La glutamine est l'acide aminé libre le plus abondant du corps. Sa réputation de sécurité a pourtant été écornée en 2013, quand un grand essai mené chez 1 223 patients de réanimation a relevé 32,4 % de décès à 28 jours chez ceux qui recevaient de fortes doses de glutamine, contre 27,2 % chez les autres. Dans le même temps, un essai chez des adultes souffrant de troubles intestinaux a mesuré 3,8 % d'effets indésirables avec 15 g par jour, exactement autant que sous placebo.
Ces deux résultats ne se contredisent pas : ils concernent des personnes, des doses et des voies d'administration très différentes. Ce guide reprend chaque risque à partir des études identifiées via PubMed, avec sa fréquence réelle et un verdict en quatre niveaux : établi, rare, théorique ou idée reçue.
Chez l'adulte en bonne santé : aux doses courantes, la glutamine est bien tolérée dans les essais. Une revue de sécurité retient 14 g par jour comme le niveau d'apport jusqu'auquel l'absence d'effet indésirable est solidement documentée (ce n'est pas un seuil de toxicité). Les effets digestifs existent mais restent rares et légers ; à 15 g par jour pendant 8 semaines, ils n'étaient pas plus fréquents que sous placebo.
Les vrais risques concernent des situations précises : une hausse de la mortalité chez des patients de réanimation en défaillance de plusieurs organes recevant de très fortes doses par perfusion et par sonde, surtout en cas d'atteinte rénale selon une analyse exploratoire ; une hausse nette de l'ammoniaque chez les personnes atteintes de cirrhose ; quelques cas isolés d'atteinte rénale, hépatique ou cérébrale. Pour le cancer, le risque reste théorique. Les données manquent pendant la grossesse, l'allaitement et chez l'enfant.
- Dangereuse ou non ? Ce que disent les revues de sécurité
- Troubles digestifs : rares et légers aux doses courantes
- Sportifs : des doses de 5 à 50 g et plus
- Intestin fragile : ce que montrent les essais
- Réanimation : le signal de mortalité, expliqué
- Les reins : un cas publié et un signal en réanimation
- Foie, ammoniaque et encéphalopathie
- Glutamine et cancer : laboratoire contre essais cliniques
- Cerveau, humeur, épilepsie : peu de données
- Grossesse, allaitement, enfants et seniors
- Interactions, tableau des risques et règles de sécurité
- Questions fréquentes
Dangereuse ou non ? Ce que disent les revues de sécurité
L'organisme fabrique lui-même la glutamine : la vraie question est de savoir à partir de quelle dose et chez qui un complément peut poser problème.
Une revue de sécurité a passé en revue les essais cliniques publiés sur la taurine, la glutamine et l'arginine. Ses auteurs n'ont trouvé aucun schéma systématique d'effets indésirables chez l'humain avec la glutamine par voie orale. Ils ont retenu le plus haut apport pour lequel les preuves d'absence d'effet indésirable sont solides : 14 g par jour pour l'adulte en bonne santé. Des doses nettement plus élevées ont été testées sans effet indésirable, mais les données sont trop limitées pour conclure sur leur sécurité à long terme.
Chez des volontaires en bonne santé, des prises orales uniques de 0,1 et 0,3 g par kilo de poids corporel ont augmenté la glutamine sanguine sans signe de toxicité clinique ni production de métabolites toxiques, ammoniaque et glutamate. Ajoutée à une nutrition par perfusion pendant 5 jours, jusqu'à 0,570 g par kilo et par jour, elle a été bien tolérée, sans anomalie clinique ni biologique.
Ziegler TR, Benfell K, Smith RJ, et al. JPEN J Parenter Enteral Nutr 1990;14(4 Suppl):137S-146S. DOI : 10.1177/0148607190014004201
Pour un adulte de 70 kilos, 0,3 g par kilo représente 21 g d'un coup, selon notre calcul. Une seconde étude de la même équipe, chez 7 volontaires sains perfusés à 0,285 puis 0,570 g par kilo et par jour, n'a relevé ni hausse de l'ammoniaque ni anomalie de l'état mental.
Le contrepoint vient d'un chercheur qui a consacré deux revues aux effets secondaires possibles d'une consommation prolongée. Il note que certaines personnes consomment environ 40 g par jour et décrit des mécanismes possibles à long terme : compétition avec d'autres acides aminés pour leurs transporteurs, hausse de la production d'ammoniaque et de glutamate, déséquilibre des acides aminés sanguins, question non résolue de la croissance tumorale, risque de carence à l'arrêt. L'auteur conclut que des apports élevés ont des effets secondaires substantiels ; certaines modifications des acides aminés sanguins ont été mesurées, mais la plupart des autres points restent des mécanismes non testés dans des essais de long terme. Sa seconde revue appelle à étudier spécifiquement les seniors, les enfants, la grossesse, l'allaitement et les maladies du foie.
Établi : observé de façon reproductible dans des essais contrôlés. Rare : décrit dans des cas isolés, avec un lien de cause à effet possible mais non démontré. Théorique : plausible d'après la physiologie ou le laboratoire, sans démonstration chez l'humain. Idée reçue : contredit par les données disponibles.
Troubles digestifs : rares et légers aux doses courantes
Chez 115 adultes souffrant d'un syndrome de l'intestin irritable avec diarrhée apparu après une infection intestinale, 5 g de glutamine trois fois par jour pendant 8 semaines ont entraîné 3,8 % d'effets indésirables, exactement comme le placebo (une poudre de protéines de lactosérum) : 1,9 % de douleurs abdominales et 1,9 % de ballonnements dans chaque groupe. Aucun effet indésirable grave, aucun effet neurologique, aucun effet de sevrage à l'arrêt ; 8,5 % d'abandons sous glutamine contre 7,1 % sous placebo, tous volontaires.
Zhou Q, Verne ML, Fields JZ, et al. Gut 2019;68(6):996-1002. DOI : 10.1136/gutjnl-2017-315136
Dans cet essai, les adultes prenaient 15 g par jour, soit trois fois la dose quotidienne de notre L-glutamine en poudre, qui se prend à raison d'une cuillère doseuse de 5 g.
D'autres essais vont dans le même sens, comme le résume le tableau ci-dessous. Le signal n'est pas nul pour autant : une équipe britannique rappelle que les doses validées auparavant ne sont « pas universellement bien tolérées », et des nausées légères sont apparues plus souvent sous glutamine dans un grand essai de 48 semaines.
| Population et dose | Tolérance digestive observée | Étude |
|---|---|---|
| 115 adultes randomisés (106 analysés), intestin irritable, 15 g par jour, 8 semaines | 3,8 % d'effets indésirables, comme sous placebo | Zhou, 2019 |
| 10 hommes actifs, prise unique jusqu'à 0,9 g par kilo de masse maigre | Symptômes faibles, sans différence avec le placebo | Pugh, 2017 |
| 10 hommes, prise unique de 0,3 g par kilo de masse maigre | Aucun symptôme d'intolérance rapporté | Ogden, 2022 |
| Patients sous radiothérapie, le plus souvent 10 g trois fois par jour | Pas de différence avec le placebo dans les 2 essais qui mesuraient les effets indésirables | Shuai, 2020 |
| 230 enfants et adultes drépanocytaires, 0,3 g par kilo deux fois par jour, 48 semaines | Nausées légères plus fréquentes que sous placebo | Niihara, 2018 |
| 18 enfants, maladie de Crohn, formule enrichie en glutamine, 4 semaines | 2 sorties d'essai pour intolérance, toutes deux dans le groupe glutamine | Akobeng, 2000 |
Des troubles digestifs légers sont possibles, surtout aux doses élevées. Conseil pratique, non testé comme tel : bien diluer la poudre dans un grand verre et fractionner les prises si l'estomac est sensible.
Sportifs : des doses de 5 à 50 g et plus
Dans un essai en double aveugle chez 31 jeunes adultes de 18 à 24 ans, la dose était de 0,9 g par kilo de masse maigre et par jour pendant 6 semaines de musculation, soit, selon notre calcul, plusieurs dizaines de grammes par jour pour un adulte. Le résumé ne décrit pas de recueil des effets indésirables ; il conclut à l'absence d'effet sur la force et la masse maigre par rapport au placebo.
Une méta-analyse de 2019 a rassemblé 47 études chez des sportifs adultes, dont 25 combinées statistiquement. Elle ne trouve, en général, aucun effet de la glutamine sur l'immunité, la performance aérobie ou la composition corporelle, à l'exception d'une perte de poids un peu plus marquée, de 1,36 kilo en moyenne. Nos articles sur la glutamine et la récupération musculaire et sur la glutamine chez l'athlète détaillent ce que montrent les études sur ces usages.
Les protocoles exprimés en grammes par kilo aboutissent vite à des quantités élevées : 0,9 g par kilo de masse maigre représente environ 54 g en une prise pour un homme de 70 kilos selon l'équipe qui l'a testé, bien au-delà des 14 g par jour, le niveau d'apport jusqu'auquel l'absence d'effet indésirable est solidement documentée (ce n'est pas un seuil de toxicité). Notre L-glutamine se prend à 5 g par jour, en une cuillère doseuse ou, pour les sportifs, en 2,5 g avant et 2,5 g après l'effort.
Aucun essai chez le sportif adulte ne rapporte d'effet néfaste aux doses étudiées, mais la tolérance y est rarement mesurée, et la sécurité de prises très élevées pendant des mois n'est pas établie.
Intestin fragile : ce que montrent les essais
La glutamine est un carburant majeur des cellules qui tapissent l'intestin. Dans l'essai de Gut décrit plus haut, mené chez des adultes dont l'intestin était devenu plus perméable après une infection, 79,6 % des patients sous glutamine ont vu leurs symptômes reculer d'au moins 50 points sur l'échelle de sévérité de l'intestin irritable, contre 5,8 % sous placebo, et la perméabilité intestinale s'est normalisée. Les auteurs demandent que ce résultat soit confirmé par de plus grands essais.
Chez des hommes actifs courant à la chaleur, une prise unique a réduit les marqueurs de perméabilité intestinale d'environ 25 % à 0,25 g par kilo de masse maigre et d'environ 40 % à 0,9 g, alors qu'une autre équipe n'a observé aucune protection avec 0,3 g. Notre article sur la glutamine et la perméabilité intestinale reprend ces essais en détail.
Les études de cette section portent sur la glutamine : aucun de leurs résultats ne peut être attribué au Probiomix, dont les souches n'y ont pas été testées. Il s'adresse aux adultes qui souhaitent prendre soin de leur microbiote avec une formule pauvre en FODMAP, et il est déconseillé aux enfants de moins de 6 ans, pendant la grossesse et l'allaitement. Notre guide probiotiques : bienfaits et comment choisir détaille les critères de choix.
En cas de maladie inflammatoire de l'intestin, de diarrhée persistante, de sang dans les selles ou d'amaigrissement, le bilan médical passe avant tout complément.
Réanimation : le signal de mortalité, expliqué
C'est la donnée la plus sérieuse. L'essai REDOXS a inclus des adultes sous ventilation artificielle, admis en réanimation avec une défaillance d'au moins deux organes. La glutamine y était donnée dès les 24 premières heures, en continu, à la fois par perfusion, à 0,35 g par kilo et par jour, et par sonde, 30 g par jour en plus, indépendamment de la nutrition, pendant 28 jours au maximum. Pour un adulte de 70 kilos, cela représente environ 55 g de glutamine par jour, selon notre calcul.
Chez des patients de 40 services de réanimation en défaillance multiviscérale, la mortalité à 28 jours a été de 32,4 % avec la glutamine contre 27,2 % sans, une tendance à la limite de la significativité (rapport de cotes ajusté de 1,28). La mortalité à l'hôpital et à 6 mois était, elle, significativement plus élevée sous glutamine. La glutamine n'a réduit ni les défaillances d'organes ni les infections, et les effets indésirables graves ne différaient pas entre les groupes.
Heyland D, Muscedere J, Wischmeyer PE, et al. N Engl J Med 2013;368(16):1489-1497. DOI : 10.1056/NEJMoa1212722
Une analyse complémentaire de la même équipe précise le tableau. Après ajustement sur l'état initial des patients, le surcroît de mortalité à 6 mois persistait, avec un rapport de risque de 1,23. Dans une analyse exploratoire, réalisée après coup, le sur-risque se concentrait chez les patients qui avaient déjà une atteinte rénale à l'inclusion ; chez les 776 patients sans atteinte rénale, aucun effet, ni favorable ni défavorable, n'apparaissait. Les auteurs avancent l'hypothèse d'une accumulation de la glutamine ou d'un de ses dérivés quand les reins filtrent mal. Ils appellent à la prudence avant d'étendre ces conclusions à des doses plus faibles chez d'autres patients.
Dans l'essai MetaPlus, mené chez 301 patients ventilés, une nutrition par sonde enrichie en glutamine, oméga-3, sélénium et antioxydants n'a pas réduit les infections, et la mortalité à 6 mois des patients de médecine a atteint 54 %, contre 35 % avec une nutrition standard ; deux des auteurs travaillaient pour une entreprise de nutrition médicale, et le mélange ne permet pas d'isoler la glutamine. Chez 1 200 grands brûlés, 0,5 g de glutamine par kilo et par jour par sonde ou par la bouche n'a ni raccourci l'hospitalisation ni modifié la mortalité à 6 mois, 17,2 % contre 16,2 % sous placebo. Chez les patients opérés en réanimation, une méta-analyse de 7 essais de glutamine par perfusion trouve moins d'infections et une hospitalisation plus courte de 4,09 jours, sans baisse significative de la mortalité.
Il est établi que de très fortes doses de glutamine, données par perfusion et par sonde à des patients en défaillance de plusieurs organes, n'apportent pas de bénéfice et sont associées à une mortalité plus élevée ; une analyse exploratoire suggère que le risque est surtout présent en cas d'atteinte rénale. Le résultat ne se transpose pas directement à 5 g par jour par la bouche chez une personne en bonne santé, mais il justifie une règle simple : en cas d'hospitalisation pour une maladie grave, on ne prend pas de glutamine de sa propre initiative, et on signale celle que l'on prenait.
Les reins : un cas publié et un signal en réanimation
Le rein utilise la glutamine pour fabriquer de l'ammoniaque et du bicarbonate. Trois types de données existent.
Chez la personne en bonne santé, aucun essai retrouvé ne décrit d'atteinte rénale aux doses courantes. Les essais excluent cependant souvent les reins malades, comme l'essai de 15 g par jour, qui écartait les personnes dont la créatinine dépassait 2,5 mg/dL : l'absence de signal vaut pour des reins sains.
En réanimation, dans une analyse exploratoire de l'essai REDOXS, le sur-risque de mortalité se concentrait chez les patients ayant une atteinte rénale à l'inclusion, comme vu plus haut.
Une équipe néerlandaise décrit une insuffisance rénale aiguë par atteinte des tubules rénaux chez un patient qui prenait 18 g de L-glutamine par jour en complément. L'hypothèse jugée la plus probable par les auteurs est une production excessive d'ammoniaque dans chaque unité de filtration du rein. Ils recommandent un usage prudent des compléments de glutamine chez les personnes âgées dont la fonction rénale est déjà altérée.
Bhoelan S, Kürül S, Krol CG, et al. Nephron 2025;150(1):47-51. DOI : 10.1159/000548247
Il s'agit d'un cas isolé : il ne permet ni de connaître la fréquence de cet effet ni d'affirmer avec certitude le lien de cause à effet.
En cas de maladie rénale chronique, de rein unique, de dialyse, ou après 65 ans avec une fonction rénale diminuée, la glutamine en complément ne se prend qu'avec l'accord du médecin. La précaution figure d'ailleurs sur notre produit, déconseillé en cas de maladie rénale sauf avis médical.
Foie, ammoniaque et encéphalopathie
La glutamine est transformée en partie en ammoniaque, une substance que le foie neutralise. Quand le foie est sain, il absorbe largement ce surplus : dans les études de tolérance chez des volontaires en bonne santé, l'ammoniaque sanguine n'a pas augmenté de façon notable, ni après des prises orales allant jusqu'à 0,3 g par kilo, ni sous perfusion prolongée. Après 20 g, une hausse modeste a toutefois été mesurée chez 13 témoins sains (de 52 à 78 µmol/L en une heure). Quand le foie est malade, la hausse devient nette.
Chez 57 personnes atteintes de cirrhose mais sans trouble neurologique apparent, une prise orale de 20 g de glutamine a fait passer l'ammoniaque du sang capillaire de 75 à 117 puis 169 µmol/L en 30 et 60 minutes, contre 52, 59 et 78 µmol/L chez 13 témoins en bonne santé. La proportion de patients présentant des troubles cognitifs discrets liés au foie est passée de 44 % à 67 % au bout d'une heure. Le test a été bien toléré, avec un cas de nausée et un cas de vertige.
Ditisheim S, Giostra E, Burkhard PR, et al. BMC Gastroenterol 2011;11:134. DOI : 10.1186/1471-230X-11-134
Ce phénomène est assez fiable pour servir de test de provocation dans les études d'hépatologie : 10 à 20 g de glutamine y sont donnés pour démasquer une encéphalopathie hépatique débutante. Chez 126 personnes atteintes de cirrhose, une réponse anormale à 10 g de glutamine associée à ces troubles discrets était liée à une survie plus faible. La conclusion pratique est nette : en cas de cirrhose, d'antécédent d'encéphalopathie hépatique ou de maladie chronique du foie, la glutamine en complément n'a pas sa place sans avis du spécialiste.
Deux observations isolées complètent le tableau. Une équipe suisse décrit une encéphalopathie par excès d'ammoniaque chez une femme en réanimation, en état de catabolisme intense, qui recevait de la glutamine ; les auteurs attribuent l'excès d'ammoniaque à la fois à ce catabolisme et à la glutamine apportée. Ses analyses évoquaient un trouble du cycle de l'urée, la voie qui élimine l'ammoniaque, et l'état s'est amélioré sous traitement spécifique et restriction des protéines. Une équipe iranienne rapporte une hépatite aiguë sévère, avec jaunisse et transaminases à 2 500 UI/L, chez une culturiste de 35 ans qui prenait de la glutamine en poudre depuis trois semaines, à une dose rapportée de façon incohérente dans l'article (10 g de poudre par jour, présentés comme équivalents à 170 mg de glutamine pure). Elle consommait occasionnellement de l'alcool, ce que les auteurs jugent susceptible d'avoir aggravé l'atteinte. Les autres causes ont été recherchées, mais la patiente a refusé la biopsie, la présence de contaminants dans la poudre n'a pas pu être vérifiée, et le score d'imputabilité classe le lien comme seulement « possible ». Elle s'est rétablie en deux semaines après l'arrêt, sous traitement de soutien.
La hausse de l'ammoniaque en cas de maladie du foie est un effet établi et reproductible. Pour les atteintes du foie chez des personnes en bonne santé, notre recherche n'a retrouvé qu'un cas publié, de causalité possible. Une jaunisse, des urines foncées ou une confusion imposent d'arrêter et de consulter.
Glutamine et cancer : laboratoire contre essais cliniques
La crainte est fondée sur une réalité biologique. Une revue de référence parue dans Nature Reviews Cancer rappelle que les altérations génétiques des cellules cancéreuses les rendent dépendantes de certains nutriments, dont la glutamine, au point que les chercheurs explorent son utilisation par les tumeurs comme cible de traitement. Une revue consacrée aux effets secondaires de la glutamine juge d'ailleurs la question non résolue.
Les données chez les patients vont cependant dans un autre sens. Une revue systématique a recensé 36 études cliniques, 24 par voie orale ou par sonde et 12 par perfusion, chez des patients atteints de cancer : dans leur grande majorité, la glutamine a amélioré l'état nutritionnel sans augmenter la croissance tumorale. Ses auteurs rappellent toutefois qu'une évaluation objective de l'effet d'un complément sur la croissance tumorale manquait encore.
Chez 86 patients atteints d'un cancer colorectal métastatique traités par oxaliplatine, 15 g de glutamine deux fois par jour, 7 jours toutes les 2 semaines, ont réduit les atteintes nerveuses graves après 4 cycles (4,8 % contre 18,2 %). Le taux de réponse à la chimiothérapie (52,4 % contre 47,8 %), les toxicités graves non neurologiques et la survie n'ont pas différé entre les groupes.
Wang WS, Lin JK, Lin TC, et al. Oncologist 2007;12(3):312-319. DOI : 10.1634/theoncologist.12-3-312
L'essai, petit, n'avait pas de placebo. Dans la radiothérapie des cancers de la tête et du cou, deux méta-analyses récentes ne trouvent pas de baisse de la fréquence des lésions de la bouche ; elles divergent sur leur sévérité : l'une (6 essais, 441 patients) ne trouve pas d'effet significatif, l'autre (11 essais, 922 patients) trouve moins de formes sévères, de recours aux opioïdes et d'interruptions de la radiothérapie. Enfin, dans une cohorte néerlandaise de 5 362 adultes de 55 ans et plus, un apport alimentaire plus élevé en acide glutamique, précurseur de la glutamine, était associé à moins de cancers colorectaux : une association alimentaire, qui ne dit rien d'un complément.
Aucune étude chez l'humain ne montre que la glutamine provoque un cancer. L'hypothèse qu'un complément nourrisse une tumeur existante repose sur le laboratoire, et les essais cliniques disponibles ne la confirment pas. En cas de cancer en cours de traitement, la décision appartient à l'équipe d'oncologie.
Cerveau, humeur, épilepsie : peu de données
Dans le cerveau, la glutamine sert à fabriquer le glutamate, le principal messager excitateur, d'où une inquiétude théorique en cas d'épilepsie ou de trouble de l'humeur. Aucun essai ni cas de crise d'épilepsie attribuée à un complément de glutamine n'est ressorti de notre recherche dans PubMed. Le grand essai de réanimation excluait les patients épileptiques sous traitement, ce qui relève de la précaution et non d'un effet observé.
Côté humeur, une lettre publiée en 1984 dans l'American Journal of Psychiatry, intitulée « L-glutamine et manie », rapporte des épisodes maniaques associés à la prise de L-glutamine (lettre indexée sous les termes trouble bipolaire et sexe masculin) ; sans résumé disponible, ni le nombre de cas ni les doses ne peuvent être précisés. À l'inverse, dans l'essai de 15 g par jour pendant 8 semaines, aucun effet neurologique n'a été observé, et chez des volontaires sains perfusés à forte dose, les tests de l'état mental sont restés normaux.
Rien ne démontre que la glutamine provoque des crises ou des troubles de l'humeur. En cas d'épilepsie ou de trouble bipolaire, faute de données, l'avis du médecin s'impose avant de commencer.
Grossesse, allaitement, enfants et seniors
Grossesse et allaitement. Aucun essai de supplémentation en glutamine chez la femme enceinte n'est ressorti de notre recherche. Les essais excluent les femmes enceintes et allaitantes, et les auteurs de l'essai sur l'intestin irritable déconseillent d'appliquer leurs résultats à la grossesse et à l'allaitement en raison des effets inconnus sur le fœtus et le jeune enfant. En l'absence de données, on s'abstient ; notre produit est d'ailleurs déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes.
Enfants. Les données pédiatriques existent, mais dans un cadre médical. Chez les prématurés, une revue de 12 essais réunissant 2 877 bébés ne trouve ni bénéfice ni effet sur la mortalité, qui reste comparable avec ou sans glutamine. L'essai de 48 semaines dans la drépanocytose incluait des patients dès 5 ans, sous surveillance médicale ; il a été financé par une entreprise pharmaceutique dont plusieurs auteurs étaient salariés. Chez 18 enfants atteints de maladie de Crohn, la formule enrichie en glutamine a été moins efficace que la formule standard et moins bien tolérée. Rien ne justifie de donner un complément de glutamine à un enfant sans prescription.
Seniors. Les reins perdent de leur capacité avec l'âge, et c'est précisément chez la personne âgée à la fonction rénale altérée que les auteurs du cas d'insuffisance rénale aiguë recommandent la prudence.
Grossesse et allaitement : abstention. Enfant : usage médical uniquement. Personne âgée : vérifier d'abord la fonction rénale.
Interactions, tableau des risques et règles de sécurité
Interactions. Aucune étude d'interaction entre un complément de glutamine et un médicament n'est ressortie de notre recherche. Deux situations appellent la prudence, par simple raisonnement physiologique. Le lactulose sert à faire baisser l'ammoniaque, par exemple dans l'encéphalopathie hépatique, alors que la glutamine la fait monter quand le foie est malade : sous lactulose pour cette raison, pas de glutamine sans avis médical. Les médicaments antiépileptiques n'ont fait l'objet d'aucune étude avec la glutamine ; comme elle sert à fabriquer du glutamate, l'avis du neurologue est préférable. Toute personne sous traitement demande l'avis d'un professionnel de santé.
| Risque | Ce que montrent les études | Verdict |
|---|---|---|
| Troubles digestifs | Nausées, ballonnements, inconfort possibles ; à 15 g par jour, 3,8 % comme sous placebo | Établi, peu fréquent |
| Mortalité en réanimation | 32,4 % contre 27,2 % à 28 jours, avec environ 55 g par jour en perfusion et par sonde, surtout en cas d'atteinte rénale selon une analyse exploratoire | Établi, dans ce seul contexte |
| Hausse de l'ammoniaque | De 75 à 169 µmol/L une heure après 20 g en cas de cirrhose, de 52 à 78 chez des témoins sains | Établi en cas de maladie du foie |
| Atteinte rénale | Un cas d'insuffisance rénale aiguë avec 18 g par jour | Rare, non démontré |
| Foie, encéphalopathie | Un cas d'hépatite aiguë, imputabilité possible ; un cas d'encéphalopathie en réanimation | Rare, non démontré |
| Croissance tumorale | Démontrée au laboratoire ; 36 études cliniques en majorité sans essor tumoral | Théorique |
| Provoquer un cancer | Aucune donnée humaine | Idée reçue |
| Manie | Une lettre de 1984 ; aucun effet neurologique dans les essais | Rare, non démontré |
| Épilepsie | Aucun cas retrouvé ; précurseur du glutamate | Théorique |
| Usage prolongé à très forte dose | Mécanismes possibles, pas d'essai de long terme | Théorique |
| Danger pour le sportif en bonne santé | Aucun effet néfaste rapporté dans les essais, de quelques jours à quelques semaines, avec une tolérance rarement mesurée | Pas de signal, peu de données |
| Grossesse, allaitement | Aucun essai | Inconnu, abstention |
Les règles ci-dessous sont des conseils pratiques tirés de ces études, non testés comme tels dans un essai.
Jaunisse (peau ou blanc des yeux jaunes), urines très foncées, douleurs intenses sous les côtes à droite, nausées et vomissements persistants : possible atteinte du foie. Confusion, somnolence inhabituelle, troubles de l'attention ou du comportement : possible excès d'ammoniaque, surtout en cas de maladie du foie. Forte baisse du volume des urines, gonflement des jambes, grande fatigue : possible atteinte des reins.
100 % L-glutamine en poudre. Une cuillère doseuse de 5 g par jour dans un grand verre d'eau ou de jus, ou 2,5 g avant et 2,5 g après l'effort pour les sportifs. Déconseillée pendant la grossesse et l'allaitement et en cas de maladie rénale ou hépatique sauf avis médical ; sous traitement, demandez l'avis d'un professionnel de santé.
Voir la L-glutamineNotre article sur la glutamine et la récupération musculaire détaille ce que montrent les essais chez le sportif.
Questions fréquentes
La glutamine est-elle dangereuse ?
Pas pour un adulte en bonne santé aux doses courantes, de 5 à 15 g par jour, selon les essais disponibles : ses effets indésirables, surtout digestifs, n'y sont pas plus fréquents que sous placebo. Le danger documenté concerne la réanimation à très forte dose et les maladies du foie ou des reins.
Quels sont les effets secondaires de la glutamine ?
Surtout des troubles digestifs légers : nausées, ballonnements, inconfort abdominal, plus probables à forte dose. Dans un essai de 8 semaines à 15 g par jour, ils touchaient 3,8 % des participants, autant que sous placebo. Quelques cas isolés d'atteinte des reins ou du foie ont été publiés, sans lien de cause à effet démontré.
Quelles sont les contre-indications de la glutamine ?
Sans avis médical : maladie des reins ou du foie, cirrhose, trouble du cycle de l'urée, cancer en traitement, épilepsie, trouble bipolaire, grossesse, allaitement, enfant, hospitalisation pour une maladie grave.
La glutamine favorise-t-elle le cancer ?
Les cellules tumorales consomment de la glutamine au laboratoire, mais une revue de 36 études cliniques chez des patients atteints de cancer ne retrouve pas, dans leur grande majorité, d'augmentation de la croissance tumorale. Dans un essai chez 86 patients sous chimiothérapie, la survie et la réponse au traitement ne différaient pas avec ou sans glutamine.
La glutamine est-elle mauvaise pour les reins ?
Aucun essai ne montre d'atteinte rénale chez la personne en bonne santé aux doses courantes. Un cas d'insuffisance rénale aiguë a été publié chez un patient prenant 18 g par jour, et en réanimation, selon une analyse exploratoire, le sur-risque de mortalité touchait surtout les patients dont les reins étaient déjà atteints. En cas de maladie rénale, avis médical obligatoire.
La glutamine est-elle dangereuse pour le foie ?
Chez la personne atteinte de cirrhose, oui : 20 g de glutamine font nettement monter l'ammoniaque sanguine, au point que ce test sert à dépister une encéphalopathie hépatique. Chez la personne en bonne santé, notre recherche n'a retrouvé qu'un cas publié d'hépatite aiguë, avec un lien jugé seulement possible. Une jaunisse impose d'arrêter et de consulter.
Pourquoi la glutamine a-t-elle augmenté la mortalité en réanimation ?
Dans l'essai REDOXS, 1 223 patients en défaillance de plusieurs organes recevaient environ 55 g de glutamine par jour pour 70 kilos, par perfusion et par sonde. La mortalité à 28 jours a été de 32,4 % contre 27,2 %. Selon une analyse exploratoire, le sur-risque se concentrait chez les patients ayant une atteinte rénale. Ce résultat ne se transpose pas directement à un complément de 5 g par jour chez une personne en bonne santé.
Quelle dose de glutamine par jour sans risque ?
Une revue de sécurité retient 14 g par jour comme le niveau d'apport jusqu'auquel l'absence d'effet indésirable est solidement documentée chez l'adulte en bonne santé (ce n'est pas un seuil de toxicité). La sécurité à long terme de prises très élevées, comme 40 g par jour, n'est pas établie.
Peut-on prendre de la glutamine enceinte ou en allaitant ?
Non, sans avis médical : aucun essai n'a évalué la glutamine en complément pendant la grossesse ou l'allaitement. En l'absence de données, l'abstention est la règle.
La glutamine fait-elle monter l'ammoniaque ?
Chez la personne en bonne santé, peu : les études de tolérance ne montrent pas de hausse notable de l'ammoniaque, même après 0,3 g par kilo en une prise. En cas de cirrhose, nettement : de 75 à 169 micromoles par litre une heure après 20 g dans une étude, contre 52 à 78 chez des témoins sains. Confusion ou somnolence inhabituelle imposent de consulter.
La glutamine a-t-elle des interactions avec des médicaments ?
Aucune étude d'interaction n'a été publiée. Par prudence, une personne sous lactulose pour une encéphalopathie hépatique, sous antiépileptiques ou sous tout autre traitement demande l'avis de son médecin.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
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