulinorésistance et une histologie hépatique. Des chiffres de laboratoire et des lames au microscope.
Une revue publiée dans Advances in Therapy va dans le même sens et ajoute un élément notable : dans une analyse groupée d'essais menés chez des patients cirrhotiques, le traitement par silymarine était associé à une réduction significative des décès d'origine hépatique. Une méta-analyse consacrée aux polyphénols dans la stéatose non alcoolique conclut de son côté que la silymarine est efficace pour améliorer l'ALT et l'AST et réduire l'accumulation de graisse hépatique ainsi que la rigidité du foie.
Ces travaux portent sur des patients atteints d'une pathologie hépatique documentée, principalement une stéatose non alcoolique, pas sur des personnes en bonne santé qui font une cure de printemps. Une revue de Phytotherapy Research le formule sans détour : malgré des données précliniques encourageantes, des essais randomisés bien conçus supplémentaires restent nécessaires pour établir pleinement la valeur réelle du chardon-marie dans les maladies du foie.
Autrement dit : la plante est sérieuse, le champ où elle a été démontrée est médical, et cela mérite d'être su avant d'acheter.
L'actif s'appelle la silymarine, un mélange de flavonolignanes dont le principal est la silybine. Une plante brute et un extrait titré à 75 ou 80 % de silymarine ne sont pas comparables. Le chiffre à chercher est donc la quantité de silymarine, pas seulement le poids de plante. Notre guide complet du chardon-marie détaille les doses des essais, et notre article sur les dangers et contre-indications traite la sécurité en détail.
Artichaut : la bile et les lipides
L'extrait de feuille d'artichaut est l'un des rares remèdes végétaux pour lesquels les essais cliniques et expérimentaux se sont complétés. Des effets antioxydants, cholérétiques, hépatoprotecteurs, d'augmentation de la bile et de baisse des lipides ont été démontrés, ce qui correspondait à son usage historique. L'effet le plus significatif semble être son action bénéfique sur le foie. Dans les études animales, les extraits liquides de racines et de feuilles d'artichaut ont montré une capacité à protéger le foie, avec possiblement une aide à la régénération des cellules hépatiques. L'artichaut sauvage bouilli a réduit les réponses glycémique et insulinémique postprandiales chez des sujets normaux, mais sans effet chez des patients atteints de syndrome métabolique.
Ben Salem M, Affes H, Ksouda K, et al. Plant Foods Hum Nutr 2015;70(4):441-453. DOI : 10.1007/s11130-015-0503-8
Le point intéressant est l'effet cholérétique, c'est-à-dire l'augmentation de la sécrétion biliaire. La bile est le véhicule qui emporte hors du foie une partie des composés conjugués en phase II, et c'est aussi ce qui permet d'émulsionner les graisses alimentaires. Cela relie directement l'artichaut à ce que la tradition en dit depuis toujours : les digestions lourdes et les repas gras. Ce n'est pas de la détox au sens marketing, c'est un mécanisme identifié qui correspond à un inconfort réel.
À noter aussi la nuance de la dernière phrase citée : l'effet sur la glycémie postprandiale apparaît chez des sujets normaux et disparaît chez les patients atteints de syndrome métabolique. Les auteurs ne cachent pas les résultats qui ne vont pas dans le sens attendu, ce qui rend le reste plus crédible.
Pissenlit et radis noir : l'usage traditionnel et ses limites
Une revue publiée dans le Journal of Ethnopharmacology recense un usage traditionnel ancien dans les troubles digestifs, dyspepsie, anorexie, gastrite, et une composition riche : taraxastérol, acide chicorique, acide chlorogénique, lutéoline et ses glucosides, polysaccharides, inuline. Des effets ont été décrits sur la dyspepsie, le reflux, la gastrite, les maladies du foie et les calculs biliaires. Mais les auteurs concluent explicitement que la recherche sur les produits dérivés du pissenlit reste limitée, que les travaux disponibles sont essentiellement in vivo et in vitro, et que des études cliniques supplémentaires sont nécessaires sur le métabolisme, la biodisponibilité et la sécurité. Les études que nous avons retrouvées portent sur des modèles animaux, souris et rats.
Le radis noir est traditionnellement employé comme cholagogue, pour favoriser l'évacuation de la bile, et il figure dans presque toutes les formules détox françaises pour cette raison. Sa littérature clinique est toutefois nettement plus mince que celle du chardon-marie ou de l'artichaut : nos recherches sur PubMed ne font pas ressortir d'essai clinique de référence chez l'humain. Nous préférons l'écrire plutôt que lui prêter des effets que personne n'a mesurés.
Parce qu'un usage traditionnel long n'est pas rien : il apporte un signal empirique et un recul de tolérance considérable. Mais il ne remplace pas un essai. La position honnête consiste à hiérarchiser plutôt qu'à tout mettre sur le même plan, et c'est ce que fait cet article : le chardon-marie d'abord, l'artichaut ensuite, le pissenlit et le radis noir comme accompagnement traditionnel.
Ce qu'une cure ne fera pas
La revue critique de référence examine précisément cette promesse et ne trouve aucun essai randomisé la soutenant. Quand une perte de poids survient pendant une cure, elle s'explique le plus souvent par la restriction calorique qui l'accompagne et par la perte d'eau, et elle se reprend à l'arrêt. Si c'est votre objectif, notre comparatif des brûleurs de graisse classe les actifs par niveau de preuve.
L'élimination de l'alcool suit un rythme à peu près fixe, gouverné par l'alcool déshydrogénase, qu'aucune plante ne raccourcit. Notre article sur le temps que l'alcool reste dans le corps détaille ce mécanisme. La vraie question, si elle se pose régulièrement, se discute avec un médecin.
Des transaminases élevées sur une prise de sang, une fatigue qui s'installe, un jaunissement de la peau ou du blanc des yeux, des urines foncées, des selles décolorées ou une douleur sous les côtes à droite ne sont pas des signes de « foie encrassé ». Ce sont des signes cliniques qui appellent un avis médical et un bilan.
Ce qui pèse vraiment sur le foie
Si l'on regarde ce que la littérature hépatologique identifie comme déterminants du fonctionnement du foie, la hiérarchie est sans surprise et sans concurrence possible avec un complément.
90 gélules apportant chaque jour 600 mg de chardon-marie, 450 mg de pissenlit, 300 mg d'artichaut et 300 mg de radis noir, toutes issues de l'agriculture biologique. Le chardon-marie est en tête de formule, à la dose la plus élevée, ce qui correspond à l'ordre des preuves décrit dans cet article. Trois gélules par jour, 30 jours de cure.
Voir le Détox bioDéconseillé en cas d'obstruction des voies biliaires, de calculs biliaires, pendant la grossesse et l'allaitement, et en cas d'allergie aux Astéracées.
Sécurité et contre-indications
Une revue de sécurité actualisée sur la silymarine conclut qu'elle est sûre chez l'humain aux doses thérapeutiques et bien tolérée même à une dose élevée de 700 mg trois fois par jour pendant 24 semaines. Les effets rapportés sont digestifs et légers, essentiellement nausées et diarrhées. Les interactions médicamenteuses sont faibles et la silymarine n'a pas d'effet majeur sur les cytochromes P450, mais les auteurs recommandent la prudence en association avec des médicaments à marge thérapeutique étroite.
Obstruction des voies biliaires ou calculs biliaires. Les plantes cholérétiques et cholagogues, artichaut et radis noir en tête, sont précisément contre-indiquées dans ces situations : stimuler la sécrétion ou l'évacuation de la bile en présence d'un obstacle est le contraire de ce qu'il faut faire. Avis médical obligatoire.
Allergie aux Astéracées. Le chardon-marie, l'artichaut et le pissenlit appartiennent tous les trois à cette famille, aux côtés de l'ambroisie, de la camomille et du souci.
Grossesse et allaitement. La revue de sécurité recommande la prudence pendant la grossesse et souligne que davantage d'études sont nécessaires.
Traitement en cours. Comme pour tout complément, la question se pose au pharmacien avant l'achat, en particulier avec les médicaments à marge thérapeutique étroite.
Choisissez ce qui vous ressemble le plus : la réponse s'affiche juste en dessous.
L'effet cholérétique documenté, l'augmentation de la sécrétion biliaire, correspond exactement à cet inconfort et explique son usage traditionnel dans les digestions lourdes. Vérifiez d'abord l'absence de calculs biliaires, qui contre-indiquent ces plantes. Et si les ballonnements dominent, notre guide des ballonnements couvre d'autres causes fréquentes.
C'est le seul profil où la littérature sur le chardon-marie s'applique vraiment, puisque les 26 essais portent sur des patients avec une atteinte hépatique documentée. Mais c'est aussi le profil qui a besoin d'un diagnostic : des transaminases élevées ont plusieurs causes possibles et méritent d'être explorées. Une cure ne remplace pas ce bilan, elle peut éventuellement l'accompagner, sur avis médical.
Aucun essai randomisé ne soutient la détox comme stratégie de perte de poids. Ce qui se perd pendant une cure est surtout de l'eau et l'effet de la restriction qui l'accompagne. Notre comparatif des brûleurs de graisse et notre liste de conseils fondés sur des preuves répondent mieux à cet objectif.
Aucune plante ne rattrape des excès, et il serait malhonnête de le prétendre. Mais la période où l'on décide de faire une cure est souvent celle où l'on reprend une alimentation plus légère, moins d'alcool et plus de mouvement. Ces changements-là ont des effets réels. Voyez la cure comme le marqueur d'une reprise en main plutôt que comme son moteur, et l'ordre des leviers décrit plus haut vous en dira plus.
Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Le concept
Les cures détox fonctionnent-elles ?
En tant que concept commercial, non, et une revue critique publiée dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics le dit sans détour : à la connaissance des auteurs, aucun essai randomisé contrôlé n'a été conduit pour évaluer l'efficacité des régimes détox commerciaux chez l'humain. Quelques études cliniques suggèrent que certains protocoles améliorent la détoxification hépatique ou éliminent des polluants organiques persistants, mais elles sont limitées par des méthodologies défaillantes et de petits effectifs. Cela ne veut pas dire que les plantes concernées ne font rien : cela veut dire que la cure détox comme produit n'a pas été testée.
Le foie a-t-il besoin d'être nettoyé ?
Non, il n'est pas un filtre qui s'encrasse. Le foie transforme en permanence les substances liposolubles en composés hydrosolubles que les reins et la bile peuvent évacuer. Ce travail ne s'arrête jamais et ne s'accumule pas. Un foie en bonne santé n'a pas de résidus à chasser. La vraie question n'est donc pas de le nettoyer mais de savoir s'il travaille dans de bonnes conditions, et c'est là que l'alimentation, l'alcool et le poids comptent bien plus que n'importe quelle gélule.
Comment le foie détoxifie-t-il concrètement ?
En deux temps. La phase I, portée par les enzymes du cytochrome P450, modifie la molécule en y ajoutant ou en y révélant un groupe chimique réactif. La phase II conjugue ce produit intermédiaire à une autre molécule, glucuronide, sulfate ou glutathion, ce qui le rend hydrosoluble et excrétable. Détail important : la phase I produit souvent des intermédiaires plus réactifs que la molécule de départ. Un foie efficace est donc un foie dont les deux phases sont équilibrées, pas un foie dont la phase I est accélérée.
Faut-il faire une cure détox au printemps ?
Rien dans la physiologie ne justifie une saisonnalité. Le foie ne travaille pas différemment en mars. Ce que la tradition printanière capture, en revanche, est réel : c'est souvent le moment où l'on reprend une alimentation plus végétale, plus de mouvement et moins d'alcool après l'hiver. Ces changements-là ont des effets mesurables, et une cure de plantes peut les accompagner sans en être la cause.
Les plantes
Quelle plante a le plus de données sur le foie ?
Le chardon-marie, sans concurrence. Une méta-analyse publiée dans Annals of Hepatology a regroupé 26 essais randomisés et 2 375 patients atteints de stéatose hépatique non alcoolique. La silymarine y réduit significativement les transaminases ALT et AST, le cholestérol total, les triglycérides, le LDL, l'insuline à jeun et l'indice HOMA-IR, augmente le HDL, et améliore la stéatose à l'histologie hépatique. Ce sont des marqueurs mesurés, pas des sensations.
Qu'est-ce que la silymarine ?
C'est le mélange de flavonolignanes extrait des graines de chardon-marie, dont le composant principal est la silybine. C'est la substance qui porte l'activité. Une plante peu concentrée et un extrait titré à 75 ou 80 % de silymarine ne sont donc pas le même produit, et c'est le premier critère à vérifier sur une étiquette : la quantité de silymarine, pas seulement le poids de plante.
Que fait l'artichaut ?
L'artichaut est l'une des rares plantes où les essais expérimentaux et cliniques se rejoignent. Une revue pharmacologique lui reconnaît des effets antioxydants, cholérétiques, hépatoprotecteurs, d'augmentation de la bile et de baisse des lipides. C'est cette action cholérétique, l'augmentation de la sécrétion biliaire, qui explique son usage traditionnel dans les digestions lourdes et les repas gras, et elle correspond à ce que la recherche a mesuré.
Et le pissenlit ?
Le pissenlit a un usage traditionnel ancien dans les troubles digestifs et une composition intéressante, avec du taraxastérol, de l'acide chicorique, de l'acide chlorogénique, de la lutéoline et de l'inuline. Mais une revue publiée dans le Journal of Ethnopharmacology est claire sur le niveau de preuve : les travaux disponibles restent essentiellement précliniques, in vivo et in vitro, et davantage d'études cliniques sont nécessaires sur le métabolisme, la biodisponibilité et la sécurité. C'est une plante prometteuse, pas une plante démontrée chez l'humain.
Le radis noir a-t-il des preuves ?
Peu. Le radis noir est traditionnellement utilisé comme cholagogue, c'est-à-dire pour favoriser l'évacuation de la bile, et il figure dans la plupart des formules de détox françaises pour cette raison. Mais la littérature clinique le concernant est nettement plus mince que celle du chardon-marie ou de l'artichaut. Nous préférons le dire plutôt que lui prêter des effets que les essais n'ont pas mesurés.
Les promesses
Une cure détox fait-elle maigrir ?
Non. La revue critique de référence sur le sujet examine précisément cette promesse et ne trouve pas d'essai randomisé la soutenant. Quand une perte de poids survient pendant une cure, elle s'explique le plus souvent par la restriction calorique qui l'accompagne et par la perte d'eau, et elle se reprend à l'arrêt. Si votre objectif est la perte de poids, la question est ailleurs.
Une cure détox élimine-t-elle l'alcool ou les excès plus vite ?
Non. L'élimination de l'alcool suit un rythme fixe, gouverné par l'alcool déshydrogénase, qu'aucune plante n'accélère. Aucun complément ne raccourcit ce délai. En revanche, la question de fond est légitime : une consommation régulière pèse réellement sur le foie, et c'est un motif de discussion avec un médecin plutôt qu'un motif de cure.
Sécurité
Le chardon-marie est-il sûr ?
Une revue de sécurité actualisée conclut que la silymarine est sûre chez l'humain aux doses thérapeutiques et bien tolérée même à une dose élevée de 700 mg trois fois par jour pendant 24 semaines. Les effets rapportés sont digestifs et légers, nausées et diarrhées. Les interactions médicamenteuses sont faibles et la silymarine n'a pas d'effet majeur sur les cytochromes P450, mais la prudence reste de mise avec les médicaments à marge thérapeutique étroite. Une prudence particulière s'applique pendant la grossesse.
Qui ne doit pas prendre ces plantes ?
Les personnes souffrant d'obstruction des voies biliaires, de calculs biliaires ou de maladie hépatique doivent demander un avis médical, les plantes cholérétiques et cholagogues étant précisément contre-indiquées dans ces situations. Les femmes enceintes ou allaitantes. Les personnes allergiques aux Astéracées, famille à laquelle appartiennent le chardon-marie, l'artichaut et le pissenlit. Et toute personne sous traitement régulier, en particulier à marge thérapeutique étroite.
Quels signes doivent faire consulter plutôt que se supplémenter ?
Une fatigue persistante, un jaunissement de la peau ou du blanc des yeux, des urines foncées, des selles décolorées, des douleurs sous les côtes à droite, des démangeaisons diffuses ou des transaminases élevées sur une prise de sang. Ce ne sont pas des signes de foie encrassé mais des signes cliniques qui appellent un avis médical et un bilan, pas une cure.
Que retenir sur la détox ?
Que le mot est marketing mais que l'organe est réel. Que la cure détox comme produit n'a jamais été testée dans un essai randomisé. Que le chardon-marie a, lui, une vraie littérature hépatologique avec une méta-analyse de 26 essais. Que l'artichaut a des données cholérétiques et lipidiques cohérentes. Que le pissenlit et le radis noir relèvent surtout de l'usage traditionnel. Et que ce qui pèse le plus sur le foie reste l'alcool, le poids et l'alimentation, bien avant n'importe quelle gélule.
Glossaire
- Phase I
- Première étape du métabolisme hépatique, portée par le cytochrome P450 ; rend la molécule réactive sans encore la neutraliser.
- Phase II
- Seconde étape ; conjugue l'intermédiaire à un glucuronide, un sulfate ou du glutathion pour le rendre hydrosoluble et évacuable.
- Cytochrome P450
- Famille d'enzymes hépatiques responsables de la phase I et du métabolisme de nombreux médicaments.
- Silymarine
- Mélange de flavonolignanes extrait des graines de chardon-marie, dont le principal actif est la silybine.
- Cholérétique
- Qui augmente la sécrétion de bile par le foie ; propriété attribuée à l'artichaut.
- Cholagogue
- Qui favorise l'évacuation de la bile vers l'intestin ; usage traditionnel du radis noir.
- Transaminases (ALT, AST)
- Enzymes hépatiques dosées sur une prise de sang ; leur élévation signale une souffrance des cellules du foie.
- Stéatose hépatique non alcoolique
- Accumulation de graisse dans le foie sans cause alcoolique ; c'est la population des 26 essais sur le chardon-marie.
- HOMA-IR
- Indice calculé à partir de la glycémie et de l'insuline à jeun, qui estime la résistance à l'insuline.
- Astéracées
- Famille botanique du chardon-marie, de l'artichaut et du pissenlit, mais aussi de l'ambroisie et de la camomille.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- Klein AV, Kiat H. Régimes détox pour l'élimination des toxines et la gestion du poids : revue critique des preuves. Journal of Human Nutrition and Dietetics, 2015;28(6):675-686. DOI
- Li S, Duan F, Li S, Lu B. Administration de silymarine dans la NAFLD/NASH : revue systématique et méta-analyse. Annals of Hepatology, 2024;29(2):101174. DOI
- Gillessen A, Schmidt HH. La silymarine comme traitement de soutien dans les maladies du foie : revue narrative. Advances in Therapy, 2020;37(4):1279-1301. DOI
- Abenavoli L, Izzo AA, Milić N, Cicala C, Santini A, Capasso R. Chardon-marie (Silybum marianum) : aperçu de sa chimie et de ses usages pharmacologiques et nutraceutiques dans les maladies du foie. Phytotherapy Research, 2018;32(11):2202-2213. DOI
- Soleimani V, Delghandi PS, Moallem SA, Karimi G. Sécurité et toxicité de la silymarine, principal constituant de l'extrait de chardon-marie : revue actualisée. Phytotherapy Research, 2019;33(6):1627-1638. DOI
- Yang K, Chen J, Zhang T, et al. Efficacité et sécurité de la supplémentation en polyphénols alimentaires dans le traitement de la stéatose hépatique non alcoolique : revue systématique et méta-analyse. Frontiers in Immunology, 2022;13:949746. DOI
- Ben Salem M, Affes H, Ksouda K, et al. Études pharmacologiques de l'extrait de feuille d'artichaut et bénéfices pour la santé. Plant Foods for Human Nutrition, 2015;70(4):441-453. DOI
- Li Y, Chen Y, Sun-Waterhouse D. Le potentiel du pissenlit contre les maladies gastro-intestinales : revue. Journal of Ethnopharmacology, 2022;293:115272. DOI


