Le maté arrive en Europe avec une réputation double. D'un côté une boisson conviviale et tonique, alternative au café, popularisée par les footballeurs sud-américains et les cafés de Berlin. De l'autre une inquiétude tenace, souvent formulée en une phrase sur un forum : le maté donnerait le cancer de l'œsophage.
Les deux méritent d'être traitées sérieusement, et la littérature permet de le faire. Une revue systématique de 2023 a passé au crible 1 096 publications pour n'en retenir que 32, et dit précisément ce qu'on peut affirmer et avec quel degré de confiance. Quant au risque, les travaux récents convergent tous vers un même paramètre, et ce n'est pas la plante : c'est la température à laquelle on l'avale. À quoi s'ajoute une question de fabrication, celle du séchage des feuilles, dont l'issue est plus rassurante qu'on ne le croit.
Ce qui est documenté. Une revue systématique de 32 études rapporte des effets constants sur le métabolisme, l'activité antioxydante et anti-inflammatoire, avec des bénéfices sur le poids et la composition corporelle, la performance à l'exercice, l'humeur et l'appétit, et des effets cardio et neuroprotecteurs. Ses auteurs précisent aussitôt que le risque de biais était élevé dans 22 des 32 études et que la certitude des preuves va de modérée à très faible.
La question de la température. C'est le seul paramètre qui revient dans tous les travaux sur le risque. Une revue de 2020 le formule ainsi : une consommation très importante, surtout très chaude, pourrait augmenter le risque de cancer, sans que cela ait été confirmé de façon univoque. La réponse pratique tient en une ligne : eau à 70 ou 80 °C, boisson tiède, ou version froide. Le séchage. Le maté séché au feu de bois est le thé le plus chargé en composés issus de la fumée, mais ces composés ne passent quasiment pas dans l'infusion. Un séchage à l'air chaud règle la question en amont.
Ce qu'est le maté, et ce qu'il n'est pas
Le maté est préparé à partir des feuilles séchées d'Ilex paraguariensis, un arbre de la famille du houx qui pousse dans le bassin du Paraná, à cheval sur le Brésil, l'Argentine et le Paraguay. Contrairement à ce que suggère l'expression « thé du Paraguay », ce n'est pas un thé : la plante n'a aucun lien botanique avec Camellia sinensis. Les deux partagent simplement la caféine.
Traditionnellement, les feuilles sont placées dans une calebasse et l'on boit à travers une bombilla, une paille filtrante en métal. On rajoute de l'eau sur les mêmes feuilles pendant des heures, et la calebasse circule de main en main. C'est un rituel social autant qu'une boisson. En Europe, l'usage courant est plus simple : une infusion filtrée, en tasse ou en théière, comme un thé.
Cette distinction entre les deux usages n'est pas anecdotique. Une grande partie des données épidémiologiques sur le maté vient de populations sud-américaines qui en consomment plusieurs litres par jour, très chaud, à la bombilla. C'est un mode de consommation qui n'a pas grand-chose à voir avec deux tasses filtrées et tièdes, et la suite de cet article y revient en détail.
Ce que la revue systématique a réellement trouvé
Des recherches ont été menées dans six bases de données et trois bases de littérature grise. Sur 1 096 études identifiées, 32 ont été incluses. Les travaux ont montré des effets constants de la consommation de yerba maté sur l'amélioration du métabolisme et sur les activités antioxydante et anti-inflammatoire dans différentes populations. Des bénéfices sur le poids et la composition corporelle, la performance à l'exercice, l'humeur et l'appétit ont également été observés, ainsi que des effets cardio et neuroprotecteurs. Le risque de biais a été jugé élevé dans 22 études, modéré dans 9 et faible dans 1. La certitude des preuves allait de modérée à très faible. La littérature disponible indique que le yerba maté peut être consommé dans le cadre d'une alimentation équilibrée et saine, pour la prévention et le traitement adjuvant des maladies chroniques.
José MFB, Machado RP, Araujo PAB, Speretta GF. Nutr Rev 2023;81(9):1163-1179. DOI : 10.1093/nutrit/nuac109
Cette conclusion doit être lue en entier plutôt que découpée. La première moitié est celle qu'on trouve reprise partout : effets sur le métabolisme, antioxydant, anti-inflammatoire, poids, performance, humeur. La seconde est celle qu'on omet généralement : une seule étude sur trente-deux présentait un risque de biais faible, et la certitude globale des preuves descend jusqu'à très faible.
Cela ne veut pas dire que le maté ne fait rien. Cela veut dire que la littérature disponible est nombreuse mais méthodologiquement inégale, et que la formule de conclusion des auteurs est prudente à dessein : une boisson à intégrer dans une alimentation équilibrée, pas un actif thérapeutique. C'est aussi la position que nous adoptons dans cet article.
Énergie, vigilance et performance
C'est le terrain où le maté est le plus assuré, pour une raison simple : son effet stimulant repose sur la caféine, la molécule la mieux étudiée de toute la nutrition. Une revue de référence sur la caféine dans les aliments la classe parmi les ingrédients alimentaires les plus consommés au monde et rappelle que ses sources naturelles incluent le café, le cacao, la noix de kola, le guarana et les feuilles de thé y compris le yerba maté. Les bénéfices de performance qui lui sont attribués concernent l'endurance physique, la réduction de la fatigue et l'amélioration de la vigilance et de la concentration, et la consommation modérée est considérée comme sûre.
Une revue de 2007 dans le Journal of Food Science, qui reste la synthèse chimique de référence sur cette plante, décrit le maté comme un stimulant du système nerveux central et un diurétique. La revue systématique de 2023 confirme des bénéfices sur la performance à l'exercice et sur l'humeur.
Pas la caféine : c'est exactement la même molécule. La différence tient à la matrice. Une analyse d'échantillons argentins, brésiliens et paraguayens a mesuré dans les infusions un ensemble de composés phénoliques, notamment des acides chlorogéniques et caféoylquiniques, de la rutine et de l'astragaline, en plus de la caféine. Ce sont ces composés qui portent l'activité antioxydante, et les échantillons brésiliens présentaient dans cette étude la plus forte activité antioxydante ainsi que les plus fortes teneurs en composés phénoliques et en caféine.
La même analyse a par ailleurs retrouvé du magnésium, du zinc, du cuivre, du fer et du manganèse, et estimé qu'environ un litre d'infusion par jour couvre partiellement les besoins quotidiens en ces éléments.
Métabolisme et lipides
L'action sur les lipides est l'un des effets les plus anciennement décrits. La revue de 2007 qualifie le maté d'hypocholestérolémiant et d'hépatoprotecteur, lui attribue un bénéfice cardiovasculaire, et rapporte qu'il protège l'ADN de l'oxydation et le LDL de la lipoperoxydation in vitro, avec une capacité antioxydante élevée. La revue systématique de 2023 confirme des effets cardioprotecteurs, et une revue polonaise de 2020 conclut également à un effet protecteur sur les cellules hépatiques, à une action anti-inflammatoire et à un effet positif sur le système cardiovasculaire.
Le maté n'est pas un produit minceur, et notre fiche produit le dit d'ailleurs explicitement. Les mécanismes décrits sont réels mais essentiellement cellulaires et animaux : suppression de la différenciation des adipocytes, réduction de l'accumulation de triglycérides, modulation des voies de signalisation liées à l'adipogenèse et à l'insuline. Chez l'humain, les données portent surtout sur l'amélioration des paramètres lipidiques.
La revue systématique mentionne bien des bénéfices sur le poids et la composition corporelle, mais c'est précisément le domaine où sa réserve sur la certitude des preuves s'applique le plus. Si votre objectif est la perte de poids, notre comparatif des brûleurs de graisse et notre classement des coupe-faim font le tri par niveau de preuve.
La question de la température, traitée en entier
Commençons par ce qui est vrai. Des programmes internationaux d'évaluation de la cancérogénicité, dont celui du Centre international de recherche sur le cancer, ont examiné des centaines de substances et de produits naturels. Dans une synthèse publiée en 2007, le yerba maté figure parmi les agents classés avec un niveau de preuve modéré, aux côtés de l'acétaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et de certaines nitrosamines. Ce n'est pas rien et il serait malhonnête de l'omettre.
Maintenant, ce que les travaux ultérieurs ont précisé. Une revue de 2020 consacrée aux propriétés du maté formule la chose ainsi : la consommation de maté peut exercer un effet bénéfique sur la santé humaine, mais il faut se rappeler qu'une consommation très importante, surtout lorsqu'elle est très chaude, pourrait augmenter le risque de survenue de cancer, ce qui n'a pas été confirmé de manière univoque par les études menées à ce jour.
Le paramètre qui revient dans tous ces travaux n'est pas la plante mais la température de la boisson au moment où on l'avale, et le volume consommé. L'association observée provient de régions où le maté est bu brûlant, à la bombilla, en plusieurs litres par jour, souvent pendant des décennies. La chaleur répétée sur la muqueuse œsophagienne est le mécanisme suspecté, et il concerne d'ailleurs toutes les boissons très chaudes, pas seulement le maté.
La conséquence pratique est simple et elle est entièrement sous votre contrôle : eau à 70 ou 80 °C, jamais bouillante, et boisson consommée tiède. La version froide traditionnelle, le tereré, écarte complètement la question tout en conservant la caféine et les composés phénoliques.
Un contrepoint mérite d'être signalé, par souci d'exactitude. Une étude cas-témoins uruguayenne portant sur 572 cas de cancer du sein et 889 témoins a trouvé une association inverse forte entre une consommation élevée de maté et le risque de cancer du sein, en particulier chez les femmes ayant une alimentation très calorique. Les auteurs évoquent une combinaison possible d'effets antioxydants et anti-œstrogéniques. Une étude cas-témoins ne démontre pas de causalité, mais elle illustre que le lien entre maté et cancer n'est ni simple ni univoque, et qu'il dépend du type de cancer autant que du mode de consommation.
Le séchage des feuilles, et ce qui passe dans la tasse
Le maté est traditionnellement séché au feu de bois, ce qui lui donne une partie de son goût fumé caractéristique. La fumée dépose sur les feuilles des hydrocarbures aromatiques polycycliques, ou HAP, des contaminants de procédé considérés comme cancérogènes et génotoxiques. Une équipe brésilienne a mesuré ces composés dans dix types de thés.
Le maté présentait les niveaux de HAP les plus élevés, la somme des quatre HAP réglementés variant de 194 à 1 795 microgrammes par kilogramme, suivi du thé noir de 1,8 à 186, du thé blanc de 24 à 119 et du thé vert de 3,1 à 92. Les thés présentant les niveaux les plus bas étaient la fraise, la citronnelle, la menthe poivrée et le boldo. Seuls des niveaux de traces de HAP ont été détectés dans les infusions de thé, de sorte qu'apparemment cela n'affecterait pas l'apport en HAP de la population brésilienne.
Tfouni SAV, Reis RM, Kamikata K, Gomes FML, Morgano MA, Furlani RPZ. Food Addit Contam Part B 2018;11(2):146-152. DOI : 10.1080/19393210.2018.1440638
Deux enseignements, et il faut les garder ensemble. Le premier est que le maté est bien, de tous les thés analysés, celui dont la feuille sèche est la plus chargée, avec des écarts qui vont du simple au décuple selon les lots. Le second, qui est la bonne nouvelle, est que ces composés sont peu solubles dans l'eau : ils restent en grande partie dans la feuille et seules des traces se retrouvent dans l'infusion, au point que les auteurs concluent à une contribution négligeable à l'exposition de la population.
Le mode de séchage reste donc un vrai critère de choix, mais pour une raison de principe plutôt que de danger immédiat : quand une contamination peut être évitée à la source, autant l'éviter. Un séchage à l'air chaud, sans contact avec la fumée, supprime le mécanisme lui-même. Le goût est aussi plus doux et moins fumé, ce qui est une question de préférence.
Un dernier point sur la qualité de l'approvisionnement : une analyse de compléments à base de plantes a mesuré des teneurs en aluminium et en manganèse plus élevées dans les produits contenant de l'Ilex paraguariensis d'origine brésilienne, et conclut à la nécessité de certifier correctement les fournisseurs. Bio et tracé n'est donc pas un argument décoratif sur cette plante en particulier.
Préparer, doser, choisir
Feuilles de maté vert 100 % bio, origine Brésil, un seul ingrédient. Séchage à l'air chaud plutôt qu'au feu de bois, ce qui évite en amont les composés issus de la fumée et donne un goût plus doux. Une cuillère à soupe, eau à 70 ou 80 °C, trois à cinq minutes. Se boit aussi froid.
Voir le Maté original bioContient de la caféine. À modérer en cas de sensibilité, de troubles du rythme cardiaque, d'anxiété ou d'insomnie.
Choisissez ce qui vous ressemble le plus : la réponse s'affiche juste en dessous.
C'est l'emploi le plus courant du maté en Europe, et le mieux soutenu puisqu'il repose sur la caféine. Une à deux tasses le matin, eau à 70 ou 80 °C. Si c'est la nervosité du café que vous fuyez, sachez que la molécule est identique : le matcha, qui contient de la théanine en plus de la caféine, répond mieux à ce besoin précis.
La revue systématique rapporte des bénéfices sur la performance à l'exercice, et les effets de la caféine sur l'endurance et la fatigue sont solidement établis par ailleurs. À prendre trente à soixante minutes avant la séance. Gardez en tête que la certitude des preuves propres au maté reste jugée modérée à très faible par les auteurs eux-mêmes.
L'inquiétude n'est pas infondée, mais elle est mal formulée. Le paramètre en cause dans tous les travaux est la température de la boisson et le volume consommé, pas la plante. Les données viennent de populations qui boivent plusieurs litres par jour, brûlants, à la bombilla. Eau à 70 ou 80 °C, boisson tiède, une à deux tasses : vous êtes dans un tout autre registre. Et le tereré, la version froide, supprime la question.
Le maté n'est pas un produit minceur et nous ne le vendons pas comme tel. Les mécanismes décrits sur les adipocytes sont cellulaires et animaux ; chez l'humain, les données portent surtout sur les lipides sanguins. Notre comparatif des brûleurs de graisse classe les actifs par niveau de preuve, et le konjac est le seul à bénéficier d'une allégation européenne sur la perte de poids.
Ce test oriente, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Comprendre
Qu'est-ce que le maté ?
Une infusion préparée à partir des feuilles séchées d'Ilex paraguariensis, un arbre de la famille du houx originaire d'Amérique du Sud. Elle est consommée depuis des siècles en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay, traditionnellement dans une calebasse avec une paille filtrante appelée bombilla, et souvent partagée. Ce n'est pas un thé : la plante n'a rien à voir avec Camellia sinensis, même si les deux contiennent de la caféine.
Que montre vraiment la recherche sur le maté ?
Une revue systématique publiée en 2023 dans Nutrition Reviews a examiné 1 096 publications et retenu 32 études. Elle rapporte des effets constants sur l'amélioration du métabolisme et sur les activités antioxydante et anti-inflammatoire dans différentes populations, ainsi que des bénéfices sur le poids et la composition corporelle, la performance à l'exercice, l'humeur et l'appétit, avec des effets cardio et neuroprotecteurs. Mais elle est aussi très claire sur la qualité : le risque de biais était élevé dans 22 études, modéré dans 9, faible dans une seule, et la certitude des preuves va de modérée à très faible.
Qu'est-ce que le tereré ?
La version froide du maté, très répandue au Paraguay et dans le nord de l'Argentine, particulièrement en été. La préparation est identique, seule la température de l'eau change. Au-delà du plaisir rafraîchissant, c'est la manière la plus simple d'écarter complètement la question de la température, tout en conservant la caféine et les composés phénoliques.
Les effets
Combien de caféine contient le maté ?
La teneur varie beaucoup selon la quantité de feuilles, la température et le nombre d'infusions successives. Une tasse préparée avec une cuillère à soupe se situe généralement dans la fourchette d'un thé corsé, en dessous d'un café filtre. Le maté figure parmi les sources naturelles de caféine reconnues, aux côtés du café, du thé, du cacao, du guarana et de la noix de kola, et une revue de référence rappelle que la consommation modérée de caféine est considérée comme sûre.
Le maté donne-t-il de l'énergie ?
Oui, par sa caféine, dont les bénéfices documentés portent sur l'endurance physique, la réduction de la fatigue et l'amélioration de la vigilance et de la concentration. La revue systématique de 2023 rapporte également des bénéfices sur la performance à l'exercice et sur l'humeur. Ce qui distingue le maté d'un café tient davantage à sa matrice, riche en composés phénoliques, qu'à une forme particulière de caféine : la molécule est la même.
Le maté agit-il sur le cholestérol ?
C'est l'un des effets les plus anciennement décrits. Une revue de référence publiée en 2007 dans le Journal of Food Science qualifie le maté d'hypocholestérolémiant, d'hépatoprotecteur, de stimulant du système nerveux central et de diurétique, et lui attribue un bénéfice cardiovasculaire. La revue systématique de 2023 va dans le même sens en rapportant des effets cardioprotecteurs. Le niveau de preuve reste toutefois celui d'études hétérogènes, et le maté ne remplace aucun traitement.
Le maté fait-il maigrir ?
Non, ce n'est pas un produit minceur et il ne faut pas l'acheter pour cela. Les travaux disponibles montrent, essentiellement sur des modèles cellulaires et animaux, que le maté freine la différenciation des adipocytes et l'accumulation de triglycérides et module des voies de signalisation liées à l'adipogenèse et à l'insuline. Chez l'humain, les données portent surtout sur l'amélioration des paramètres lipidiques. La revue systématique mentionne des bénéfices sur le poids et la composition corporelle, mais avec un niveau de certitude qui va de modéré à très faible.
Le maté apporte-t-il des minéraux ?
Oui. Une analyse de yerba maté d'Argentine, du Brésil et du Paraguay a mesuré la présence de magnésium, de zinc, de cuivre, de fer et de manganèse dans les feuilles et dans les infusions préparées à partir d'elles, et estimé qu'environ un litre d'infusion par jour couvre partiellement les besoins quotidiens en ces éléments et en composés bioactifs. Les échantillons brésiliens présentaient l'activité antioxydante la plus élevée ainsi que la plus forte teneur en composés phénoliques et en caféine.
La sécurité
Le maté augmente-t-il le risque de cancer de l'œsophage ?
C'est la question la plus posée et elle mérite une réponse précise. Des programmes d'évaluation internationaux ont rangé le maté parmi les agents avec un niveau de preuve modéré concernant le risque de cancer. Mais les travaux plus récents pointent tous le même paramètre : la température. Une revue de 2020 formule cela ainsi : une consommation très importante, surtout très chaude, pourrait augmenter le risque, sans que cela ait été confirmé de façon univoque par les études menées à ce jour. L'association observée vient des régions où le maté est bu brûlant, en grande quantité, à la bombilla, pendant des heures.
À quelle température faut-il boire le maté ?
Entre 70 et 80 degrés pour l'infusion, et tiède pour la consommation. C'est le geste le plus important de toute la préparation. Une eau bouillante extrait davantage d'amertume sans apporter plus, et surtout la température de la boisson au moment où on l'avale est le paramètre que la littérature désigne comme critique. La version froide traditionnelle, appelée tereré, échappe entièrement à cette question.
Pourquoi le mode de séchage des feuilles compte-t-il ?
Parce que le séchage traditionnel se fait au feu de bois, et que la fumée dépose des hydrocarbures aromatiques polycycliques sur les feuilles. Une étude brésilienne ayant dosé ces composés dans dix types de thés a trouvé les niveaux les plus élevés dans le maté, très au-dessus du thé noir, du thé blanc et du thé vert. Un séchage à l'air chaud, sans contact avec la fumée, évite cette contamination à la source.
Ces contaminants passent-ils dans la tasse ?
Très peu, et c'est le point rassurant de cette même étude. Malgré des niveaux élevés dans les feuilles sèches, seules des traces d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ont été détectées dans les infusions, ce qui a conduit les auteurs à conclure que la contribution des thés à l'exposition de la population brésilienne n'était apparemment pas affectée. Ces composés sont peu solubles dans l'eau et restent en grande partie dans la feuille. Le séchage à l'air chaud reste préférable, mais l'infusion elle-même est peu concernée.
Qui doit éviter le maté ?
Les personnes sensibles à la caféine, celles souffrant de troubles du rythme cardiaque, d'anxiété ou d'insomnie doivent modérer nettement ou s'abstenir. Les femmes enceintes ou allaitantes ont intérêt à limiter, les apports en caféine étant encadrés pendant la grossesse. En cas de traitement régulier, la question se pose au pharmacien. Et comme toute boisson caféinée, le maté se boit le matin ou en début d'après-midi plutôt qu'en soirée.
En pratique
Comment préparer le maté sans calebasse ?
Une cuillère à soupe de feuilles dans une tasse ou une théière, de l'eau à 70 ou 80 degrés, une infusion de trois à cinq minutes, puis on filtre. C'est aussi simple qu'un thé. La calebasse et la bombilla appartiennent au rituel social sud-américain, où l'on rajoute de l'eau sur les mêmes feuilles pendant des heures ; ce n'est pas nécessaire pour profiter de la boisson.
Combien de maté par jour ?
Une à deux tasses par jour constituent un repère raisonnable, en tenant compte de l'ensemble des sources de caféine de la journée, café et thé compris. Les consommations très élevées décrites dans les études épidémiologiques sud-américaines, qui se comptent en litres quotidiens, n'ont rien à voir avec l'usage d'une à deux tasses.
Glossaire
- Ilex paraguariensis
- Arbre de la famille du houx dont les feuilles séchées donnent le maté ; sans lien botanique avec le théier.
- Bombilla
- Paille métallique munie d'un filtre, utilisée pour boire le maté dans la calebasse.
- Tereré
- Version froide du maté, traditionnelle au Paraguay et dans le nord de l'Argentine.
- HAP
- Hydrocarbures aromatiques polycycliques, contaminants formés par les combustions incomplètes, déposés par la fumée lors du séchage au feu de bois.
- Acides chlorogéniques
- Famille de composés phénoliques abondante dans le maté, qui porte l'essentiel de son activité antioxydante.
- Risque de biais
- Évaluation de la fiabilité méthodologique d'une étude ; un risque élevé signifie que le résultat peut être faussé par la manière dont l'étude a été conduite.
- Certitude des preuves
- Degré de confiance dans un résultat, gradué de élevé à très faible ; dans le cas du maté, il va de modéré à très faible.
- Adipogenèse
- Processus de formation et de maturation des cellules graisseuses.
Sources
Les études citées ci-dessous ont été identifiées via PubMed.
- José MFB, Machado RP, Araujo PAB, Speretta GF. Effets physiologiques du yerba maté (Ilex paraguariensis) : revue systématique. Nutrition Reviews, 2023;81(9):1163-1179. DOI
- Heck CI, de Mejia EG. Le thé de yerba maté (Ilex paraguariensis) : revue complète sur la chimie, les implications sanitaires et les considérations technologiques. Journal of Food Science, 2007;72(9):R138-151. DOI
- Lutomski P, Goździewska M, Florek-Łuszczki M. Propriétés du yerba maté pour la santé. Annals of Agricultural and Environmental Medicine, 2020;27(2):310-313. DOI
- Tfouni SAV, Reis RM, Kamikata K, Gomes FML, Morgano MA, Furlani RPZ. Hydrocarbures aromatiques polycycliques dans les thés par QuEChERS et HPLC-FLD. Food Additives and Contaminants Part B, 2018;11(2):146-152. DOI
- Abnet CC. Contaminants alimentaires cancérogènes. Cancer Investigation, 2007;25(3):189-196. DOI
- Rząsa-Duran E, Kryczyk-Poprawa A, Drabicki D, et al. Le yerba maté comme source d'éléments et de composés bioactifs à activité antioxydante. Antioxidants, 2022;11(2):371. DOI
- Gambero A, Ribeiro ML. Les effets positifs du yerba maté (Ilex paraguariensis) dans l'obésité. Nutrients, 2015;7(2):730-750. DOI
- Ronco AL, Espinosa E, Calderón JM, et al. Consommation de maté, facteurs de risque hormonaux et cancer du sein : étude cas-témoins. Asian Pacific Journal of Cancer Prevention, 2017;18(4):941-948. DOI
- Heckman MA, Weil J, Gonzalez de Mejia E. La caféine dans les aliments : revue complète sur la consommation, la fonctionnalité, la sécurité et les aspects réglementaires. Journal of Food Science, 2010;75(3):R77-87. DOI
- Barrella MV, Heringer OA, Cardoso PMM, et al. Teneur en métaux des compléments à base de plantes. Biological Trace Element Research, 2017;175(2):488-494. DOI


